S'il play à la Cour

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S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Ven 5 Fév 2016 - 16:45


Chapitre I : Mettre le feu aux poudres


Gun !

Mon cri interrompt la course poursuite alors qu’on se place tous à l’arrache dans le couvert le plus proche, s’y cachant bon gré mal gré. La plupart ne feront pas long feu puisque, entre les poubelles renversées et les voitures stationnées, il n’est pas grand-chose dans cette rue d’Aubervilliers pour tenir longtemps face à une arme à feu ; il nous faut agir vite et on le sait. On se doutait bien que cela finirait par arriver lorsqu’on avait décidé de se lancer dans le super-héroïsme discount.

C’était une soirée comme on avait l’habitude d’en faire, réunissant la bande dans l’un des appartements ayant la chance d’avoir été déserté par les parents le payant afin de discuter et de jouer en mini-autarcie. Nos vieux nous faisaient confiance pour, sans renier nos natures adolescentes, être relativement sages ; et de toute façon, Macky était là pour y veiller. On avait ni alcool ni drogue et à nous massacrer sur Super Smash on avait fini par en arriver au sujet de nos capacités respectives ; si le 21 Décembre n’était pas la fin du monde, pourquoi ne pouvait-on pas nous aussi essayer de participer à la sécurité de nos rues ? Je ne me souviens plus de comment on en était arrivés là vu que nos discussions fonctionnaient généralement sur le principe de la lecture automatique de Youtube, c'est-à-dire qu’arrivé vers les deux heures du matin on se demande toujours comment on en vient à ce qu’on voit/dit actuellement sans être capable de refaire l’historique de mémoire. En revanche, je sais que ça avait divisé le groupe. Moi j’étais pour, Macky contre, Abeille elle ne savait pas et du coup c’était Zombie qui avait dû trancher.

J’ignore s’il le regrette actuellement, occupé à se relever depuis que je nous ai poussés à couvert. J’ignore s’il ressent quoi que ce soit actuellement à dire vrai, occupé à se remettre sur ses jambes. Autant j’ai le cœur qui bat la chamade, adossée à la voiture qui nous protège, autant lui n’a perdu ni son calme ni l’absence qui marque toujours de son visage. Pourtant, ses yeux bruns me fixent. Léo « Zombie » Valentin est mon meilleur ami et il est aussi intelligent que peu réactif ; et, considérant qu’on le compare souvent à un zombie de Shawn Of The Dead, c’est dire si c’est un génie. Je crois sincèrement qu’il est la personne la plus intelligente et talentueuse que je connaisse même si j’ajoute toujours qu’il l’est après moi. Juste que mon intelligence m’a rendue bordélique alors que la sienne en fait un autiste Asperger. Un Asperger fasciné par les super-héros comme Henry Pym et Anthony Stark, qui attend mon initiative avec impassibilité.

On officiait peut-être dans le sécuritaire amateur que depuis début 2013 mais on était doués. Au début, on se contentait de suivre les chaussures pour casser la gueule aux dealers de la cité ; j’avais toujours trouvée étrange le fait qu’il y ait des chaussures accrochées à des endroits improbables, comme des lampadaires ou des poteaux électriques, mais j’avais très vite appris qu’il s’agissait là de marques pour les points de deal. Du coup, on était presqu’aussi bien renseignés que les flics concernant les lieux mais nous on intervenait. Et cela déclenchait bien évidemment une surenchère : des premières fois où juste les dealers voir quelques clients et rarement armés de lames, on en était parvenus à ce qu’ils soient accompagnés de personnes plus imposantes et/ou qu’ils aient des flingues. Heureusement, on restait meilleurs.

J’diversion.

J’accorde à Zombie un clin d’œil avant de tenter ma chance une fois de plus. L’instant d’après, je bondis sur le capot de notre couvert, entreprenant de courir sur le toit du véhicule et hurlant « Version ». Je gagne une meilleure vision de ce qui ce passe et me mets au centre de l’attention de tous. Le dealer, arme pointée et alignant la mire, n’est qu’à deux voitures de là où il nous a contraint à nous planquer lorsqu’il a utilisé le Théorème du Pigeon ; théorème qui veut que quand quelque chose court après quelque chose d’autre, le premier ne s’attend jamais à ce que le seconde se retourne pour lui faire face et tend à devenir celui qui fuit si c’est le cas. En effet, il a fui d’abord mais, s’il est vrai qu’on ne s’attendait pas à le voir sortir une arme, on n’a pas réellement fuit à notre tour lorsqu’il nous a fait face. On a fait un repli tout aussi stratégique que notre manœuvre actuelle. Le premier coup de feu retenti dans ma direction alors même que je glisse sur la vitre arrière de la voiture pour me retrouver sur mes deux pieds et mes deux mains un peu plus bas. D’une roulade avant, je passe derrière la seconde voiture qu’il me faut encore contourner pour atteindre le criminel tandis qu’une des vitre de celle-ci se brise sous un second coup de feu assourdissant.

C’était quand même fou de savoir qu’on pouvait gérer près d’une douzaine de malfrats sans aucun problème, même s’ils avaient des lames.  Moi je pouvais en gérer un ou deux, même s’ils avaient fait de la taule. Macky, ensuite, parvenait à s’en farcir le double voir le triple. Martin « Macky » Mackenzie c’était le meilleur pote black, les films hollywoodiens ayant progressivement intégré cet archétype depuis que Les Indestructibles l’avaient inventé et comme on n’était absolument pas influencés par cela on ne le trollait nullement dessus. Mais de toute façon, entre ça et son nom hérité d’un arrière-grand-père soldat américain resté en France pour épouser une française d’origine algérienne, on ne manquait jamais une occasion de lui rappeler qu’il était peut-être le plus âgé d’entre nous mais que les huit ans qui nous séparent plaident en sa défaveur : il avait beau être un compétiteur judoka et être promis à une belle carrière dans les pompiers une fois son école terminée, il n’en était pas moins le sidekick du duo de choc de notre équipe. Je l’avais rencontré au commissariat et on se connaissait depuis des années, tous deux enfants de policier, et il nous avait d’ailleurs suivit tant par vocation à aider les autres que par volonté de veiller sur nous. Et s’il avait accepté à contrecœur, il avait lui aussi faite la promesse de ne rien dire concernant nos activités et savait pertinemment qu’on l’exclurait s’il le faisait. Enfin, Léo avait déjà neutralisées une demi-douzaine de personne sous nos yeux ; et ouep, les zombies pouvaient être super-rapides également.

Léo sort à son tour de la voiture, un instant après moi, avançant à marche rapide droit vers le dealer. Le flingue est pointé vers lui et j’interviens comme prévu, sortant de la seconde voiture et saisissant la main et l’arme pour les dévier en  cherchant à appuyer sur l’éjection du chargeur. Le coup de feu part, laissant une grande marque dans le mur, alors que je vrille pour prendre la gorge de notre ennemi en ciseau, lui tordant le poignet au passage. Le chargeur tombe et nous ne tardons pas à le suivre, heurtant le trottoir même si ma chute est amortie par la sienne. Zombie nous atteint et nous surplombe, activant le mécanisme du harnais caché sous son manteau. Le taser sort de sa manche, venant se placer dans sa paume, et il s’en saisit alors que je roule pour rompre le contact avec le dealer ; l’instant suivant, le corps de celui-ci se crispe alors qu’on le tient au courant.

Dans toute la Cour des Miracles, j’étais la seule à avoir un superpouvoir ; et encore, entre les personnes qui me traitait de mutante refusant de l’avouer et celles qui me traitaient de menteuse tout court en considérant simplement que je faisais mon intéressante, y’avait pas grand monde pour me croire. Je n’étais pas mutante, j’avais fait les tests sanguins et j’étais bien contente qu’ils soient négatifs, et j’étais certaine de mes dons, je le sentais au plus profond de moi. Léo n’était animé que par sa passion à l’exclusion du reste et ses capacités intellectuelles faisaient de lui plus qu’un combattant supérieur à tous ceux que j’avais rencontrés. Lorsqu’on lui retirait sa chemise, on pouvait voir un harnais lui enserrant jusqu’aux poignets ; plus que maintenir et amplifier sa musculature, ce gadget incluant à chaque avant-bras un taser qu’un mouvement permettait de dégainer ou rengainer automatiquement  ainsi que des interfaces informatiques, des brassards-tablettes modifiés pour encaisser les coups. A côté de cela, j’avais l’air fine avec ma balle rebondissante et mon cran d’arrêt. Du coup, il fallait vraiment pas parler de Macky qui n’avait aucun équipement ; même Abeille avait plus de matos que lui !

Macky sort de derrière la poubelle renversée, se relevant pour nous rejoindre en se renseignant sur notre état. Il déteste quand on fait cela, préférant largement prendre les risques lui-même, mais il sait qu’on est capables. Il me demande un truc et doit le répéter plusieurs fois puisque j’ai encore mal aux oreilles des bangs soniques précédents ; ce que je ferais le jour où il me gueulera « discrétion », vu ma vanne pourrie avec « diversion » ? Et bien je lui répondrais simplement qu’il est con d’avoir crié ça parce qu’il a tout fait foirer. Il me retourne le compliment et on se sourit alors qu’Abeille arrive, sortant de son sac à dos une paire d’attaches à serrage fixe en plastique achetées chez Monsieur Bricolage afin de lier les criminels neutralisés. Maya « Abeille » Adam c’est la plus jeune d’entre nous, une petite rousse assez timide que j’ai rencontrée lorsque j’étais abonnée au cabinet de son père par développement de mes capacités sportives. Son père est docteur tout court, par opposition à sa mère docteure en pharmacie, et à défaut de savoir si elle finira généraliste ou spécialisée elle a déjà une excellente culture en médecine et en herboristerie. On est dans la même classe depuis que j’ai redoublée ma quatrième et elle participe plus en tant que soutien soignant que combattante même si elle vise bien à la lacrymo’. Par contre son Taekwondo n’a jamais impressionné personne.

A part Maya, on s’entrainait tous avant de former la Cour. Macky et moi ça faisait parti de notre éducation de savoir nous défendre tandis que Léo était simplement passionné et tellement intelligent qu’il calculait son enchainement de coups afin d’être hyper-bon. Après, elle savait appuyer là où ça piquait le plus même si c’était improbable qu’elle parvienne à le faire contre quelqu’un cherchant réellement à lui nuire. Généralement, on faisait gaffe à elle et, dans la répartition stratégique des adversaires, elle avait toujours celui estimé le plus faible. Mais on n’était jamais tombés sur des armes à feu et, si les couteaux ne posant guère de problème, il fallait réévaluer notre composition d’équipe à cause de cette évolution. Autant, on faisait confiance à Maya pour les coupures, les hématomes et les écorchures, autant une blessure pare-balle elle ne serait ni capable de la traiter ni devait encore moins la subir. Comme nous tous, d’un autre côté.

Une fois le dealer entravé aux poignets comme à un poteau de signalisation, je lui fais les poches comme à l’habitude ; tout travail mérite salaire et c’est pas pour rien qu’on dit « argent de poche ». Néanmoins, aucun de nous ne le garde jamais : nous n’en avons pas besoin, d’autres si. Un petit passage au camp de sans abris derrière le complet Icades et on rentre. Avec une moyenne de six larcins et trois agressions par jour, la police est habituée à débarquer rapidement dans le 93 et sure que des coups de feu attirent la patrouille la plus proche. Et même si elle résout pas une affaire sur cinq, elle est très douée pour embarquer les dealers et gros-bras qu’on laisse avec leurs produits sur eux. Ça ne change pas grand-chose pour l’instant, à part les emplacements, mais qu’ils se défendent de plus en plus prouve qu’on est sur la bonne voie.

Nous étions la Cour des Miracles. Nous connaissions tous les origines des « Cours des Miracles », quartiers de non-droits où des vagabonds et des pauvres laissaient tomber leurs costumes de mendiants. Nous nous étions nommés ainsi puisque, à défaut d’avoir des costumes ou d’être des mendiants, nous agissions dans le non-droit et sans le sous. Mais cela ne nous importait pas, nous étions certains de pouvoir aider à rendre notre petit monde plus sur comme d’autres le faisaient avec le monde entier. Nous avions des exemples à suivre et nous les suivions. Nous avions même des identités super-héroïques ; pas tous super-inspirés ou super-sérieux mais en accord avec notre niveau de super-héroïsme en sommes. Maya était Mlle Adams, Martin était Triple M et Léo The Makor. Moi, j’étais The Lucky One. Nous étions la Cour des Miracles. C’était dommage que, même avec l’aide d’Arlequin, nous étions condamnés à échouer.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 6 Fév 2016 - 18:55


Chapitre II : Essaies encore


Oh merde !

Macky se met en garde et prend une position défensive par rapport à Abeille, la couvrant de tout son gabarit alors même qu’elle a la bombe à gaz en main, tandis que Zombie entreprend de se retourner lentement, sa fulgurance martiale terminée. Pour ma part, j’ai entendu le crissement de pneu avant les autres et ai donc  eu tout loisir de sonner l’alarme en prononçant l’allocution habituelle des situations désastreuses. Inutile, du fait, de leur en dire plus en détail : tous ont comprise l'embuscade.

Séparément, on s’entrainait tous au moins deux heures par semaine à au moins un art martial de notre choix. Maya poursuivait son taekwondo depuis bientôt un an, n’en ayant donc guère plus que les bases et devant principalement s’en remettre à sa lacrimo’ ainsi qu’à Macky ; Macky qui devait pratiquer le judo depuis plus d’une douzaine d’années, lui, et était du fait le plus expérimenté d’entre nous. Il avait même participé aux championnats de France trois années de suite, sans pour autant gagner. Le pauvre, il n’était jamais le meilleur ; même au sein de la Cour des Miracles. Léo le battait à plate couture, même si c’était Maya qui les faisait quand on en avait besoin. Il avait des bases dans plusieurs boxes de divers horizons mais il utilisait surtout les capacités d’analyse qui avaient fait de lui un autiste pour enchainer avec une vitesse et une précision incroyable. Et l’autisme lui faisant exclure de son monde ce qui ne l’intéressait pas, il devait s’exercer quotidiennement. Pour ma part, j’avais du vovinam viet vo dao et de la capoeira depuis une demi-douzaine d’année ainsi que de la boxe à l’arrache mais c’était surtout mes compétences non martiales que j’exerçais tous les jours.

Etre une prodige du parkour, et en lien d’athlétisme comme d’acrobatie, m’est bien utile pour me tirer de situation délicates. Néanmoins, alors que les voitures s’arrêtent de part et d’autre de la rue où nous avions choppé notre dealer du soir et que leurs  portières s’ouvre sur une douzaine de banlieusards digne de Banlieue 13, je comprends parfaitement qu’elles me seront inutiles : je pourrais m’échapper comme dans le film suscité sans souci mais je ne le ferais pas. Je ne peux pas m’enfuir face à ces hommes de main qui approchent avec les battes et leurs couteaux car mes amis ne le peuvent pas, eux. Et malgré l’envie, je ne les abandonnerai pas. Alors que mon cœur s’affole d’adrénaline, je me place dos aux autres afin de couvrir ma part, sortant ma balle rebondissante et plaçant mon corps afin de pouvoir commencer la ginga.

Lorsqu’on s’affrontait entre nous au gymnase du collège, sur les tapis de gymnastique, on impressionnait toujours. S’il y avait une seule matière où j’excellais c’était bien le sport et, bien que les arts martiaux ne soient pas enseigné dans le secondaire français, les profs ne pouvaient pas toujours nous empêcher de « faire les cons ». On profitait parfois des cours qu’on avait en commun, avant que je redouble et pas lui, pour épater la galerie avec Léo. Sa précision n’avait d’égale que mon esquive et nos vitesses se valaient, c’était donc le bon moyen d’insister sur nos aspects de bizarres tout en faisant secrètement rêver les autres. A défaut d’être populaire, pour ne pas dire qu’on était marginaux, on devait faire des envieux.

Les gus approchent d’une manière particulièrement cinématographique, on pourrait sans problème leur foutre un ralenti à la Reservoir Dogs mais ils ont ni la classe ni les noms à coller devant leur personne. Et puis le but c’est aussi que ça finisse pas aussi mal, pour eux et surtout pour nous. Mais surtout, dans un film ils ne se permettent pas de proposer une réédition « parce qu’ils ne sont pas des salauds cassant la gueule à des gamins qui se la jouent ». Je prends une grande inspiration alors que, durant deux instants, je croise les regards de Maya et de Léo posés sur moi. Me retournant vers nos agresseurs, je baisse ma garde et hausse épaules et mains, guère convaincue.

On accepterait bien votre reddition mais… on a pas de bracelets pour tout le monde, désolée.

J’avais toujours une balle rebondissante et un couteau sur moi. Le couteau, c’était un cadeau de Papa ; son père l’avait éduqué avec des commandements du genre « tu sors jamais sans ta bite et ton couteau » et, si Papa n’avait pas eue la chance d’avoir un fils, il n’avait dit de ne jamais sortir sans mon couteau quand même. Mais le couteau n’était pas le plus utile, c’était surtout de la dissuasion parce qu’il fallait avoir été coupé ou planté d’abord pour pouvoir plaider la légitime défense si on le faisait soi-même. Avec la balle rebondissante, on n’avait pas ce problème : d’une, personne ne la prenait au sérieux, de deux, ça occupait bien et permettait d’emmerder les autres avec le bruit, et de trois, ça ce lançait et revenait presqu’aussi bien que le bouclier de Captain America. Par contre ça faisait pas autant d’effet.

Je bondis en avant et lance ma balle de toutes mes forces à destination de la tête du criminel le plus proche, espérant bien rebondir sur un autre, puis accompli un triple-saut afin d’atteindre l’un de ses compatriotes à l’aide d’un ciseau de vovinam. Le bordel arrive avant que mon adversaire et moi ne touchions le sol mais, cela fait, j’entreprends une roulade avant en poussant sur mes mains pour l’interrompre, me projetant à l’encontre d’un autre mec pour l’heurter au torse de mes deux pieds dans une extension. Extension qui me repousse à la position précédente, où je ratterris en un flip arrière. De nouveau sur mes jambes, je fais face à l’un des assaillants dont une main tient un couteau et l’autre la tempe, me faisant sourire d’amusement alors qu’il tente de me planter d’un coup d’estoc.

Les coups directs n’ont jamais eue une grande chance de m’atteindre. Léo rageait beaucoup de cela, enfin j’aimais l’imaginer vu qu’il était aussi réactif et expressif qu’à sa zombifique habitude. C’était bien ce qui me permettait de tenir longtemps face à lui, ses enchainements n’ayant que peu d’effets puisque j’avais la chance de les éviter. Mais mes contres n’étaient pas très efficaces non plus. Sur Macky, c’était mieux : il était plus expérimenté, plus technique mais moins efficace, et en duel je finissais toujours par l’avoir. Le judo comme le vovinam étant basés sur des prises, c’était souvent une parti de chat ; sauf qu’à la place du touché, c’était attrapé et maitrisé. Et comme on pouvait s’en douter, j’étais particulièrement bonne en tout ce qui concernait les chats !

La lame passe proche de moi mais mes réflexes me font l’éviter d’un pas sur le côté. En revanche, mon coup du marteau de la main dans le nez de mon agresseur obtient un claquement cartilagineux, preuve que lui n’a pas eue ma chance. De mon autre main, j’enchaine d’un direct entre le nombril et la cage thoracique, le conduisant à se replier sur lui-même tout en faisant un pas en arrière. J’en fais un aussi, visant le second homme à avoir eu droit à ma balle rebondissante, puis cours et me sers du premier criminel comme cheval d’arçon afin d’obtenir un nouveau ciseau sur ma nouvelle cible. Cible qui fini dans les pattes du tremplin humain une fois la torsion de vovinam terminée. Me reste alors à faire face au premier gros-bras à avoir subit un ciseau, son compatriote ayant pris mes deux pieds dans le torse étant encore occupé à se relever et respirer.

Au final, c’était avec Maya que je m’entrainais le moins. J’étais la meilleure en défense grâce à mes pouvoirs et du coup je n’étais pas du tout la meilleure pour lui apprendre à ce défendre. Martin le faisait très bien d’ailleurs tandis que Léo aidait plus à l’attaque. Moi je faisais le soutien moral et, à l’occasion, le popcorn. C’était important la concentration dans un combat, on me l’avait toujours répété, du coup c’était une très bonne façon d’aider en mettant la concentration des protagonistes à l’épreuve à grand coup de mâchouillage bruyant de popcorn. Mais quand je n’avais pas le droit à une telle collation, il me restait toujours ma balle rebondissante ; et elle, elle pouvait même intervenir malencontreusement sur le terrain.

La voix d’Abeille cri mon nom, le faisant me retourner vers elle un instant alors que ma balle rebondissante rebondit un coup devant moi pour m’arriver dans la main. Elle se débrouille bien, même si elle fait pâle figure à côté de Macky et de Zombie tous deux entourés de quatre ou cinq gus moitié à terre et se faisant des passes avec certain. Mais ceux qui trainent, elle s’en charge ; de même qu’elle fait bien l’achèvement à coup de lacrimo ou de coup de pieds destructo-génitaux. Il parait que le coup de pied du taekwondo est le plus puissant du monde, ça doit tellement casser les couilles de ce le prendre à cet endroit là ; littéralement. Le pauvre bougre entrain de se relever a le droit à un jet de la première, le faisant gueuler au sol, puis ce sont les deux comparses qui sont arrosés. Abeille butine comme une fleur et ça semble piquer. De leur côté, Macky est plus occupé à leur faire faire des pirouettes avec ses prises tandis que Zombie les explose juste à coup de poing ou de taser. Les filles d’un côté, les mecs de l’autre ; bordel le sexisme. En plus c’est eux qu’on la plus grosse partie !

Le travail d’équipe à la Cour des Miracles restait surtout question de répartition ; on n’avait pas tellement moyen de s’y entrainer entre nous. Deux groupes de deux, à part dans un film d’horreur, c’était rarement une bonne idée. Et même dans un film d’horreur c’était pas une bonne idée d’ailleurs. Mais on arrivait quand même à en faire en agissant stratégiquement : division des cibles, aussi appelé « celui-là est pour moi », manœuvres communes, genre toutes les actions en « di » (comme diversion), et ainsi de suite. Généralement, il fallait se concerter ensemble mais des fois on y arrivait en pure improvisation. En ma présence de toute façon, on était tous presqu’aussi chanceux que moi.

Me mettant en mouvement, je tire sur mon dernier adversaire au niveau du bas-ventre et rattrape ma balle avant de bondir pour lui expédier mon genou dans la gueule. Ma balle repart à l’encontre de son visage dans un mouvement si vif que c’est de l’autre main que je la rattrape, ma première n’ayant pas fini son mouvement, puis je tourne sur moi-même en me baissant afin de faire un balayage. Le mec s’effondre lourdement, ses mains trop occupées à tenir sa face pour amortir sa chute. Me relevant, je range ma balle dans ma poche et fais un tour d’horizon. Léo en tase un dernier pendant que Martin s’inquiète une fois de plus de savoir si tous le monde va bien.

Vous finirez par vous faire tuer.

Aucun de nous n’avait jamais entendue cette voix jusqu’à lors, une voix rendue caverneuse par le masque qui occultait le visage de son porteur. Aucun de nous n’avait jamais remarqué cette personne grande, vêtue d’un trench-coat et encapuchonnée, qui pourtant nous veillait comme un gardien. Sous son trench-coat, on pouvait voir une combinaison faite de losanges rouges et bleus. Sous sa capuche, on pouvait voir un masque blanc androgyne dont le front était percé de deux cornes. Sa main droite était couverte d’un gant blindé qui avait, accroché au poignet, un long tube creux dont la base était un engrenage de propulsion et de traction d’un filament. Sa main gauche était vêtue d’un gant similaire au reste de sa combinaison. Nous ne le savions pas encore mais il était Arlequin, multiples facettes de la diabolique figure de « Hellequin », allitération de « Helleking » (roi de l'Enfer). Nous ne le savions pas encore mais il était mutant. Le premier que nous rencontrions.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Mer 10 Fév 2016 - 13:59


Chapitre III : Un train à prendre


Où tu voulais que je sois ?

Ma balle rebondit sur le siège en face de moi, à quelques mètres, avant d’en faire de même sur le mur blanc sans âme qui se trouve derrière pour heurter le plafond où se trouve le néon illuminant toute la pièce et redescendre sur la table basse couverte de magasines périmés avant de me revenir en main. D’un nouveau geste, je la relance à travers la salle d’attente, le bruit répétitif se poursuivant et gênant les quelques autres personnes à attendre à l’Hôpital Fernand Widal dont certaines cherchent à dormir ou somnoler, chose normale considérant l’heure nocturne, malgré mon agaçante manie. Mains dans les poches et regard bleu délavé et cerné, Papa vient s’assoir à côté de moi sans rien dire.

On rentrait de l’école, quelques heures plus tôt, quand c’était arrivé. On était à trois, avec Zombie et Abeille, empruntant la ligne 12. Le métro c’était arrêté à la station Saint-Denis Porte de la Chapelle, comme tous les jours. C’était une station à trois voies, les deux de la ligne se trouvant de part et d’autre d’un quai lui-même divisé en deux parties par cette troisième ligne destinée aux métros s’en allant dans un stockage sur lequel on ne savait pas grand-chose et on avait franchement rien à foutre. Simplement, ce jour-là, il y avait eue de l’animation alors qu’un géant en trench-coat et chapeau était descendu du métro. On n’était pas dans le même wagon mais s’eut été difficile de ne pas le remarquer par la suite.

Papa accuse son âge, même s’il n’est pas encore trop blanchissant niveau de la barbe et des cheveux. Il en a beaucoup vu et beaucoup fait mais il est toujours dépassé par ce qui arrive. Il vit dans un monde où il tente de faire respecter des choses alors que des êtres ne suivant pas les mêmes règles que lui s’y promènent. Et s’il peut lutter pour les lois des hommes, il ne peut pas lutter contre les lois de la nature. Il est humain, après tout. Je n’arrête pas d’évacuer mon stress avec l’irrégulier métronome des rebonds de ma balle alors qu’il tente de me faire cette leçon. Je ne l’écoute pas vraiment : j’ai la meilleure raison du monde d’avoir fait le mur et il en a conscience, sans quoi son discourt serait bien différent.

Le bruit précédant la fermeture des portes du métro avait retenti tandis que le mystérieux mec marchait normalement le long du quai. Puis un monstre lui était tombé sur la gueule ; littéralement. Une masse humanoïde à la peau noire couverte de poils et aux multiples bras crochus c’était abattue sur le bizarre, déchiquetant ses fringues pour révéler une peau verte et écailleuse que les crochets n’entamèrent même pas. Et, dans ce qui semblait un pure réflexe, l’hybride reptilien avait donné un coup d’une queue jusqu’à lors cachée dans son homologue arachnéen qui c’était retrouvé encastré dans le wagon précédent le nôtre. On n’était pas réellement préparés et on avait encore jamais affrontés des mutants mais d’un regard à Abeille, Zombie n’ayant pas réagi au bouquant, on savait qu’on devait intervenir. On fut juste un peu  surpris de contre quoi.

Papa tente de m’expliquer qu’on n’aurait pas dû intervenir, que des gamins de treize et douze ans ne peuvent pas faire face à cela. C’est une chose que de vouloir protéger et aider, il le sait, mais c’en est une autre que de pouvoir. On aurait dû fuir nous aussi, attendre l’intervention de la police voir de la Brigade. Je rattrape ma balle sans plus la relancer, tournant mes yeux spéciaux vers ceux de mon paternel. Le devoir n’est pas une de mes valeurs, je ne fais pas les choses pour cela. Je ne pense pas qu’Abeille et Zombie l’aient fait pour ça également. Mais qu’est-ce que je peux lui répondre ? Il sait pourquoi on a fait cela, à défaut de savoir jusqu’où on est capable d’aller puisque Papa ne sait pas pour la Cour des Miracles, aucune de nos interventions n’ayant été revendiquée et certainement pas celle d’aujourd’hui.

Alors que les bourrins inhumains s’en revenaient à la charge, on avait commencé à aider ceux mis à mal par une évacuation ressemblant plus à la dispersion d’un troupeau apeuré sans perdre de vue les deux mutants. Agiles, forts et résistants, le Lézard était manifestement le plus invulnérable et puissant malgré que l’Araignée était, pour nous, la plus dangereuse puisqu’elle déchiquetait sans peine de ses multiples membres aussi bien la tôle du métro que les murs sur lesquels elle grimpait et les panneaux de la station. Les coups du premier malmenaient la seconde alors qu’elle peinait à lui faire quoi que ce soit. C’était rapide et bien supérieur à ce qu’on avait vu jusque-là mais Zombie et moi devions pouvoir rivaliser, un regard et un hochement de tête ayant suffi à nous signaler que l’autre avait cette même conclusion. Abeille était interdite de confrontation pour cette fois et je le lui avais clairement signifié ; si Léo et moi avions nos chances d’en sortir sans trop de casse, chose arrivant très vite avec des surhumains, Maya ne pourrait que se faire blesser au mieux.

On peut aider. On veut aider. On sait que c’est pas sans danger mais les risques qu’on prend, les flics et les pompiers les prennent également ? Ouais, ils ont été formés et entrainés mais nous aussi on s’entraine ! C’est pas la même chose… c’est une réponse d’adulte ça. Ils sont adultes donc ils peuvent, on est des gosses donc on ne peut pas. Je supporte tellement pas cet argument du « j’ai raison parce que je suis plus âgé », c’est nier toute notre capacité de réflexion et de prise de décision. On est trop immature pour le faire correctement ? Je prends une grande inspiration agacée et crispe mains et bras autour de ma balle sans répondre.

En moins d’une minute, les deux mutants avaient fait des dommages important à la station : plus que le métro d’immobilisé, il y avait des panneaux et des murs endommagés dont les débris obstruaient les deux voies restantes. Pire, on n’avait pas moyen de les faire sortir de là et la voix automatisée annonçait l’arrivée d’une autre rame dans une minute. Zombie avait son calme habituel, observant une situation qui ne devait être qu’éléments à analyser, tandis que moi j’analysais aussi mais cherchais à combattre la tension par la confiance en ma chance. Je ne l’avais encore jamais tentée à un tel niveau mais je n’en avais encore jamais trouvée de limites ; gagner au loto excepté. Ça je l’avais foiré mais on s’en foutait complètement, ce qui nous fallait c’était un plan et j’en eu un vite. Le même que Léo, selon toute logique. Maya continuait d’aider les blesser et nous on faisait diversion face aux brutes, de préférence en me laissant la plus offensive puisque je disposais de ma chance et la plus défensive pour Léo puisqu’il disposait de son talent malgré l’absence de son harnais. Faisant chier, j’avais la grosse araignée-homme-poilue d’un mètre quatre-vingt…

On a tous grandi en côtoyant une certaine forme de misère. Papa croit-il vraiment que je ne voyais pas les gens dans les rues ou que je ne comprenais pas les problèmes de ceux qui se trouvaient dans le commissariat lorsque je l’y attendais étant jeune ? Jusqu’aux six ans, peut-être, mais après j’ai commencé à comprendre, je suis pas aussi conne que j’en ai l’air. Maya aussi a grandi dans l’environnement médical, observant à la dérobée des blessures pour finalement suivre la même logique que ses parents. Léo est peut-être le moins excusable puisqu’il est passionné de Justice League et de Vengeurs mais peut-on lui en vouloir à notre époque ? Même Macky aime et admire les super-héros ! Macky, Papa ne voit pas ce qu’il vient faire là et souligne que lui a la maturité pour savoir comment aider et protéger puisqu’il étudie afin de devenir pompier. Je grommèle de mauvaise foi, taisant toujours notre secret, mais me permet de souligner que la confrontation d’aujourd’hui prouve qu’on sait comment on peut aider et protéger aussi. La réponse de Papa fait mal : la confrontation d’aujourd’hui prouve que nous sommes seulement des gosses jouant aux héros, sinon on ne serait pas ici. Je détourne le regard et fixe ma balle rebondissante, la broyant entre mes mains tremblantes.

Ma balle rebondissante heurta le monstre vert pour rebondir à direction du noir afin d’attirer l’attention des deux mais le premier l’ignora complètement et le second l’attrapa au vol, tournant son regard un instant vers nous. L’épais bras reptilien le saisit à la gorge durant cette inattention, lui faisant relâcher ma balle pour tenter de le lacérer alors que Zombie et moi faisons face sur l’autre quai. L’araignée cracha à direction du visage du lézard, le faisant reculer d’un pas dans un grondement massif qui se ponctua sur un craquement de chitine et d’os hideux. Les soubresauts nerveux du mutant arachnéen me paralysèrent d’effroi alors que le cadavre était négligemment relâché et que le vainqueur se tournait vers tous les témoins de la scène, plus ou moins figés dans leur fuite. Durant un instant, je fixais les yeux reptiliens dont les membranes nictitantes avaient fondu sous le crachat, y contemplant une rage primaire due à la douleur. L’instant d’après, le mutant bondissait sur nous.

Il y aurait eu beaucoup plus de blessés si on n’était pas intervenus. Ça trouerait le cul à quelqu’un de le reconnaitre ? De voir qu’on a pas fait ça pour rien ? De comprendre que, même si ça c’est mal passé, on a agit pour le mieux ? Ce n’est pas à des enfants de faire ça, je ne contredis pas Papa là-dessus ; mais on n’est plus des enfants. La discussion hausse d’un ton. Pour Papa, cela suffit : il ne veut pas de crise d’adolescence cette nuit. Sinon quoi ? Va-t-il me punir pour avoir respectées les valeurs qui dirigent sa vie ? Va-t-il m’interdire de voir ceux qui me sont proches parce qu’on a tenté de suivre les exemples que l’Histoire et les Médias nous montrent tous les jours ? Est-il capable d’avoir cette hypocrisie, lui qui peut tomber sur des problèmes plus graves encore à chaque jour qui passe ? La plupart des adolescents veulent voir leurs parents disparaitre quand ils se disputent avec eux, moi j’ai peur que les miens disparaissent réellement et je veux que personne n’ai cette peur. Papa semble si las qu’il assène un coup blesse une fois encore : c’est normal de voir ses parents disparaitre, à l’inverse de voir ses enfants disparaitre. Plus important, il me demande si je suis prête à voir mes amis mourir pour cela. Les larmes me montent aux yeux, aidées de la fatigue et du stress.

Je m’étais écartée d’une roulade sur le côté, me récupérant sur quatre appuis pour rester au plus mobile alors que j’observais la scène.  Zombie avait eue la même esquive que moi mais faisait face debout, fixant le mutant sa frémir alors que l’affolement se pressait derrière lui et que Maya était bousculée par ceux-là même qu’elle aidait à se relever. Léo évita le premier coup direct d’un pas sur le côté, en profitant pour taper du marteau de la main dans le coude pour tenter de le déboiter, et se baissa, enchainant d’un autre coup dans le genou avec ce même objectif. Le lézard n’eut pas la moindre réaction et se contenta d’un balayage de son même bras. Mon ami passa sans difficulté au-dessous et poursuivit d’une nouvelle paire de directs, le premier à destination de la gorge et le second des parties génitales. Simultanément, je bondissais à mon tour afin de prendre l’élan nécessaire à me retrouver sur le dos du mutant afin de lui éclater les tympans de mes mains avant d’en redescendre pour éviter toute contrattaque. Nos deux tentatives furent infructueuses et si j’évitais le coup de queue en ratant ma réception, glissant parterre alors qu’il me frôlait, Léo fut saisi alors qu’il se reculait pour éviter l’assaut.

Je pourrais retourner toutes les questions qu’il me pose à Papa. Je pourrais lui demander s’il est plus en sécurité que ce qu’il m’accuse d’être quand on regarde les titans qui parcourent le monde. Je pourrais lui demander s’il aurait pu faire quoi que ce soit contre les mutants qu’on a combattu. Je pourrais… je baisse les épaules et n’en fais rien. Je sais qu’il a raison mais je ne l’admettrai jamais en face de lui. Je me lève de ma chaise et lui fais face de biais, lui exposant qu’on a besoin d’aucun malheur pour aider les autres. Comme dirait Maman, ceux qui empêchent les autres de subir les mêmes traumas qu’eux ne sont pas réellement altruistes mais font un transfert psychologique et protègent comme ils aimeraient avoir été protégés. Mais avant que je ne continue de l’embrouiller, Papa me demande simplement de regarder la vérité en face et d’arrêter le déni : quelques soient mes mots et mes idées, ça ne changera rien au fait qu’à treize ans, mon meilleur ami va peut-être devenir paraplégique parce qu’on c’est cru plus forts que nous le sommes.

Je vis le choc comme s’il était au ralenti. Léo heurta le quai sur le dos, s’étalant à plat et rebondissant comme une poupée de bois dont les articulations tenaient miraculeusement le coup. Il avait appris à tomber, c’était l’un des avantages de la pratique des arts martiaux, ainsi, si ses membres et son dos entrèrent en contact avec le sol, sa tête fut épargnée. Mais cela n’empêcha ni le cri ni le craquement, moins hideux mais tellement plus douloureux que le précédent puisqu’affectant une personne à laquelle je tenais. D’une roulade arrière projetée, j’étais de nouveau à croupie sur mes quatre appuis et fis face au meurtrier alors qu’il se retournait vers moi. Derrière lui, accrochée à la rambarde de l’un des escaliers conduisant aux sorties, Maya était paralysée par le choc et, lorsque nos regards se croisèrent, ses yeux exprimèrent l’effroi. On ne m’avait pas arrachées les paupières à l’acide, non, mais on avait brisé mon ami et cela suffisait à déclencher similaire douleur que celle ayant rendue fou le mutant. Je ne partais pas dans une crise de rage pour ma part mais il était clair que ma chance ne me servait plus à nous protéger à présent.

Je ne veux pas parler de ce qui va arriver. On le saura bien assez tôt alors inutile de psychoter dessus, de tourner cela en rond dans notre esprit. Le mal est fait, on n’a pas pu l’empêcher et il faut juste le limiter par rapport à soi-même. Je ne m’en veux pas de ce qui est arrivé à Zombie ; j’ai fait de mon mieux, comme lui, et si on l’avait pas fait il y aurait bien plus de monde dans son état. On a pas eu le temps de se préparer et de toute façon on n’a personne pour nous le faire. Pas la Police, pas le Gouvernement, pas la Brigade Chimérique, Personne. Tout le monde dit que c’est de notre faute, qu’on n’a pas à intervenir, qu’on est des idiots de l’avoir fait. Peut-être qu’avec plus d’idiots on s’en serait mieux sortis. C’est tellement plus facile de critiquer ceux qui font, ceux qui essaie sans y arriver, plutôt que de leur reconnaitre l’essaie, la volonté et l’effort qu’ils ont fait. Ça évite la responsabilité que de laisser assumer le choix et de se cacher derrière des excuses : des adolescents n’ont pas à faire ça, donc ils sont en tord. Ce sont pas les personnes qui détruisent tout ou celles qui fuient face à cela en étant prêtes à se piétiner qui sont en tord mais bien ceux qui interviennent. Si on était plus vieux, il y aurait eu d’autres choses à reprocher parce qu’il y aura toujours quelque chose à reprocher. En attendant, ça permet d’avoir la conscience tranquille pour toute les personnes à ne pas avoir aidé Zombie alors que, tout adolescent qu’il soit, il a essayé de protéger ces gens qui lui crachent dessus et l’oublieront.

Alors nan, je m’en veux pas de ce qu’est arrivé. J’en veux à tous ces connards qu’on a essayé d’aider et qui, sous prétexte qu’ils savent mieux ce qu’il faut faire que nous, nous jugent coupables d’avoir joués les héros quand ils étaient occupés… à se pisser dessus et à se piétiner pour s’enfuir.

Le colosse me faisait face et attaqua le premier, son poing heurtant le sol un instant après que je l’eu quitté pour me projeter contre sa gorge. Semelles sur ses épaules en une nouvelle flexion, j’enfonce aussi profondément mes doigts dans ses yeux qu’il a enfoncée de la douleur en mon cœur. Son réflexe le conduisit à ramener violemment ses mains contre son visage mais ce ne fut que celui-ci qu’il heurta : j’avais déjà sauté à nouveau pour accomplir un salto arrière et atterrir à quelques mètres de ma position de départ. Doigts ensanglantés, je me détournais du monstre en entreprenant de courir vers l’autre quai, prenant de l’élan pour traverser d’un bond la voie du milieu. Accordant un regard à l’annonceur des métros dont le zéro clignote quand à la seconde ligne, je repris une poussée de vitesse alors que le mutant bondit à son tour pour me rejoindre, me suivant sans doute à l’odeur. D’un salto avant twisté, je me retrouvais accroupie entre les railles de la ligne de métro, quelques centimètres devant celle du milieu qui servait d’alimentation à la rame dont les phares étaient perceptibles du coin de l’œil. Je pris une grande inspiration alors que le freinage d’urgence se faisait entendre et que le mutant lézard s’apprêtait à bondir. Je sautais également, me servant de lui comme cheval d’arçon afin d’atteindre de nouveau le quai. Ce n’était pas comme dans les films, son électrocution ne fit pas le moindre bruit et le métro ne se renversa pas dans tous les sens. A dire vrai, même avec le freinage pour faire des étincelles dans mon dos, la rame ne s’arrêta pas à temps.

Les larmes coulent sur mes joues. J’ai réveillé tous le monde présent dans la salle d’attente. Maya est chez elle, même si j’ignore si elle parvient à trouver le sommeil. Martin, j’ignore s’il est chez lui mais je sais qu’il ne le trouvera pas, le sommeil. Il faudra lui expliquer de ne pas s’en vouloir, qu’il n’a pas échoué à nous protéger parce qu’il n’était tout simplement pas là. Ça sera inutile, oui, mais ça sera fait quand même. Le père de Léo est ici mais j’ai dit ce que j’avais à lui dire lorsque je suis revenue, une fois le domicile de mes parents quitté en douce. Papa doit surement me ramener mais il sait que je dois être là et il me laisse faire, sans doute décidé à attendre avec moi que les docteurs nous avertissent du résultat de l’opération. Et il a visiblement à l’idée de s’assurer qu’on ne joue plus jamais les héros. S’il savait…

Ce jour-là, j’ai apprise une leçon importante. Pas qu’on pouvait être blessés ou qu’on aurait toujours une adversité qu’on ne pouvait pas confronter avec des coups dans la gueule, cela je le savais déjà. En revanche, je m’étais rendue compte qu’on devait être prêt à faire des sacrifices. Prendre des risques et faire des sacrifices étaient deux choses différentes. Etre prêts à prendre les risques ne signifiait pas forcément qu’on était prêt à en subir les conséquences. Faire des sacrifices impliquait qu’on accepte les conséquences. Sans tomber dans du masochisme messianique et une quête d’adoration pour ce qu’on laissait derrière, la leçon était quand même importante. Hors, à défaut d’être une bonne élève, je n’ai pas tardé à mettre en pratique cet apprentissage.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Ven 12 Fév 2016 - 8:39


Chapitre IV : Pièges


Bordel… à t’écouter, t’es un citoyen modèle…

Les choses se passent presque comme prévu, je suis la seule à merder. Pieds et poings liés à une chaise dans une pièce beaucoup moins glauque que le veut le cliché, je suis entourée de trois quarantenaires des plus concernés par la situation. Le premier est en marcel, surnom que je lui ai accolé à partir du moment où il a retiré la cagoule après m’avoir enlevée ; actuellement c’est le plus en retrait, croisant ses gros bras de gros bras et discutant avec le second. Second qui est en costard, ayant donc cette appellation lorsque je l’ai vu pour la première fois une fois l’étroite chambre de bonne analysée un peu plus ; il discute afin de défendre la nécessité de cette opération. Le troisième, un chauve trapu et en costard également, est celui qui m’intéresse le plus et me connait au-delà des emmerdes que la Cour des Miracles a causées à son organisation ; le Boss sait qui je suis et c’est pour cela qu’il s’acharne à tenter de me convaincre de la nécessité de sa présence.

Quelques heures plus tôt, j’en discutais avec Zombie. Celui-ci était sorti de son opération avec une cicatrice de trente-sept centimètres dans le dos, ayant dû être implanté de deux barres en titane sur la colonne vertébrale. Il avait été chanceux d’échapper à la paraplégie, une chose pour laquelle il ne m’avait pas remerciée d’ailleurs, mais sa colonne était fragilisée et il n’était même pas certain qu’il puisse pratiquer à nouveau des arts martiaux ; plus qu’être bien moins souple, un coup mal placé et il était définitivement brisé. Mais cela était une faille avec laquelle il composait tout aussi bien que la période d’observation et de rééducation à l’hôpital. Il n’avait en rien abandonnée la Cour des Miracles et se plaçait juste en soutien, hors c’était uniquement de soutiens dont j’avais besoin pour la prochaine intervention à l’encontre de nos criminels habituels.

C’est toujours incroyable d’écouter des criminels parler d’eux et de leurs activités. Ils tournent cela d’une manière tellement soft, propre et normale qu’on pourrait presque les trouver sympathiques et bienveillants. Mais j’ai vue l’autre côté et je le connais au-delà de l’image que l’on m’en donne. Le Boss a trente-neuf ans mais en a passés vingt-deux en centre de redressement ou en prison, c’est même là-bas qu’il a été formé. Lorsqu’il dit qu’il règle des problèmes entre voisins, citant le fait de récupérer un bébé volé à sa mère par les parents de celle-ci, il oublie de mentionner les menaces, les voies de fait et les extorsions ; même pour le bébé, c’est le juge qui l’a placé chez les grands-parents parce que la mère est le cliché ambulant de la camée l’ayant eu par accident et gardé par connerie. Ça sert d’être la fille d’un capitaine de police, niveau obtention d’informations autres que la réputation des rues. Et même niveau réputation, tout bienfaisant que Boss se fasse une image, il n’en est pas moins dans son fief et va plus loin que la simple prise de taxe ; il nourrit ses sujets, revendant les cultures et produits dérivés à nombre de gens comme la mère suscitée.

On s’en était jamais pris aux « hautes sphères » jusqu’ici, principalement parce qu’on chassait dans les rues et que ce n’étaient pas les endroits où on les croisait en possession de preuves les incriminant. Tout préparés qu’on puisse avoir été pour casser des gueules, on aurait pu continuer comme ça des années mais il serait venu un moment où ça aurait tourné en notre défaveur. Pas que nos prises étaient relâchées sans poursuite, on touchait pas aux produits qui faisaient preuves une fois les autorités sur place, mais il y avait toujours des gens pour remplacer ; tout l’opposé de nous qui étions irremplaçables. Et lorsque notre menace serait prise suffisamment au sérieux, rien n’impliquait que nos adversaires ne commencent pas à se tourner vers des surhumains pour nous arrêter ; hors, on ne pouvait pas se le permettre. Il allait donc falloir viser plus haut et, par conséquent, y laisser plus de plumes. Zombie savait ce que c’était comme la nécessité de cela et j’étais prête à le faire. Je n’avais pas à le faire, Léo m’en assurait et me répétait que je n’avais pas à m’en vouloir de ce qui était arrivé ; ma chance, dont il ne mettait pas en doute la surhumanité par commodité, ne pouvait pas protéger contre de vrais dangers. Alors, outre que je l’emmerdais quand à ma culpabilité déjà déclarée plusieurs fois inexistante, je l’emmerdais aussi pour ma chance et j’allais la tester une fois encore. Seule, cette fois. Macky allait pas apprécier mais je ne voulais pas l’impliquer, il serait capable de prendre ma place par protectionnisme alors que je n’engageais que moi.

Il faut de tout pour faire un monde et les trois procès où Boss a été relaxé prouvent qu’il est un élément accepté par la société. Contrairement à nous d’ailleurs : il ne croit pas que les policiers ou même nos parents, surtout nos parents, cautionnent notre envie de nous en prendre à des citoyens impliqués ne faisant de mal à personne. Si c’est le cas, pourquoi les flics ils gardent les dealers ? Et aussi, les citoyens impliqués font du mal indirectement puisqu’ils donnent les moyens de faire du mal ; puisqu’ils vendent les moyens de se faire du mal. Comme les vendeurs de tabac, oui. Mais ça c’est une forme de masochisme autorisée par la loi. Et mon interlocuteur n’escompte pas faire un débat philosophique avec une gamine de treize ans qui fait sa crise d’adolescence à l’américaine, sa patience a des limites. Des limites qu’il me déconseille de chercher. Je prends une grande inspiration avant de lui soupirer longuement à la gueule, lui confirmant que je suis bien une gamine de treize ans en pleine crise d’adolescence et que, par conséquent, les limites je les casse tout autant que les couilles. La gifle qu’il me retourne me fait me taire un instant, alors que je me tends sur mes liens, mais à défaut de pouvoir agir physiquement j’en rajoute une couche verbalement. Je hais ne pouvoir répliquer ou m’enfuir mais je le savais avant de venir.

Manquer de préparation n’était plus une chose qu’on se permettait et cette mésaventure était la plus préparée qu’on n’avait jamais faite. Abeille avait été consultée pour ses connaissances médicales et tenue au secret par rapport à Macky, une chose qu’elle avait fait à contrecœur car guère rassurée malgré mes arguments et ma demande qu’elle me fasse confiance. Zombie avait mis à profit son temps de repos pour bidouiller un logiciel de géolocalisation afin qu’il capte les puces implantées aux animaux de compagnie et moi j’en avais volée une chez un véto avant de la mettre en capsule et de me faire payer un coup à boire. Le plan était aussi simple que risqué mais j’étais prête, entièrement en confiance avec mes amis ; je l’étais beaucoup moins pour les contacts chez les marginaux que nous devions employer. Mais plus qu’être prête à prendre le risque, j’étais prête à accomplir le sacrifice nécessaire à mettre un coup à la tête du réseau de distribution de drogues d’Aubervilliers. A défaut d’avoir les preuves pour faire coffrer les grosses têtes, on allait les fabriquer. J’y survivrais, si tout se passait comme prévu.

J’ai laissées quelques plumes en attaquant comme de norme l’un des dealers et en laissant l’embuscade fonctionner, subissant une mauvaise correction avant d’être cagoulée et empaquetée. Ces cons pensent que c’est une victoire mais en réalité je me contente pas de leurs casser les noix, je les baise tellement qu’il faudrait l’ajouter dans le Guinness Book des records comme la plus belle perte de virginité de l’Histoire. Ça énerve Marcel mais Costard le retient, laissant Boss me demander d’expliciter. Si je crois que mon témoignage aura la moindre valeur dans un procès, je me trompe lourdement ? Qu’il se rassure, je sais qu’à part le flagrant délit il ne sera jamais condamné ; juste que le flagrant délit d’enlèvement d’une mineure, on est en plein dedans. Et je sais aussi que la police saura où nous trouver. Ils croient m’avoir piégée, je commence à leur montrer le réel piège et ça leur fait avoir de mauvaises réactions.

L’intervention devait être minutée au pifomètre le plus précisément possible. Avec la puce de localisation dans l’estomac, Zombie était capable de me localiser et communiquait avec Abeille qui s’en était allé retrouver les paramètres hasardeux : nos contacts marginaux. Redistribuer nos gains pris sur les dealers qu’on cassait à une communauté de sans-abris nous avait offert une certaine popularité auprès d’elle et lui demander un faux témoignage afin de conduire la police, alertée de mon enlèvement par Maya se déclarant témoin du rapt une fois les SDF prévenus, jusqu’au lieu où j’étais retenue ; quel qu’il soit. Et avec mon père comme capitaine, j’étais certaine d’une intervention rapide sur les lieux. Personne n’irait enquêter trop avant sur les sans-abris, informateurs d’autant plus invisibles que personnes ne voulaient les voir, et les versions des faits des criminels s’opposeraient aux nôtres même s’ils osaient avouer qu’une gamine comme moi les avait battus, chose qui détruirait leur réputation et nuerait à leurs affaires tout aussi efficacement qu’un séjour à Fleury. Ma partie était juste de fabriquer les preuves pour quand la cavalerie débarquerait.

Et ma partie est plutôt une réussite, un peu trop. La colère de Boss risque de m’en laisser, des bosses. C’est courant de le voir menacer, même des enfants cherchant à le troller, mais il avait raison en disant qu’il valait mieux éviter de l’énerver. Il va me faire « très mal » et je sais ce que ça veut dire dans son langage. Il me fracasse ; la chaise heurte le sol après qu’il m’ait saisi par le col et projetée, cassant l’un des pieds de bois. Un pied heurte mon bas ventre alors que le dossier m’empêche de me plier en deux sous le coup et je me crispe de tout mon corps. Un nouveau coup de pied au même endroit me fait crier et un troisième me fait fermer ma gueule. J’aurais voulu me défendre, j’aurai voulu m’enfuir, je ne peux pas. Je suis attachée.

J’étais prête à morfler, on savait tous que ça serait le cas. Zombie me faisait confiance, simplement comme à son habitude, et j’avais réussi à convaincre Abeille de m’aider et de rester suivre le plan, mon plan. J’avais besoin d’eux plus que jamais et, même si c’était différent de ce qu’on avait jusque-là, ça éviterait de prendre de nouveaux risques comme dans le métro. J’avais à prendre beaucoup dans la gueule en une fois pour qu’on évite de prendre dans la gueule sur le long terme et qu’on soit plus efficace que jamais. On n’avait pas impliqué Macky de crainte qu’il ne fasse tout foirer ou, pire, prenne ma place par volonté de me protéger. C’était hors de question, c’était mon choix et je ne le demanderais jamais à personne. C’était mon sacrifice, j’étais prête à le faire pour qu’on réussisse à purger nos rues de l’influence criminelle ; ça n’y mettrait pas fin mais ça désorganiserait et la Cour n’en serait que plus efficace. C’était mon sacrifice, comme Léo l’avait fait face aux mutants. C’était mon sacrifice, point.

Mon cœur s’emballe alors que je prends la mesure de mon impuissance. Je tente de me tordre dans tous les sens, tant de douleur que d’affolement, et la situation empire au-delà de ce que j’ai jamais imaginé. Boss a pris le temps de m’expliquer, de tenter de me convaincre de me taire, sans doute parce que je suis jeune ; « corrigeable ». Maintenant il me corrige d’une manière bien moins agréable, celle-là même qu’ils réservent aux adultes. Et malgré la colère, Boss reste intelligent : les premiers coups passés, il se stoppe et il ordonne qu’on lève le camp avant l’arrivée des poulets. Il n’a pas l’intention de se faire avoir et personne ne retrouvera de preuve qu’ils m’ont enlevée.

Qu’il y ait des imprévus, on l’avait prévu. Mais comme on ne pouvait pas se préparer à l’imprévisible, je m’étais permise un écueil dans la préparation. J’étais persuadée de deux choses : ils ne tueraient pas une gamine fille de flic, le sang bleu ne se versait pas comme le sang rouge car il valait mieux éviter les vengeances policières, et la chance serait comme toujours avec moi. Cela ne ferait pas tout ni ne rendrait le moment le plus agréable mais cela permettait d’avoir foi en notre plan. J’avais déjà pris des coups, dans le cadre de la Cour des Miracles comme des cours d’arts martiaux ainsi que dans des bagarres adolescentes même si ça n’était arrivé qu’avec des personnes ignorantes de nos réussites dans le domaine. J’avais conscience que je n’aurais aucun moyen de me défendre mais j’étais prête à cela. Avec ma guérison, en un mois max tout serait revenu ; et au pire je tenais compagnie à Zombie à l’hosto. Je n’avais pas envisagé pire que des os cassés, ce qui ne m’était pas inconnu non plus du fait de mon entrainement au parkour. Peut-être aurais-je vu du noir mais j’aurais toujours rouvert les yeux par la suite.

La cagoule m’est mise et alors qu’ils me détachent, j’attrape celui qui s’en charge en ciseau et lui griffe le visage à la recherche de ses yeux. Je n’y réfléchi pas, tout ce fait avec une hargne qui ne m’est pas naturelle, motivée non par la colère mais par la peur. De nouveaux coups m’interrompent, pleuvant aléatoirement sur mon corps se recroquevillant alors que mes pensées ne se résument plus qu’à m’échapper. Je ne vois rien, j’entends les choses étouffées, je sens le sang et la sueur, je ressens la douleur qui m’engourdie. Mon cœur se convulse autant que moi et un coup dans le ventre me fait vomir, libérant la pilule de suivit sur les chaussures de mon agresseur ; chaussures qui me reviennent dans la gueule un instant plus tard. Je n’arrive plus à me battre, je n’arrive plus à lutter, roulant sur le dos les bras recroquevillés contre le corps. J’halète et je pleurs, c’est tout ce qui me reste, paralysée par la terreur tant que la douleur. L’un d’eux me charge sur ses épaules mais je n’arrive même pas à savoir lequel est-ce tant son contact n’apporte que souffrance. Les rebonds de la descente des marches me font couiner.

Il avait toujours été inutile de me souhaiter bonne chance : j’étais de haut niveau dans le domaine, tellement que je pouvais même la refiler à volonté. Ce n’était pas des cracs, j’en étais persuadée et les tests avaient été concluants ; lesquels ? Les miens. Il n’y avait pas que les mutants pour être en possession de capacités surhumaines et ma chance en était une. Ma manipulation de la chance, plus exactement, puisque j’étais capable de choisir l’importance de ma réussite. C’était d’ailleurs comme ça que j’avais pu quantifier et estimer, sur base d’une simple pièce de monnaie. Heureusement, ça ne s’appliquait ni qu’à ça ni qu’à moi. J’avais une confiance plus grande en ma chance qu’en moi-même et comme j’avais une grande confiance en moi, c’était dire si je me sentais exceptionnelle. Une exceptionnalité que l’on mettait généralement sur le compte de mes aspirations adolescentes mais cela ne m’importait pas : je savais connaitre la vérité et je pouvais parfaitement avoir raison toute seule quand tous mes détracteurs avaient tords. Malheureusement, même ma chance ne me permettait pas d’avoir toujours raison.

Une nouvelle porte s’ouvre et un air froid se jette sur moi. Il ferait du bien s’il l’était suffisamment pour m’anesthésier mais surtout si le pas de course de mon porteur ne continuait pas de me malmener. Ce con glisse et nous nous retrouvons tous deux par terre dans un juron pour lui et un nouveau cri pour moi. Les choses se suivent dans la confusion alors que je tente de m’échapper en rampant, ignorant d’où me viennent les nouvelles forces mais étant rapidement rattrapée par le pied. Un coup dans la gueule, de ma part, me permet d’avancer un peu plus avant qu’on me saisisse par la crinière pour m’en mettre un autre, de coup dans la gueule, qui m’allonge de nouveau. Je m’attends à ce qu’on me saisisse pour me porter mais rien n’arrive. Un lourd bruit retenti alors qu’un corps heurte le sol sans le moindre juron puis un instant de silence passe. Un craquement osseux me renvoie à de mauvais souvenirs et un pschitt gazeux se fait entendre, ponctué d’un nouveau cri et d’une dernière chute, puis tout ce calme.

Si j’avais toujours énormément compté sur ma chance, il y avait une autre chose sur laquelle je pouvais compter : mes proches. Je leur disais souvent qu’ils avaient de la chance de m’avoir sans être prête à reconnaitre que cette chance était réciproque et pourtant c’était le cas. Peut-être n’étaient-ils pas exceptionnels à ma manière mais ils l’étaient indiscutablement. Papa et Maman, tout aussi incompréhensifs et cons qu’ils puissent être, n’en restaient pas moins des personnes qui m’apportaient bien plus que l’inverse et qui m’aimaient envers et contre moi. Quoi que je pouvais leur cracher au visage ou ne pas leur dire, ce dernier point était réciproque. Tout comme j’aimais Zombie, un ami certes bizarre de par sa maladie mais fidèle et dont l’absence d’expression de notre relation m’allait parfaitement. C’était avec lui qu’il semblait y avoir le moins de chose et pourtant c’était avec lui qu’il y avait le plus ; mais on était pas amoureux ! Nan, c’était pas parce que c’était le seul mec de mon âge qu’il fallait croire qu’il y avait quoi que ce soit à ce niveau-là. Plutôt embrasser Abeille ! Maya, elle, était celle qui avait peut-être le plus de marques d’affection. Sans avoir les mêmes préoccupations de bizarre que moi, elle m’avait recousue plus d’une fois et cherchait l’intimité donc elle avait forcement finie par la trouver. Après, le rôle du grand-frère allait à Macky, Martin étant aussi protecteur et mature qu’on ne l’écoutait pas et le trollait. Mais on l’aimait quand même, juste que l’âge adulte lui réussissait de moins en moins à mesure qu’il vieillissait. Néanmoins il suffisait de l’appeler et il s’arrangeait toujours pour être là, une habitude de pompier surement. J’avais toujours eu un entourage très restreint mais de personnes sur qui je pouvais compter.

La cagoule m’est retirée du visage avec une habileté surhumaine et je sursaute au masque androgyne, impassible et cornu d’Arlequin. Il y a quelque chose d’hypnotisant sur ce visage figé et sculpté, me fascinant tant que je me calme et ne reprend réellement mes esprits qu’au moment où il se redresse. De sa main libre et d’un pas sur le côté, il me laisse voir Costard inconscient sur le sol, le visage bardé d’une marque de main violacée digne d’une piqure de méduse, et Marcel étendu, la tête penchant dans un angle non-naturel. Boss, lui, saigne de la hanche, laquelle est reliée au gantelet blindé d’Arlequin par un filament translucide que je peine à voir. Au loin, les sirènes de police se font entendre et, d’un geste de la main, l’homme masqué rappelle son arme dans le tube accroché à son poignet.

Tu as été prévenue. La mort est la seule issue. Reste à déterminer si elle sera tienne ou bien la tienne.

Arlequin avait pris le temps de nous observer mais, s’il nous était arrivé de l’entrapercevoir, jamais nous ne l’avions côtoyé d’aussi prêt ni n’était-il intervenu en notre faveur. Ce jour-là, il m’avait sauvée. Il avait disparu avant que la police n’arrive, usant de son gadget comme d’un grappin pour disparaitre sur les toits, mais il m’avait sauvée. Cela avait coutée la vie d’un homme et, si je trouvais cela horrible, je rationnalisais en me disant qu’il s’agissait d’une vie pour une vie : en l’occurrence, celle d’un gros bras pour la mienne. Cela m’allait, sans doute du fait que je n’étais pas la coupable. Je n’avais jamais tué et ne voulais pas le faire, même le mutant lézard ayant survécu à son électrocution grâce à l’impact du métro et n’ayant subit de cela « que » des blessures osseuses. Il y avait des limites que je ne voulais pas franchir même si j’avais découverte une nouvelle limite que je ne pouvais pas franchir. L’impuissance par l’emprisonnement devint une véritable phobie. Ce n’était pas le seul changement qui commença. Le procès conduisit à la condamnation des accusés à seize ans d’emprisonnement, même s’ils furent relâchés au bout de trois années seulement. Sur le coup, nous ne pouvions pas le savoir et croyons avoir gagné. Mais ce n’était pas une victoire comme celles que l’on avait connues et ses conséquences ne tardèrent pas à se faire sentir ; tant pour Aubervilliers que pour la Cour des Miracles, tout deux déstabilisés par mes actions.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 12 Mar 2016 - 12:24


Chapitre V : Doutes et Certitudes


Trente-cinq minutes, ha ! Record de monologue battu.

Je suis contente, assise sur ma chaise, de ma victoire. Le terrain de jeu est un plan de travail couvert d’un porte-document, de pots de stylos et d’une feuille de prise de notes, tandis que mon adversaire est une femme approchant de la trentaine, une brune joviale et sociable. C’est elle qui prend les notes sur moi mais, comme c’est elle qui parle le plus, la feuille est relativement vierge. D’un autre côté, réussir à me faire m’ouvrir comme elle l’a fait est une belle réussite pour une psychologue aussi jeune qu’elle.

Si j’avais eu son talent pour comprendre et parler aux gens, cela se serait surement mieux passé avec les autres membres de la Cour. Zombie me suivait par habitude et une confiance presqu’aveugle, indifférent à ce qui arrivait tant que cela restait dans son optique. Mais Abeille était incertaine, influençable certes mais pas stupide. J’avais peut-être réussi à obtenir son aide et le secret au sein du groupe mais, maintenant que c’était éventé, elle était bien plus d’accord avec lui qu’avec moi et se sentait coupable de m’avoir aidée. Vivement qu’elle ait sa crise d’ado pour me suivre par volonté d’envoyer chier les autres et dommage que Macky s’éloignait de plus en plus de cette mentalité. Quand il avait été mis au courant de mon opération pour décapiter le « parrain » de notre quartier, ça l’avait mis hors de lui. Il avait fait avouer Maya et Léo avant de me tomber sur la gueule presque pire que mon père était tombé sur les criminels m’ayant enlevés.

C’est d’ailleurs en suite de cette expérience que je me dois de suivre une psychologue. J’y suis allée en freinant des quatre fers mais mes parents ont misé sur le bon cheval ; pas étonnant quand on sait que ma mère est dans le milieu. Ce qui ne m’empêche pas de la faire tourner en bourrique, la psychologue pas ma mère. C’est pour ça que les séances de trois quarts d’heure durent généralement une heure voir une heure et quart, afin qu’on ait quand même avancées un minimum. Mais c’est justement parce qu’elle joue mon jeu et accepte de s’ouvrir quand je tente de lui faire parler d’elle plutôt que de moi que je finis par le faire à mon tour. Elle gagne ma confiance, en somme.

Moi, j’avais perdue celle de Macky et celle d’Abeille était devenue vacillante hors je pouvais pas regagner en leur expliquant qui j’étais. Ils me connaissaient bien mais doutaient de cela vis-à-vis de mon « extrémisme » ; je n’étais pas d’accord sur le terme mais chercher à le définir conduisait à des accusations de détournement de sujet. Hors le sujet c’était pas si j’étais extrême ou non mais si mon extrémisme était tolérable ou non. Exactement ce qu’auraient dit les adultes s’ils avaient été mis au courant de notre participation à la Cour des Miracles. Ils me cassaient les couilles que je n’avais pas ! Okay, je pigeais la peur de Maya et le sentiment de trahison de Martin mais tout avait bien fini, c’était le principal. Grâce à Arlequin, certes. Pourquoi pour eux c’était en trop ? C’était une chance qu’il soit intervenu et la chance c’était mon truc.

On en parle beaucoup de ma chance, d’ailleurs. Il n’y a toujours aucune preuve qu’elle existe et, autant je tais l’existence de la Cour des Miracles, autant je me vante de mes pouvoirs. Je n’ai aucune preuve valide aux yeux des adultes, mes tests de probabilité n’ayant aucune valeur face à l’absence de mutation et autre anomalie génétique, mais au moins ma psy cherche à comprendre pourquoi je voudrais en avoir. Une question conne s’il en est, considérant l’impact des super-héros sur l’Histoire, mais une question qui a le mérite d’être posée. Contrairement à mes parents, elle cherche à me comprendre.

Tout comme je comprenais la méfiance de la Cour envers Arlequin. A notre âge, avoir un inconnu masqué pour faire des commentaires sur nos activités secrètes et n’intervenir que lorsqu’il n’y avait pas d’autre solution pour sauver l’une d’entre nous, ça faisait quand même légèrement pédophile. Mais c’était pas le sujet ! Terrible, c’était plus difficile de détourner la conversation avec une bande d’ados qu’avec une psy diplômée. Néanmoins je continuais à ne pas voir le problème à être prête à sacrifier des choses pour notre cause. Ma vie n’était pas une chose mais j’avais risqué ma vie, pas sacrifiée ma vie. Le plan impliquait juste que je me fasse tabasser, pas que je meurs, et pourquoi j’étais la seule à voir cette nuance ?

J’ai une grande capacité à ne voir que ce qui m’arrange, d’après ma psy. Je suis une grande optimiste, je sais. Mais vaut mieux un optimisme mal placé qu’un pessimisme réaliste parce qu’on avance mieux avec le premier. Echouer à atteindre la lune c’est se retrouver dans les étoiles, comme disait Raphaël. Le peintre, pas la torture ninja. Mais du coup je ne m’attarde pas tellement sur le tabassage, les hématomes ont été guéris et le procès mettra un terme à toute cette histoire. Ma psy veut creuser  cet abord normalisé de la violence, elle ne trouve pas ça normal. Bah je suis fille de flic, j’en ai vue de la violence ne serait-ce qu’au commissariat. Donc nope, être mêlée aux affaires des criminels ne me choque pas le moins du monde.

Tant qu’on faisait ça en équipe en limitant les risques, tout le monde était d’accord. Mais j’avais fait ça en équipe : Zombie et Abeille avaient participé indirectement mais c’était quand même de la participation. Et Macky n’avait pas été prévenu justement pour éviter tout ce bordel ! Mais maintenant qu’on y était, on faisait pas semblant : comme le rappelait Martin, le deal c’était qu’il se taisait sur la Cour des Miracles parce qu’il participait à notre sécurité hors j’avais rompu ça. Du coup il n’avait plus aucune raison de se taire… J’y avais pas pensé à celle-là ; mais je ne pouvais pas penser à tout ! C’est pour ça que j’aurais jamais dû faire une telle connerie ? Pouvait-on m’expliquer la différence entre un plan et une connerie parce que j’avais sérieusement l’impression que ce qui aurait été reconnu comme du génie légèrement masochiste chez un adulte devenait une connerie irresponsable chez moi juste parce que j’étais une adolescente !

Je suis une adolescente, oui, mais pas tellement concernée par les problèmes de mon âge… je dirais que c’est une question de point de vue. Y’en a qui me concernent bien, j’échappe pas aux affres de l’adolescente mine de rien, mais la plupart me consternent surtout. C’est pour ça que je suis bizarre aux yeux de mes camarades. Et c’est aussi pour ça que je suis à la « tête » d’un groupe de « freaks » : la fille du flic qui se prend pour une surhumaine, la fille des docs qui se prend pour une doc et l’autiste honnête avec ce qu’il est ; on c’est bien trouvés. On a aussi le pote black, très important le pote black, même s’il est surtout le grand-frère dans l’histoire vue la différence d’âge. Tout cela pour dire que oui, je me sens adolescente uniquement quelques jours dans le mois. J’observe bien ce qui se passe au sein de l’école mais ça ne m’intéresse guère-plus que l’école elle-même. Je fais pourtant beaucoup de soirées avec mon groupe, c’est vrai ça, mais j’en suis pas à me chercher une sexualité ou à jouer avec les interdits qu’ils se fument ou se boivent. Les jeux-vidéos et la camaraderie c’est suffisant.

Après, la camaraderie je l’avais bien flinguée. La Cour des Miracles fonctionnait aussi bien car on était parfaitement en confiance les uns envers les autres et j’avais abusée de celles de Zombie et d’Abeille tout en trahissant celle de Macky. C’était pas mon impression mais c’était visiblement la base de mon extrémisme. A partir du moment où je faisais cela, on ne pouvait plus me faire confiance ; tant pour mon bien que celui des autres. Putain de moralisateur, j’avais l’impression d’entendre… ben un adulte, oui ! Macky était de plus en plus aussi con que les adultes. Tout autant qu’il me percevait de plus en plus aussi conne que les ados. On était au moins d’accord sur un point : notre connerie réciproque. Juste que ça ne faisait pas avancer l’affaire. Histoire d’être constructifs, on devait trouver un terrain d’entente. Ma proposition de deal impliquait qu’on continue à me faire confiance comme avant mais c’était plus possible. Sa proposition de deal était que je commence à lui faire confiance comme avant et que je lui dise tout ce que je faisais mais je savais pertinemment que cela impliquait de ne jamais pouvoir refaire de telles opérations. Hors si une nouvelle s’imposait, j’étais prête à la faire. Zombie aussi. Abeille non. Peut-être était-il temps de faire deux équipes de deux, du coup…

J’ai des problèmes, oui, comme tout le monde. Et j’ai pas trop à me plaindre des miens, considérant ceux que j’ai pu observer, même si je me réfère pas au pire. Tout cons qu’ils soient, mes parents m’aiment et c’est réciproque ; tant la connerie que l’amour. Par contre je veux pas qu’ils le sachent ni qu’ils sachent que je sais donc je tiens au secret médical. Ceci étant dit, ils doivent être aussi au courant que moi. Après, ma psy n’a pas tort : même si ce qui s’est passé n’est pas suffisant à briser les non-dits, ça n’empêche pas qu’ils ont souffert de ce qui c’est passé et peut-être plus que moi vu comment je le vis. Ils s’inquiètent et visiblement ils ont des raisons de s’inquiéter ; je suis persuadée qu’on n’a pas besoin de se dire les choses, ce qui de toute façon est compliqué du fait de la période, mais je comprends que ce genre d’affaire leur face du mal. Je ne veux pas leur faire de mal.

A mes amis non plus et c’était cela qui était le plus problématique : le sentiment de trahison. J’avais fait confiance à tout le monde, de mon point de vue, alors qu’eux le vivaient comme soit une manipulation, pour Abeille, soit un mensonge par omission, pour Macky. Pourquoi personne ne pouvait voir qu’on avait là notre plus grande réussite ? Car c’était notre plus grande réussite, personne ne pouvait me l’enlever. Juste qu’il fallait gérer cette habitude à prendre tous les risques pour tout le monde que l’apprenti pompier avait hors, à part par l’omission, j’avais pas eue de solution. Si j’étais prête à faire des sacrifices, je n’en imposais aucun à mes proches et Martin se serait senti obligé d’y aller à ma place ; il avait essayé de me convaincre qu’il m’aurait raisonnée mais il savait aussi bien que moi comment ça se serait tourné. Il fallait qu’il arrête de vouloir nous protéger car il était condamné à échouer, c’était peut-être l’ainé mais il n’était pas le meilleur d’entre nous. Et il n’était qu’humain.

Ma psychologue s’intéresse beaucoup à mon envie d’être surhumaine, faisant des parallèles problématiques avec les principales activités des « modèles » de surhumanité qu’on a depuis la Justice League. J’aime pas ça mais je laisse faire, bien consciente de devoir détourner plutôt que mentir frontalement. Comment ne pas admirer les super-héros dans la société qui est la nôtre ? Ils sont partout depuis trois générations au moins, ils sont le présent et l’avenir de nos sociétés que ce soit dans la sécurité et de plus en plus dans les autres domaines. Forcément que ça force l’admiration, que ça fait envie… tous les enfants veulent avoir des pouvoirs. Bon, c’est vrai que sortir ça après avoir dit que je ne me retrouvais pas dans les problématiques adolescentes plaides pas en ma faveur… mais moi c’est vrai. Pourquoi ou comment, je l’ignore et je m’en fous. Ce qui est important c’est que je sois surhumaine.

Macky, tout aussi doué qu’il pouvait être, restait quelqu’un de normal. Sans rien de négatif à cela, il ne pouvait pas se permettre les mêmes choses que moi. Il viendrait un moment où, à essayer de me protéger, il finirait par être blessé là où je n’aurai rien eu. Ça n’était pas pour rien que la plupart des groupes de sécurité misaient plus sur des capacités surhumaines que sur des capacités humaines ; et, autant Zombie avait ses gadgets pour contrebalancer, autant ni Abeille ni Macky n’étaient équipés. Il faudrait s’habituer à des opérations ne nous mettant plus à égalité mais exploitant nos forces et nos faiblesses, c’était une suite logique à notre apprentissage sur le tas. Ça n’était pas les opérations plus importantes que casser des gueules à des petites frappes qui posaient problèmes, c’était la manipulation par la confiance et le mensonge que j’avais employés qui posaient problème. Ouais, autant dire que c’était moi le problème !

Je ne suis pas un problème, j’ai des problèmes ;  ma psy est certaine là-dessus. Et elle ne parle pas du procès mais bien de l’absence de séquelles ou de chocs face à ma mésaventure. Cela est bien plus inquiétant dans mon abord du monde, je veux bien la croire même si je ne vois pas pourquoi. J’ai grandi dans un milieu particulier, de par mon père, et j’ai appris à l’observer et le comprendre, grâce à ma mère, c’est tout. Quand tu écoutes des criminels parler de leur vie, ils parlent de leur quotidien et pas de leur rapport à la norme du citoyen respectueux de la loi. Pour eux, comme pour moi, c’est normal. Aubervilliers, c’est 6 agressions par jour en moyenne ; quand tu observes les conséquences de cela, tu t’étonnes pas quand ça t’arrive à toi. Tu te prépares, c’est pas pour rien que mes parents m’ont payé des cours de Vovinam et qu’avant ça Papa me faisait faire de la boxe. Je voyais pas en quoi un enlèvement et un tabassage étaient plus choquant qu’un tabassage directement. Y’aurait eu pire je dis pas mais on oubliait trop facilement que ça c’était bien passé. Enfin, façon de parler. Lapsus à la con…

Je ne pensais pas comme j’aurai du penser, comme une adolescente et une amie normale aurait dû penser. Etait-ce grave ? J’étais pas normale, c’était un fait, mais cela n’impliquait pas que je sois mauvaise. Pourquoi personne ne parvenait à comprendre cela ? J’en avais marre de devoir lutter contre tous de tous les côtés, c’était usant et démotivant. Heureusement, alors que tout se passait aussi mal que cela aurait dû se passer bien, il y avait Arlequin pour me tendre la main.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 19 Mar 2016 - 14:56


Chapitre VI : Nouvelle Année


T’es sûr de toi ?

Je franchis à mon tour la fenêtre ouverte, posant le plus doucement possible mon pied chaussé sur le sol. J’ai la discrétion normale de lorsque je fais le mur mais suis infiniment plus tendue, détaillant le décor inconnu plongé dans la pénombre. C’est un lieu bien plus grand et décoré que celui dans lequel je m’infiltre habituellement, rien que le salon a plus de fenêtres que l’appartement de mes parents, mais l’habitude ne me vaudrait pas une entrée par effraction si je venais à être prise. Je n’ai jamais fait cela jusqu’à lors mais c’est nécessaire, je fais confiance à mon nouveau coéquipier là-dessus.

La Cour des Miracles était plus que mal barrée, je l’avais bien senti lors des fêtes de fin d’année. Par tradition, Noël était familiale et le Nouvel An amical ; chose facilitée puisqu’on vivait tous dans le même quartier. C’était la soirée la plus importante de l’année, puisqu’elle s’étendait sur deux ans mine de rien, et on c’était retrouvés malgré les problèmes de confiance entre nous. On n’en était pas encore au schisme mais il y avait clairement deux partis : moi et les autres. Zombi regardait les choses se passer pendant qu’Abeille retrouvait sa timidité malgré sa prise de parti pour Macky, lequel m’en voulait vraiment. Il avait passé la soirée à se focaliser sur me battre à chaque jeux-vidéo auquel on avait joué mais, même sans cela, il c’était montré étonnamment sec envers moi. L’ambiance avait vraiment été pourrie même si ça n’avait pas été trop tendu.

Pour le coup, je suis plus tendue que le string que je ne porte pas. Mon cœur bat trop vite et je lutte tant contre mon stress que l’impression que ce que je fais est mal. Arlequin, lui, semble parfaitement à son aise alors qu’il se meut gracieusement entre les meubles. Ses pas ne font aucun bruit et, à l’observer dans la faible luminosité, j’ai l’impression que ses vêtements ondules afin d’éviter les obstacles avec la même agilité que leur porteur. Si le mouvement est hypnotique, ce n’est que lorsque sa capuche se plisse pour qu’il retourne vers moi son masque blanc androgyne et surmonté de petites cornes striées que je me perds réellement en fascination. Ses yeux noirs sont des puits sans fond et cette absence d’âme dissipe tout doute lorsqu’il me dit de lui faire confiance. Si nous sommes venus ici c’est parce qu’il sait que les propriétaires du lieu sont des criminels et il nous revient de les empêcher de nuire.

C’était notre objectif, nous battre contre les criminels et les hors-la-loi. Mais c’était devenu bien plus difficile par l’absence de confiance de Macky envers moi et cela foutait la merde. L’hiver était la saison la plus compliquée pour les batailles de rue, pour peu qu’il y ait effectivement les effets du froid, et le fait de ne plus avoir une confiance aveugle dans les actions des autres nuisait à notre coordination et donc à notre efficacité, ce qui entrainait à son tour des disputes et des reproches après coups vis-à-vis des risques et des ratés. La Cour des Miracles n’étaient plus ce qu’elle avait été ; je les avais même découvert à s’essayer à faire des missions sans moi. Le résultat avait failli être désastreux, me conduisant à penser que ma chance n’affectait pas que moi mais c’était un détail, et ils avaient commencé à parler d’arrêt, de dissolution. Ils me gonflaient avec leur syndrome Justice League, moi je n’arrêtais pas. Ma vocation était plus importante que les personnes, voir que les moyens nécessaires, avec qui je cherchais à l’accomplir.

J’ai la chance de côtoyer des personnes exceptionnelles, que ce soit au sein de mes amis, de ma famille ou encore d’Arlequin ; seulement, les relations conflictuelles viennent souvent compliquer le tout. Ce n’est pas le cas avec mon coéquipier, il a une telle sagesse et un tel détachement que, même moi, je ne semble pouvoir l’agacer. Il est toujours calme et posé, quoi qu’il fasse, et cela lui confère une aura que je n’ai jamais vue auparavant. On avance avec la discrétion de cambrioleur chez des criminels sans peur et j’ai la certitude qu’il ne peut rien m’arriver, il m’a déjà sauvé et le fera encore si nécessaire. Il m’entraine pour cela, dépassant de loin mon niveau, et m’encourage dans mon combat au-delà de ce que tous ont pu faire.

La Cour des Miracles ne comprenait pas mon engagement, l’appelant extrémisme voir inconscience. C’était vexant de voir que mes amis me connaissaient si mal, déformant ma volonté de faire au mieux en quelque chose de plus pervers. Okay, c’était pas des plus sains mes idées, surtout considérant nos âges, mais j’en étais pas non plus à outrepasser les lois ; quant aux règles, il aurait fallu en faire avant. Les plans ont faisait mais des règles pour la Cour des Miracles ne nous étaient jamais venues à l’idée. Le bon sens aurait dû être suffisant, il l’avait été mais apparemment j’avais tout gâché. Pour moi, j’avais fait preuve de bon sens. Pour eux, c’était de la stupidité. Pour Arlequin, c’était du pragmatisme.

Tout comme ce qu’on fait maintenant. On quitte le salon par l’un des couloirs, nous enfonçant dans les ombres. Arlequin m’a dit que la vue n’est qu’un sens parmi d’autre, chose à laquelle j’adhère complètement pour avoir une hiérarchisation des sens différentes de la moyenne, mais je n’en suis pas à pouvoir me diriger dans le noir comme il le fait. A partir du moment où je ne le vois plus, je le perds ; c’est simple. C’est stressant aussi. J’essaie de garder les doigts en effleurement de l’un des murs, afin de me guider à l’aveugle, sans plus oser ouvrir les lèvres. C’est souvent comme cela avec Arlequin : j’avance dans la direction qu’il me montre sans savoir où elle me conduit, sachant simplement qu’il s’agit d’une épreuve à franchir, d’un apprentissage à avoir.

Dans la Cour des Miracles, nous apprenions séparément les compétences nécessaires à tenir notre partie sur le terrain où nous apprenions alors sur le tas. Ça marchait bien même si ça impliquait énormément de travail personnel afin de ne pas être aussi irresponsables que les adultes pourraient nous le dire. Après, ils nous le diraient de toute façon s’ils savaient, puisqu’on avait aucune formation véritable ni expertise reconnue. Chose qui ne nous avait pas empêchés d’avoir des résultats, les criminels qu’on confrontait apprenant tout autant sur le tas que nous. Arlequin semblait être à un tout autre niveau, bien que l’on ne savait rien de lui à part qu’il franchissait la ligne jaune. C’était cela qui entrainait la méfiance envers lui mais, si on ne lui donnait pas sa chance, comment pouvait-on parvenir à le connaitre vraiment ?

Un bruit sourd me fait sursauter puis je m’immobilise, appuis fléchis et souffle figé. La vue est à l’affut mais c’est l’ouïe qui m’informe principalement, conduisant à entendre les murmures d’Arlequin à mon côté ; murmures me faisant sursauter également. Je suis trop tendue, pas assez perceptive, mais il me reste à faire. J’hoche la tête en direction de sa voix, entreprenant de reprendre mon avance. Je n’ose demander ce qu’il a fait et ne tarde pas à le découvrir, me baissant pour caresser un poil doux assez long et entretenu. L’idée première est un tapis mais je retire ma main comme s’il s’agissait d’une brûlure lorsque je sens l’odeur d’un chien ; je n’aime pas ces bêtes, inimité naturelle dira-t-on, mais celui-ci ne semble plus en mesure de gêner. S’il nous a entendus venir, l’animal est à présent hors d’état de nuire. Mais c’est au-delà de lui qu’on cherche à aller et c’est à moi d’ouvrir la porte devant laquelle il est couché.

L’une des particularités de la Cour des Miracles, c’était qu’on restait essentiellement humain. On avait peut-être des talents particuliers mais on était tous humains ; j’avais mon talent et ma chance, en laquelle peu croyaient justement parce que j’étais humaine, pendant que Zombie avait son intelligence et sa coordination, Macky ses valeurs et sa volonté et qu’Abeille sa gentillesse et ses connaissances. Niveau rôle, on avait la bonne base : le bourrin, le spécialiste, le soutien et le numéro complémentaire. Genre chez les Quatre Fantastiques, le bourrin c’était la Chose, le spécialiste c’était Mr Fantastique, le soutien c’était la Femme Invisible et le numéro complémentaire c’était la Torche Humaine. Chez nous, le bourrin c’était Martin de par son endurance et sa carrure supérieure,  le spécialiste c’était Léo de par ses gadgets et ses analyses, le soutien c’était Maya du fait qu’elle savait recoudre et panser et le numéro complémentaire c’était moi vu que je secondais le bourrin en défense et le spécialiste en attaque. Une belle équipe bien différente du duo avec Arlequin.

Je suis son apprentie, le terme de sidekick n’étant pas réellement approprié vu l’action secrète que nous accomplissons et l’absence de volonté de se mettre en valeur de mon coéquipier. C’est d’ailleurs pour cela qu’il me laisse accomplir les choses, afin que j’en sois capable. Je suis certaine que lui l’est mais qu’en plus il est capable de me rattraper si je foire. Mais, fort heureusement pour moi, je ne foire pas. Je laisse simplement mes empruntes sur la poignée comme je l’ai fait sur la fenêtre et les murs. J’en suis consciente, je fais tout de même. Je suis assez stressée par le reste pour me prendre la tête avec cela ; chose que, du fait, je fais. Ma main ne tremble pas par dextérité mais elle est d’une crispation telle que la dextérité ne suffira pas si je tarde trop. Je ne le fait pas mais ouvre trop bruyamment, entrainant le réveil des habitants de la chambre. La lumière s’allume et tout par en couille.

Tout partait toujours en couille, c’était une règle simple. Aucun plan ne survit au contact de l’ennemi, disait Napoléon, et ça n’avait pas manquée la seule fois où j’avais considéré un plan et un presqu’ennemi. Jusqu’à lors, la Cour des Miracles avait une idée globale mais elle restait suffisamment vague pour nous permettre l’adaptation aux situations qu’on rencontrait et c’était surtout dans nos rôles qu’on se retrouvait ; c’était sur le tas qu’on faisait dans le plus précis, en Système D. Et cela marchait bien, depuis l’Aube de l’Humanité surement. De la chance, de l’improvisation et de la confiance, on avait fait des merveilles avec ça ; d’où que la Cour des Miracles peinait à présent, n’ayant plus la confiance et perdant la chance que j’apportais du fait. Mon plan avait foutu le bordel et seul Arlequin avait permis de fonctionner, me faisant apprendre de cette erreur d’avoir voulu trop cadrer les choses. Ça ne rassurait personne puisque je restais apte à de telles initiatives mais c’était plus facile à faire que s’y lancer à l’aveugle.

Je ne suis pas aveuglée grâce à mes lunettes de soudure, lesquelles me protègent de l’éclat de lumière perçant les ténèbres et se concentrant par la porte entrebâillée, et fait donc face à un couple de quarantenaire des plus surpris alors même que j’achève mon ouverture de porte. Le cri de la femme me surprend mais c’est le pschitt gazeux du gantelet d’Arlequin, bruit produit lorsque le tube qui s’en détache expulse le filament lui servant de grappin à la manière d’un pistolet à clous, qui me fait réellement sursauter. L’homme n’a pas eu le temps de tendre sa main vers son téléphone que celui-ci a déjà fini empalé par le gadget, revenant perforer jusqu’à la main blindée qui l’attrape avec aisance. La voix caverneuse d’Arlequin appelle au calme et au silence, me faisant me tendre toujours entre lui et ceux qui ont bien plus l’attitude de victimes que de coupables.

L’un des avantages qu’il y avait à prendre les gens sur le fait dans les rues était qu’on n’avait jamais réellement à se poser la question de la culpabilité ou de l’innocence : les preuves étaient là. Sans compter que la plupart du temps, c’était des gens assez « connus » du milieu, ne se cachant pas réellement mais n’étant pas pour autant interpelés par les flics. On pouvait négocier avec les bleus, pas avec la Cour puisque même les criminels ne savaient pas réellement ce qu’on était ; des jeunes qui cassaient des gueules et jouaient aux vigilants, c’était la conclusion de l’enquête sur nous. Pas forcément faux mais c’était plus un sujet de société chez les concernés qu’un sujet juridique ou même policier : tant qu’on continuait à foutre du petit bordel, les flics ne semblaient pas tellement concernés. Et tant qu’ils ramassaient nos paquets sans les relâcher comme si de rien était, chose difficile vu qu’on laissait les preuves, on n’était pas tellement concernés nous aussi. Même mon plan n’avait visé qu’une personne dont on était conscient de la culpabilité, jouant même dessus contre lui. C’était simple et ça nous allait. Si l’on ne négociait pas non plus avec Arlequin, son monde était bien plus complexe.

C’est ce que je comprends à mesure que les mots raisonnent et que les phrases se forment, me retournant incertaine vers mon coéquipier. Il expose la situation avec flegme et distance, faisant le procès des actions des personnes qui nous font face. Cela me fait pâlir. Est-il plus grave de franchir les lois pour accomplir des crimes ou bien de manipuler les lois afin d’être malhonnête sans accomplir de crime ? Cette question m’est toujours restée étrangère par une vision peut-être trop manichéenne mais elle a cela de confortable de ne pas douter. Hors, c’est ce que je fais alors que je vois Arlequin se faire juge et bourreau ; il me laisse le soin d’être les jurés. Et je fixe alors les deux inconnus, dont les montages financiers et les choix d’entreprise ont conduit à des pertes d’argent qu’ils ont limité par des licenciements en poussant de leurs employés à la démission par harcèlement moral, se défendent une nouvelle fois en mettant en avant le fait qu’ils ont été reconnus non-coupables. Leur peur et leur affolement me renvoi à l’assurance et à la froideur d’Arlequin alors qu’il s’avance, sortant des ombres pour poursuivre ses énoncés ; car ce ne sont pas des accusations, ce sont des faits qu’il énonce.

Les procès, c’étaient des choses dont on avait des retours par les médias et nos parents ; jamais un membre de la Cour des Miracles n’avait témoigné même si j’aurai à le faire du fait de mon plan, cet élément perturbateur me conduisant à devoir changer d’alliés comme de méthodes. Mais cela impliquait également qu’on était parfaitement étranger au système et aux jugements, n’ayant jamais prétendu avoir la justice ou la rendre mais nous contentant d’y livrer les criminels. Nous ne déterminions pas s’ils étaient criminels ou non, nous constations simplement mais ne jugions pas. Ce n’était pas notre partie, nous on tentait de rendre nos rues plus sures, notre quartier meilleur. Nous n’étions ni juges, ni jurés, ni bourreau ; pas même les policiers. Nous étions les vigilants ramenant aux autorités les criminels, recherchés ou non, comme le voulait la pure tradition que les héros montraient depuis l’invention de la Justice League. Cette neutralité nous avait été précieuse à la Cour des Miracles parce qu’elle nous ramenait à un simple fait : nous n’étions pas au-dessus de ce que nous défendions et nous étions différents de ceux que l’on confrontait justement pour cela.

Je suis perdue et les inconnus le voient bien, tentant d’en profiter. Arlequin me met froidement face aux vérités, à une réalité bien plus pernicieuse que celle qui m’est familière. Mon cœur s’accélère encore plus, d’abord parce que je panique puis parce que la pression augmente encore. Les accusations sont de trop : oui nous sommes entrés par effraction et oui nous les menaçons mais nous ne sommes pas des criminels. Je ne dis plus rien, n’ayant pas à défendre ma volonté de faire au mieux pour arriver à un meilleur, mais voit vraiment combien le crime peut prendre des formes plus malsaines que de simples non-respects des règles. Je vois les failles du système pour la première fois et comprends que, à l’instar d’un plan, il ne se déroule et ne se déroulera jamais comme prévu. Arlequin a raison : ma croyance dans le Système D est justifiée, je dois simplement l’assumer pleinement et entièrement afin de ne plus permettre la corruption de mes actions par d’autres. Il me dit que je suis incorruptible et que c’est pour cela que je peux rendre un jugement, quelqu’en soit la condamnation. Je enfin et j’en ai les larmes aux yeux.

L’adolescence, c’était croire pouvoir refaire le monde. La Cour des Miracles était un rêve d’adolescents. L’âge adulte, c’était apprendre ce que le monde était vraiment. Arlequin était adulte. C’était la première fois que j’étais vraiment tiraillée entre les deux. Ce n’était que la première foire que j’étais tiraillée entre les deux. Il y en aurait bien d’autres. Certaines ce passeraient mieux, d’autres seraient pires. Toutes ne ce termineraient pas par de simples menaces afin de garder le silence et de bien faire comprendre que, s’ils ne s’amélioraient pas en tant que personnes, il y aurait des conséquences. J’apprenais mes limites morales et j’en souffris beaucoup. J’apprenais aussi mon insignifiance et combien ce que je faisais valait mieux que ce que j’étais. Ce n’était pas de l’extrémisme, c’était de la maturité. Arlequin m’enseigna longtemps cette voie, l’ayant parcourue et transcendée, en m’attendant toujours malgré le couloir de ténèbres sur lequel il me guidait à la confiance, attendant patiemment que je comprenne de moi-même la chose la plus importante qu’il aurait à m’enseigner ; dommage que c’était un sacrifice que je n’étais pas capable de faire.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 26 Mar 2016 - 13:26


Chapitre VII : Vérités


J’ai besoin de votre aide…

Ma voix tremble et est clairement suppliante. Je me courbe pour tousser, sentant la douleur emporter mes côtes et le mouillé de mes larmes couler jusqu’à rejoindre le pâteux  du sang qui s’échappe d’une de mes narines. Je serre mon téléphone dans ma main à la mesure de cela mais, ce faisant, il m’échappe et tombe non loin. Me redressant dos contre le parapet du toit, je ferme les yeux en tentant de retrouver mes esprits. Je ne dois pas perdre conscience maintenant, sinon tout est perdu. Ça serait tellement plus simple portant, se laisser aller. Abandonner.

Je n’avais jamais abandonné jusque là. Mais je n’avais jamais vécu un tel combat jusque là non plus. Arlequin était d’un niveau bien trop supérieur au mien, même avec ma chance je ne pouvais réussir à l’égaler. Il m’avait pourtant formée ces derniers mois mais malgré la dureté, tant physique que morale, de son enseignement je n’étais pas capable de rivaliser. Avec les années, cela aurait pu être le cas, mais les missions que l’on faisait n’attendaient pas que je fus prête. Heureusement, quelque part, sans quoi les choses auraient été bien différentes. Contrairement aux actions de la Cour des Miracles, sur lesquelles l’enquête semblait volontairement piétiner du fait que les flics commençaient à avoir l’habitude des « modes américaines » que représentaient les vigilants, Arlequin et moi avions attirée une attention bien plus hostile ; sans avoir jamais été identifiés, nous étions taxés de criminels par la police suite à certains témoignages de personnes n’ayant pas voulue saisir leur seconde chance. Ces gens manipulant le système pour mieux le transgresser étaient les pires aux yeux d’Arlequin et il les avait punis comme il se devait. Je comprenais pourquoi sans parvenir à le faire ou à accepter l’idée de le faire : lui ne voyait qu’une seule issue et cela, c’était impossible pour moi. Il y avait des limites qu’on ne devait pas franchir. Arlequin considérait que je parlais d’inexpérience, m’expliquant que toute personne naissait pure et que c’était la vie qui était corrosive à cela. Il n’y avait donc qu’une seule manière d’en terminer.

C’est presque en désespoir de cause que je me bascule sur le côté, couinant bruyamment, afin que ma tête chute lourdement non loin de mon portable. Déglutissant péniblement, je crache l’adresse où je me trouve ; qu’ils fassent au plus vite. Il faut qu’ils fassent au plus vite, par pitié. Laissant lourdement tomber ma main sur mon téléphone, je raccroche afin de n’avoir à fournir plus d’explications pour l’heure. J’ai un autre appel à passer et je dois le passer vite. D’autant que si j’espère que Léo réunira au plus vite la Cour des Miracles par simple demande, je ne suis pas certaine que mon père croit mon histoire. Il le faut pourtant. S’il ne le fait pas, il risque d’être blessé.

J’avais toujours vu Papa comme quelqu’un d’honnête et d’intègre, son seul défaut étant son humanité. Dans un monde avec une population croissante de surhumains, les policiers devenaient une chair à canon aussi anonyme que dispensable et j’avais grandie avec la peur qu’un jour ce soient de ses collègues qui viennent sonner à notre porte pour nous dire qu’il ne rentrerait pas. Comme le reste, on n’en parlait pas. Il revenait toujours, c’était le principal. J’ignore si Maman croyait à ce mensonge mais moi j’avais du mal, beaucoup de mal. Je voyais tant de gens à pouvoir faire des choses extraordinaires afin de protéger les autres, c’était l’exemple avec lequel j’avais grandi, alors j’essayai à mon tour. La Cour des Miracles se battaient contre la petite criminalité pour rendre notre quartier un peu plus sur. Arlequin se battait pour déraciner la corruption à une échelle bien plus grande. Il réprouvait les groupes gouvernementaux pour être victime de ladite corruption et préférait la marginalité et l’anonymat, comme la Cour l’avait fait également. Mais lui était guidé par sa seule volonté et son autarcie n’avait nulle limite autre que celles qu’il s’imposait. Et il ne s’en imposait pas beaucoup. Arlequin prennait ses cibles en fonction de leur comportement envers la société : les criminels devaient se voir offrir une chance de s’améliorer et ceux qui la refusaient devaient être punis. Mais il était le seul à définir qui était criminel et qui ne l’était pas.

Papa ne répond pas à son téléphone, me faisant fondre en sanglot alors que la voix sans âme du répondeur me propose de laisser un message après le bip sonore. Je tente de l’hurler ce message mais les seuls sons que ma bouche laisse échapper sont des bafouilles et des hoquets. Je suis encore trop sonnée pour prononcer quelque phrase que ce soit si elle fait plus d’une demi-douzaine de mots hors j’ai tant à dire. Tant à lui dire. Tout cela s’embrouille dans ma tête et ne me complique que plus la tâche d’essayer de lui expliquer. Lui expliquer que j’ai menti, lui expliquer que j’ai trahi, lui expliquer que j’ai franchie la ligne jaune… L’impression que tout est de ma faute s’ajoute au bordel de mon esprit et m’achève presque. Je vais réussir à faire ce qu’Arlequin a refusé d’accomplir.

J’avais rendez-vous avec lui ce soir-là, on se voyait régulièrement afin que j’apprenne sur le tas de ses opérations. Je ne doutais bien n’être pas sur toutes, principalement celles de punitions d’ailleurs, mais mon endurcissement me permettait d’être de plus en plus présente à ses côtés. On avait fait beaucoup de choses, beaucoup trop de choses, afin de repousser peu à peu mes limites et, en définitive, d’essayer que l’apprentie surpasse le maitre. C’était cela son objectif, il ne s’en était jamais caché. Mais cette fois, il était allé trop loin. Il m’avait conduite en un lieu que je connaissais trop bien afin de me laisser planifier notre opération, me laissant passer devant lui dans le couloir sombre de son enseignement hors la lumière que j’avais vue m’avait brûlée l’âme. Sa volonté de me laisser prendre l’initiative n’était pas l’étape qu’il avait vue dans ma progression, c’était un choix que je ne pouvais faire. Je voulais bien que mes actions soient plus importantes que moi de part le nombre de personnes qui en bénéficieraient mais je ne pouvais pas porter le jugement chez moi. Je ne pouvais pas tendre une embuscade à mon père.

Le téléphone se coupe lorsque la durée d’enregistrement de message est dépassée. En contrebas, je regarde la rue ; ma rue. Non loin, il y a les fenêtres de l’appartement de mes parents avec Maman endormie surement, ignorante du fait que je fasse le mur comme elle l’a toujours été. Papa travaille encore, il est probablement sur un truc vu qu’il n’a pas répondu, et c’est l’impossibilité de savoir avec précision quand il rentrerait qui a poussée Arlequin à me laisser préparer la chose en amont. Maintenant qu’il sait que je ne le ferais pas, il va s’en prendre directement à mon père. Et comme l’ont prouvé certains des témoins de nos actions, ce n’est pas la police qui arrêtera le surhumain. Peut-être que la Cour le pourra. Je l’espère car, seule, je n’ai pas pu.

J’avais essayé pourtant, d’abord par la parole mais il n’y avait pas à discuter les faits énoncés par Arlequin. Papa avait peut-être laissés des criminels en liberté pour en attraper d’autres mais c’était un moindre mal. Non, nous étions le moindre mal ; et un moindre mal qui nécessitait d’exister justement car les autorités étaient corruptibles et manipulables. Nous ne l’étions pas, nous ne devions jamais le devenir. Pas même par nos proches ou nos familles. N’avais-je pas appris à voir et à accepter la réalité à ses côtés ? J’avais toujours vue la réalité, depuis que j’étais enfant, et si je pouvais ne pas l’accepter cela était utile à tous ! Je n’acceptais pas que mon père soit un criminel car je savais qu’il ne l’était pas, car je le connaissais ; le fait qu’il soit mon père n’avait rien à voir. Ce n’était pas de l’aveuglement, c’était de la confiance. La même que celle que j’avais en Arlequin. Celui-ci trouvait cela triste, décevant. J’en avais rien à foutre, cette opération était avortée. Il n’était pas d’accord et ses paroles furent simples :

Tu sais comment cela finira.

J’entends les fenêtres s’ouvrir et des personnes peiner à en descendre. Je crois que Maman s’affole. Je crois que Zombie lui dit de ce calmer. Je crois qu’Abeille dit son premier gros mot, il faudra le fêter ça. Et surtout, je sais que Macky arrive pour me relever. Il me parle, il me demande ce que je n’ai déjà pas voulu expliquer au téléphone, il commence à vérifier mon état avec l’aide d’Abeille. Les cons, j’ai déjà connu pire et on perd du temps. Les gros cons, je sais très bien qu’ils ont eu raison et j’ai pas l’intention de l’admettre. Il faut aller au commissariat, au plus vite. Arlequin va s’en prendre à Papa. Maman ne comprend rien et ne veut pas me laisser partir, je peux voir son visage choqué et effrayé alors que Macky cherche à lui expliquer la Cour des Miracles. Il a vingt mots, plus ou moins, avant que je lui dise de la fermer. Le temps joue contre nous donc il faut se bouger le cul ; je m’engueulerai avec mes parents plus tard et j’ai bien l’intention de le faire avec les deux. Hors, pour cela, il faut arrêter Arlequin.

Nous étions tous les deux doués en combat et en acrobatie, tous les deux endurants et tous les deux déterminés. J’avais même ma chance pour me protéger. Mais lui avait son expérience et son adresse supérieures. Il n’avait utilisé que sa main « normale », gardant son gantelet blindé et meurtrier loin de moi, alors que j’avais donné tout ce que j’avais : balle rebondissante, cran d’arrêt, mes poings, les pieds, ma connaissance du terrain et de ses techniques. Il était aussi impossible à toucher que je l’étais pour une personne normale hors il n’était pas une personne normale et m’avait atteinte un trop grand nombre de fois. Il aurait pu me tuer, sans trop de difficulté même, mais il ne l’avait pas fait. Ma tête avait heurté le sol, en plus d’être touchée par son poing, et mon torse avait heurté plus de choses encore. Je l’avais atteint également, parvenait parfois à expédier un pied ou un poing à l’encontre de son torse ou d’un de ses membres, mais cela n’avait rien semblé lui faire ; nous étions tout deux habitués à prendre des coups mais, comme toujours, nous appartenions à un monde différent. D’abord désarmée puis capturée, j’avais finie pliée en deux torse sur le parapet à appréhender qu’il n’en finisse en me poussant par-dessus pour une chute d’un étage mais il ne l’avait pas fait, il m’avait simplement tirée à l’intérieur du toit et laissée là alors qu’il s’en allait faire ce qui devait être fait.

C’est ce que je fais aussi, préférant descendre par les toits en cherchant à limiter la chute que je n’ai déjà pas faite durant le combat. La carrosserie de la voiture sur laquelle j’atterris se déforme et l’alarme se déclenche avant même que je n’ai roulée jusqu’au sol, rapidement imitée par les autres membres de la Cour cherchant à limiter les dégâts plus que je ne l’ai fait. Nécessitant aide pour me relever, je suis soutenue puis balancée sur la banquette arrière de la voiture de Macky alors qu’il prend le volant. Zombie, assis à l’avant également, vérifie son harnais amplificateur de musculature et doté de tasers rétractile. Abeille, à côté de moi, s’empara de sa trousse à pharmacie pour en sortir des antidouleurs. A croire que dès que j’avais sonné Léo pour l’appeler à l’aide, tous avaient compris que c’était bien la Cour des Miracles que désignait le « votre ». Et malgré tout ce qui c’était passé entre nous, ils sont venus.

J’avais eu le temps d’y penser à ce qui c’était passé entre nous durant les derniers mois alors que je tendais désespérément de choper mon téléphone pour appeler à l’aide. J’avais détruite la Cour des Miracles par manque de sincérité envers elle, j’avais tout autant trahi Macky qu’Arlequin m’avait trahi et que j’avais trahi mes parents. En cherchant à faire du mieux, j’avais acceptée la nécessité de faire du pire et c’était là la première chose qui faisait de moi une criminelle comme ce que je cherchais à combattre. Les motivations des criminels ne m’avaient jamais intéressée jusqu’à ce que je les perçoive comme des gens comme moi, pas forcément égocentrique ou égoïste mais cherchant à faire au mieux ou eux et les leurs. Il y avait des salopards, oui, mais des gens dans le besoin également et d’autres qui se laissaient simplement prendre au piège. Arlequin m’avait appris à voir cela, à voir comment des personnes légalement innocentes pouvaient en réalité être coupables et des personnes coupables pouvaient en réalité être innocentes. Dommage que je n’ai été capable ni de voir ce qu’il était, ni de voir ce que je devenais. Quand à savoir ce que j’étais devenue, seule ma confrontation avec mon mentor me permettrait de le savoir. J’espérais simplement que ça ne coûte pas la vie de mon père.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 2 Avr 2016 - 13:57


Chapitre VIII : La Cour des Miracles


Papa !

On est dans un décor de film : les officiers de police sont éparpillés au travers du décor qu’ils ont marqué de leur affrontement avec une chose n’ayant pas plus laissée de trace qu’un fantôme. Ces gens qui m’ont connue depuis que je suis petite sont anonymement entreposés dans des positions plus ou moins aléatoire fonction de leur résistance à la tempête que j’ai déchainée. Je n’ai pas le temps ni la clarté d’esprit pour m’inquiéter de cela comme de toutes ces personnes qui ne sont que des dommages collatéraux et dont personne ne se souciera à l’avenir alors qu’ils sont les premières victimes de ce qui ce passe. Mais c’est normal, on se tourne toujours pour regarder les héros quasi-divins défendant le Monde avec un grand M, on se moque des ravages qui arrivent chez les gens normaux dans leurs combats et les victimes de cela sont à l’instar de celles des bombardements. C’est le principe même de l’Histoire et on ne fait pas exception.

Arlequin avait une vision crue du monde, une vision qu’il cherchait à m’enseigner comme le reste. Pour lui, il ne s’agissait pas de cynisme mais de réalisme et il ne jugeait pas la réalité comme cyniques. Elle était neutre à ses yeux, d’une neutralité laissant libre cours au meilleur comme au pire. Les choses pouvaient être cyniques car nous vivions en conflit avec le pire, non en contact avec le meilleur. J’étais assez d’accord avec cela : depuis toute petite, j’avais regardé mon monde mêlant les problèmes des gens « normaux » traités par Maman aux conséquences des gens « criminels » traités par Papa. Et comprendre les gens normaux m’aidait à concevoir les gens criminels. Quand je sortais de l’école, j’aimais aller attendre dans la salle d’attente du cabinet de ma mère ou dans l’accueil du commissariat pour observer les personnes qui y défilaient. Parfois, j’en suivais une ou deux un peu plus loin. Souvent, je discutais avec les autres attendant là, qu’ils soient clients ou tenanciers. Les choses étaient ce qu’elles étaient, il n’y avait pas à croire ou non que c’était possible que ce soit d’un point de vue humain ou inhumain. Je ne comprenais pas tout et ma vision était limitée par cela, par cette subjectivité normale, mais je comprenais plus que je n’aurais dû. C’était pour cela que je voulais lutter à mon tour afin de bloquer les gens dangereux pour les autres loin de ceux dangereux pour eux-mêmes. Et je voulais être sure que Papa revienne toujours de cette lutte.

Je ne suis pas sure qu’il reviendra cette fois et c’est de ma faute, cela m’aide à continuer le plus normalement possible. Mon esprit n’est pas au mieux mais je ferais avec, il n’est pas au pire non plus. Comme mon corps en somme, maintenu par l’absence de sensations due aux anesthésiants. Ce qui me fait le plus mal, c’est cette forme déchue moitié allongée sur le sol moitié adossée à la grille de prison, une main attachée à cette dernière tandis que l’autre repose sur le premier en un angle non naturel, encore fermement accroché à son fusil. Le visage usé de Papa est tellement plus marqué qu’à l’habitude, que ce soit par son âge prématuré ou par son air résolu à finir par échouer. Sans doute savait-il que ce genre de situation arriverait et il accepte d’être dépassé après avoir donnée toute sa hargne dans la bataille. Il n’abandonne pas, il accepte ses limites et ce que cela implique. Je n’ai jamais vu Papa pleurer et j’aurai pensé qu’il le ferait face à l’ultime échec que sa vie mais non. La seule à qui les larmes montent, c’est moi. Et je m’avance en l’appelant, le faisant revenir à la réalité alors que j’ai cessée de prêter attention à celle-ci et qu’Arlequin recommence sa prestation.

Arlequin était un meurtrier mais, de son point de vue, pas un criminel. Rien de ce qu’il ne faisait n’était personnel et il avait toujours donnée une seconde chance pour que l’autre puisse s’améliorer. Ce n’était qu’un contretemps mais il avait son importance car, coupable ou innocent, on connaissait tous la même fin. C’était là ma plus grande résistance à son encontre, avant même qu’il ne décide de s’en prendre à mon père. Pour Arlequin, la mort était la seule issue et la donner était le seul moyen de mettre un terme au crime s’il ne pouvait être changé. Selon lui, il ne condamnait pas à mort mais donnait une chance de vivre avec la sentence si cette alternative était refusée. Mais c’était bien là la condamnation à mes yeux et dans tous les cas cela allait trop loin. Ce n’était pas parce que nous finirions tous par mourir qu’il fallait banaliser l’acte de mort. Un raisonnement pouvant se tenir pour la violence également, je n’avais rien à répondre à cette réflexion mais je refusais de changer de sujet. On ne pouvait pas changer des personnes ne voulant pas changer mais on pouvait les enfermer ; les isoler et les parquer en attendant qu’ils meurent d’eux-mêmes en sommes. Arlequin trouvait l’emprisonnement non naturel et cruel. Lui n’était pas comme ça.

Je m’immobilise dans les restes de la salle principale du commissariat où c’est déroulée la bataille entre les policiers ont résisté comme à leur habitude, faisant face à la surhumanité avec leurs armes et leur sens du devoir, alors qu’Arlequin y avance avec sa grâce habituelle, marchant dans l’environnement de chaos comme s’il lui est limpide et naturel. Il est égal à lui-même, calme et détaché, flegmatique et caverneux ; son visage sculpté me fixe en ignorant le reste de la Cour des Miracles, ses yeux abyssaux me faisant éprouver un frisson quand à cette seconde occurrence d’une confrontation qui fait mal à tous les niveaux. Je ne veux pas l’affronter mais je le dois, pour protéger mon père, pas plus que je ne veux qu’il fasse du mal à mes amis, que je mets en danger pour ne pas l’affronter seule. Aujourd’hui, je perds des proches ; je le sais. C’est douloureux mais c’est le moins pire que je puisse faire. Et c’est de ma faute car tous subissent les conséquences de mes choix. Léo et Martin sont en ligne avec moi et en garde à leur manière, Maya est en retrait et s’inquiète des blessés, la Cour des Miracles fait face à Arlequin au milieu des corps défaits de policiers en uniformes. Tout est là.

Tout comme il m’entrainait moi, Arlequin avait été entrainé pour devenir ce qu’il était. Nos principales différences venaient de son engagement et de son abnégation que je n’avais pas encore. Il avait tout laissé derrière lui, jusqu’à son nom et son visage, afin de se battre contre ceux qui empoisonnaient l’humanité. Je ne voulais pas avoir à faire cela, que ce soit abandonner qui j’étais ou me battre contre l’humain ; je voulais me battre pour l’humain, pour la petite communauté que mon quartier était et pour qu’on puisse y vivre en paix et sans problèmes. J’étais égoïste à ses yeux mais je finirais bien par comprendre la véritable signification de l’engagement. La cause dépassait toujours ceux qui se battaient pour elle, cela devait être ainsi car cela permettait de donner le meilleur et d’aller jusqu’au bout. Par cela, Arlequin entendant qu’on n’existe plus que pour elle. C’était clairement du fanatisme pour moi mais lui apportait la nuance que le fanatique n’avait aucun recul sur ce qu’il faisait alors que lui-même se souvenait des choix et des motivations qui l’animaient. Il ne les avait jamais partagée à quiconque cependant.

Mon mentor prend une accélération afin de bondir et, malgré notre réaction parfaitement synchrone, ni Léo, ni Martin ni moi ne réagissons suffisamment rapidement pour éviter que mes deux amis ne reçoivent les pieds de notre adversaire en plein plexus alors que celui-ci se fléchit et me saisit à la gorge de sa main libre. Le temps se fige un instant, me laissant contempler sa main gantée qui se tient en retrait, le dard légèrement courbé comme celui d’un scorpion, et son masque androgyne inchangé quelques soient ses actions. L’instant s’écoule et Arlequin brise nos rangs en tendant ses jambes. Zombie et Macky finissent dans le décor à leur tour alors que je me sens attirée en avant et que ses genoux m’heurtent les flancs pour m’enserrer. Mon adversaire vrille afin que ce soit mon dos qui touche le sol le premier, me secouant brutalement et me laissant à la merci de son arme tubulaire. Nous n’échangeons aucun mon alors que nos regards se croisent et, malgré un coup d’œil à son gantelet blindé, je cherche à nouveau à défier l’abîme.

J’ignorais ce que j’étais au final pour lui. Il m’avait protégée et m’avait enseignée mais nous avions-nous réellement un lien supérieur à cela ? J’avais bien essayé de discuter avec lui, de faire « amie-ami », mais cela n’avait rien donné : lorsqu’on avait renoncé à tout ce qui était personnel, plus rien ne pouvait l’être ni n’aspirait à le devenir. Pourtant, il y avait quelque chose. Il y avait des motivations à faire cela, même si je les ignorais, et un passif l’ayant conduit là, même s’il m’était étranger. Arlequin était quelqu’un, quelqu’un en qui j’avais eu confiance, pour qui j’avais eu de la reconnaissance et de l’admiration. Et lui, s’il m’avait supportée, s’il m’avait entrainée, s’il m’avait aidée… cela ne pouvait pas être par simple intérêt, par simple machination. Il était trop sincère, tant sur ce qu’il y avait de bon comme de mauvais en lui, pour cela.

Arlequin ne me tue pas, à nouveau. Il tend son bras pour tirer son grappin et s’envole pour me lâcher en guise de projectile à l’encontre de Maya. On s’effondre toutes deux et sa trousse à pharmacie s’éparpille parterre parmi les autres débris de douilles et d’éclats. J’encaisse bien mieux la chose qu’elle, m’inquiétant d’elle avant de moi une fois correctement atterrie sur le sol. Abeille à peut-être quelque chose de cassé, j’en sais rien mais cela me crispe. Elle a toujours été celle qu’on protégeait et mon mentor me met face à une vérité que je n’aime pas voir : si on doit la protéger c’est parce qu’on la met en danger. Je la mets en danger. Pareille pour Léo et Martin, s’étant relevés malgré le mal pour retourner contre notre plus grand défi qui les surclasse comme il l’a fait pour moi. Macky encaisse les coups mais ne parvient à les rendre, finissant à genou en serrant les dents, alors que Zombie parvient à donner mais pas à prendre, terminant  à terre dans une position trop similaire à celle du métro.

Lorsque nous en avions discuté, aucun d’entre nous n’avait su dire si le combat à la station Saint-Denis, du fait que nous n’étions que trois et avions été pris au dépourvu, était un véritable combat de la Cour des Miracles. Les médias ne l’avaient jamais identifié comme tel et, à nos yeux, le plus important avait été la blessure de Zombie. On avait déjà pu morfler avant et on avait morflé encore plus après, surtout moi avec mon plan, mais c’était la première fois qu’on craignait une blessure définitive. On savait que cela pouvait arriver mais on n’y pensait pas, tout bêtement, et là on avait été mis face à cette réalité. Comme la guerre avait ses mutilés, nous pouvions avoir nos séquelles également. Chacun y avait réagit à sa façon et la mienne avait été de me faire tabasser volontairement, on appellera cela de la solidarité, mais cette journée et cette image restaient imprimées dans nos mémoires bien plus que ce qui avait suivi.

Pourtant, ce qui suit est dans la même veine ; dans tous les sens du terme. Il n’y a pas eu de craquement mais il y a cette même peur de perdre, ce même choc, et par conséquence cette même colère froide. Je m’en reviens à la bataille tout comme la dernière fois, portée par mon environnement et ma malignité. L’une de mes semelles s’accroche au mur un instant avant de glisser, de quoi me donner l’appui nécessaire à un saut pour atterrir d’un pied sur l’une des vitrines brisées et y accélérer pour bondir à destination d’Arlequin. Son masque protège peut-être ses yeux mais le choc de mon corps contre sa tête puis le ciseau de mes cuisses et le coup de mon poing le déséquilibre. Nous roulons tout deux au sol pour nous retrouver dans des postures à trois appuis quelques mètres plus loin, mon poing tremblant sous une cassure que je ne sens pas et son visage sculpté fendillé au niveau de la tempe. Nous nous redressons en vitesse pour user du décor à notre avantage dans une prise d’élan et alors que mes pieds cherchent à lui heurter ce visage en qui j’avais confiance et que je vais maintenant détruire il s’écarte d’un pas et m’abat son poing en plein le ventre, me projetant contre le sol. Son pied m’atteint le visage alors que je lui fais un croche-pate. Il se récupère dans sa chute mais l’ouverture pour Macky est là et ce dernier cherche l’immobilisation au sol d’une prise de judo. S’il le tient assez longtemps, Abeille pourra le sédater et tout sera fini.

Je n’avais jamais crue en cette fatalité de la mort. Okay, on finirait tous par mourir à quelques exceptions près mais c’était un choix trop réducteur que je vivre dans l’honnêteté ou mourir dans le crime. Peu de gens étaient prêts à faire quelque chose jusqu’à la mort, même lorsqu’ils étaient engagés profondément dans cela. Beaucoup s’exposaient à la mort mais la plupart escomptaient s’en ressortir en vie, non faire cela jusqu’à ce que ça leur coûte la vie. Mais chez les super-héros, c’était souvent comme cela qu’on percevait les choses. Et, sans en être un, Arlequin était d’accord avec cette maxime. Les premiers mots qu’ils nous avaient dit étaient « vous finirez par vous faire tuer » ; lors de notre rencontre plus personnelle, alors qu’il venait de me sauver la vie, il y avait ajouté « tu as été prévenue. La mort est la seule issue. Reste à déterminer si elle sera tienne ou bien la tienne ». Ses paroles les plus fortes avaient toujours eu ce lien, même avant qu’il ne me batte. « Tu sais comment cela finira ». Tout était dit.

Macky ne peut retenir Arlequin, celui-ci s’échappe avec aisance de la prise et en termine avec le plus résistant d’entre nous par un acharnement rapide et enchainé. Notre ainé finit une fois de plus genou à terre mais il y crache du sang et la claque sur la nuque du gantelet blindé me fait crier son nom alors que je me jette sur son agresseur afin de lui faucher les articulations. Il m’évite d’un bond et j’atterris dans un bureau brisé, me prenant le contenu du plan de travail sur le museau. Attrapant aléatoirement un paquet des choses étant venues m’agresser tout en mettant un genou à terre, je balance le lot en me retournant vers Arlequin qui s’en revint au contact ; son coup me frôle sans m’atteindre alors que je glisse sur du papier et me redresse en un même mouvement. Le percutant d’un bond contre son dos, j’envoie son visage masqué heurter le débris de table avec toute la violence que ma masse me permet. S’ensuite une tentative de clé de bras alors que les sirènes de nouvelles voitures se font entendre à l’extérieur. Le coude de mon mentor m’arrive dans le plexus mais je refuse de lâcher et continue de tirer de plus belle de mon côté, même lorsqu’il pointe vers mon visage le tube creux de son gantelet blindé. L’air comprimé me souffle le visage alors que le filin me frôle la joue, lacérant quelques uns de mes cheveux tout au mieux, pour aller se planter hors de ma vue. Collée contre Arlequin à lutter avec tout ce qui me reste, je ne perçois pas venir la projection à l’encontre de la grille de prison et me retrouve broyée entre celle-ci et mon mentor lorsque nous sommes tout deux soulevé par la rétractation de son grappin. Lorsqu’il me relâche, je m’effondre à mon pour le long des barreaux pour le retrouve au côté de mon père.

Papa n’avait pas abandonné, il c’était résolu. Je n’avais guère prêtée attention à lui durant la confrontation, trop occupée à voir mon mentor briser un à un mes amis comme il l’avait fait des officiers de police, mais lui n’avait rien manqué. J’ignore s’il avait déjà des idées avant et j’ignore ce qu’il a ressenti pendant. Après, nous n’en avons jamais parlé. Les membres de la Cour des Miracles étaient devenus mes dommages collatéraux pour le sauver lui et au final je m’étais retrouvée toute aussi brisée à son côté, dos au mur et sanguinolente. Notre belle volonté de protéger et servir finissait adossée à une cellule d’emprisonnement avec le cœur meurtrie. Comme lui, j’avais été vaincue. Mais contrairement à lui, j’avais suivi les enseignements d’Arlequin ; ce fut ce qui me permit de prendre le fusil dans la main brisée de mon père et de le pointer sur mon mentor. J’ignorais quelles étaient les motivations d’Arlequin, j’ignorais quel était son passé ou même son véritable nom. Je ne les ai jamais sus, l’identification n’ayant jamais trouvée sa véritable identité. Son ADN était inconnu, ses empruntes digitales avaient été brûlée et son visage, sa dentition et ses yeux ont été autant ravagés par la décharge de chevrotine que l’a été son masque.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Sam 9 Avr 2016 - 13:12


Chapitre IX : Sagesse


J’en rêve souvent, oui.

Parfois, c’est proche d’un souvenir : Arlequin écarte les bras et me laisse mettre fin à sa vie en appuyant sur la détente du fusil de mon père. Parfois, c’est une simple construction de mon imagination : Arlequin atterrit sur les rails du métro alors que je bondis afin de m’en sortir, évitant ainsi le train qui l’écrase lui. Toujours, je me réveille en sueur avec un grand sentiment de malaise, entre la culpabilité et le soulagement. J’en parle à ma psychologue du coup, min de rien elle est là pour ça. La Cour des Miracles est devenue notre principal sujet de discussion désormais que l’existence de celle-ci est connue ; cela donne à revoir l’entièreté de ce qu’on sait de moi et de mes actions, même si cela n’a pas conduit à revoir le jugement de l’homme m’ayant enlevée. Encore heureux d’ailleurs, il ne manquerait plus que ça qu’on me condamne moi et qu’on le libère lui. Je veux bien l’avoir grandement incité à me fracasser la gueule m’enfin il l’a fait et a été condamné pour ça, que je l’ai piégé n’y change rien ; ses avocats n’ont pas l’air d’accord mais reste que s’il avait été quelqu’un d’honnête, il n’aurait rien fait. Ceci étant, on n’est pas les seuls pointés du doigt : la police en prend également plein la gueule à cause de sa « bienveillance » pour les vigilants hors ce fait comme la découverte de nos identités et l’implication dans du « massacre de policiers » a cependant explosé ce sentiment. Les choses deviennent encore plus dures malgré la fin d’Arlequin mais, malgré toute la difficulté et le mal-être qui résultent de cela, je ne lâche rien. C’est peut-être cela le pire, selon ma psy : je m’obstine dans une voie qui me fait souffrir et qui fait souffrir mes proches.

Car mes proches avaient souffert, que ce soit physiquement comme mes amis ou mon père, ou psychologiquement, comme mes deux parents. Les discussions avec ces derniers n’apportaient rien cependant : Maman faisait des scènes et vivait très mal toute cette histoire, à la fois paniquée de n’avoir rien vue et trahie que je lui ai caché. C’était pas franchement une surprise considérant qu’elle ne m’aurait jamais laissé faire ces « idioties » si elle avait su, idioties qui étaient au passage en grande partie le job de Papa. Je disais ça je disais rien. Et ne rien dire était une excellente idée, tout aussi bonne que ne pas recommencer à aller « chasser le crime comme si la vie était un jeu vidéo », selon Maman. Réducteur comme point de vue, on avait pas de « try again », mais qu’elle se rassure car j’attendais que ma main et mes côtes aient guéries pour reprendre. Elle pouvait me prier d’arrêter et me priver de sortie, cela ne changerait rien. J’étais celle qu’il serait la plus difficile à stopper de tous les membres de la Cour des Miracles, tant vis-à-vis de mes capacités que de mon caractère, et me prendre par les sentiments n’aboutissait qu’à accroitre le malaise que je ressentais et taisais. On pouvait essayer de me raisonner comme de me culpabiliser, rien ne me ferait abandonner : je faisais déjà tant l’un que l’autre plus qu’on ne me le faisait et cela ne me donnait que plus de motivation à m’acharner. Tout cela ne devait avoir été fait pour rien.

Ce n’est pas rien, c’est même beaucoup trop pour une personne de mon âge d’après ma psy. Pour des personnes de nos âges, d’ailleurs, même si je suis la seule membre de la Cour à la suivre. Mais on ne s’inquiète pas, on va tous finir par consulter : y’a que Macky qui est majeur dans l’histoire donc y’a que lui qui ne serait pas obligé de suivre par un juge pour enfants si les parents ne forcent pas avant, ce qu’ils devraient tous faire à part pour Zombie et moi qui consultons déjà, lui pour son autisme et moi pour mon procès. En fait, y’a qu’Abeille qui c’est faite avoir. Mais je dis « graisse », le plus important c’est de constater que j’ai réussi à cacher tous mes penchants violents malgré que j’ai dû consulter pour un procès où j’étais victime pendant plusieurs mois. Ça me fait sourire de voir combien tout le monde m’a sous-estimée, comme quoi à chaque chose malheur et bon, mais ça ne change rien au problème. Pour les adultes, je suis le problème. Pour moi, ils sont le problème. On est donc d’accord sur une chose : le parti adverse doit arrêter. Et pas de bol, aucun n’a l’intention de le faire.

Ma mère s’entêtait à vouloir me décourager de faire ces actions d’adultes tout autant que moi je m’entêtais à les poursuivre. J’étais grande et cela faisait déjà presque deux ans que je faisais cela, on n’avait jamais eu de problèmes. Enfin, à part la blessure de Zombie dans le métro et mon tabassage par des criminels pour les arrêter ; c’étaient des détails. Un mensonge, tant aux autres qu’à moi-même, mais que je maintenais envers et contre tout pour sauver la face. Nous en étions enfin à la crise d’adolescence, d’une certaine manière, même s’il aurait été plus simple pour tout le monde de gueuler contre des trucs comme les drogues et l’alcool. Pas de bol,  j’avais rien fait d’illégal. Enfin, la justice personnelle était illégale en France, on n’était pas aux US, mais ça n’étonnait personne d’avoir des vigilants avec tous les exemples qu’on avait au sein de la société. Ça gênait plus de savoir qu’ils étaient adolescents parce que, comme toujours pour les adultes, les adolescents ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

C’est faux, j’ai toujours presque parfaitement su ce que je faisais. Okay, mes plans sont un peu bancals mais c’est pour laisser une grande marge d’adaptabilité sur le terrain. C’est le pouvoir du Système D, faut pas chercher plus loin : ça fait des milliers d’années que ça a fait ses preuves. Après, c’est vrai qu’on a pas tellement pu prévoir le combat dans le métro, d’où que ça ce soit mal passé, et pareil pour Arlequin ; mais j’ai pas envie d’en parler. Je sais l’importance que ça a mais rien de bon n’en sortira. La première fois, on c’est fait prendre au dépourvu et la seconde fois, j’ai fait confiance. Je ne peux rien pour l’un comme pour l’autre et dans les deux cas on s’en est sorti, c’est le principal. Nan parce que si je dois arrêter de faire confiance, ma psy va être la première à passer à la trappe donc elle jouerait contre son camp et quand à se préparer à l’imprévisible, pour moi on peut juste se préparer à être surpris. J’admets parfaitement qu’elle cherche à m’aider mais ça a toujours été le cas de tout le monde, depuis les mecs qui m’ont tabassée jusqu’à Arlequin, donc c’est pas une référence. Et puis son aide est dirigée dans la même direction que les autres. Maman doit faire pression sur sa collègue, je ne me fais pas l’illusion là-dessus, mais du coup ça bloque aussi sur ce point-là. Je sais pourquoi je me bats, je sais ce qui m’a conduit à me battre, je n’ai pas besoin de le justifier à qui que ce soit, pas plus que je n’ai pas l’intention d’abandonner. Mon discourt est étonnamment proche de celui d’Arlequin, je le sais, mais je n’admets toujours pas l’unique fin possible.

C’était pourtant cette fin qui effrayait Maman, tout autant qu’elle était effrayée de ne revoir Papa rentré un jour ; une chose qui serait arrivée si je n’étais pas intervenue, ça elle ne voulait pas l’admettre, pour ne pas dire si la Cour des Miracles n’était pas intervenue, il fallait rendre à César ce qui appartenait à Jules. Après, le premier concerné nous laissait nous disputer entre nous, Papa étant encore plus plâtré que moi suite à sa confrontation avec Arlequin. J’avais la main dans le plâtre ainsi que les côtes bandées, lui avait la main et le poignet plâtrés et l’autre bras en écharpe ainsi qu’une jambe brochée. Mais ce n’était pas ses blessures qui l’arrêtaient et son arrêt maladie lui permettait d’assister aux disputes tout en se faisant engueuler par Maman tant pour son absence de soutien à sa cause que pour le mauvais exemple qu’il donnait. Une accusation qu’il avait de travers et qui menaçait de tout faire partir en scène de ménage à la maison. Le climat était génial mais c’était tellement plus simple de s’engueuler et de rejeter la faute sur les autres que d’admettre la peur de les perdre et la douleur des événements.

Oui, je suis lucide là-dessus. Je suis lucide aussi qu’il serait plus simple d’abandonner tout cela, qu’il s’agisse de ma vocation ou bien de tous ces gens cherchant à m’entraver. C’est toujours plus facile d’abandonner. Mais je ne vais pas le faire parce que je crois en ce que je fais et j’aime mes proches, malgré tout. Je comprends ce que je leur inflige, là n’est pas la question. Le but, c’est que je ne leur inflige pas pour rien. Vivre avec la crainte que Papa ne rentre pas c’est normal, pourquoi vivre avec la peur que je ne rentre pas non plus ne l’est pas ? Je ne suis pas une gamine. Je me comporte peut-être comme une gamine tout en ayant l’âge d’une gamine mais je ne suis pas une gamine. Si je l’étais vraiment, on ne chercherait pas à me faire arrêter mon combat. Cela me fait rire jaune d’entendre parler de la Cour des Miracles comme d’un « rêve de gamins », d’un « délire d’adolescents » ; comme si la première chose qu’on a à nous reprocher c’est notre âge. A quinze ans, je suis trop jeune pour combattre les criminels ? C’est con, je le fais avec succès depuis mes treize ans. Je mets ma psychologue en difficulté car je ne veux rien entendre, c’est fort possible. Elle comprend que je suive tous les exemples donnés depuis les membres de la Justice League aux deux dernières générations mais je dois être capable de voir la différence entre ces gens et les gens comme nous. Je ne vois pas en quoi le fait d’être un simple humain empêche de prendre la responsabilité d’un combat afin de protéger ceux que l’on aime, d’autant plus que je ne suis pas une simple humaine. Il est inutile de revenir sur l’histoire de mes pouvoirs, même s’ils étaient vrais cela ne changerait rien au problème, ce qu’il faut surtout comprendre c’est que je ne suis pas en mesure de réussir ce que je fais.

Je n’étais jamais en mesure de réussir ce que je faisais, de toute façon. Ce n’était pas nouveau. Mes profs me le répétaient depuis mon entrée au collège, mes parents le sous-entendaient depuis le début de mon adolescence, même mes amis avaient fini par en douter et m’avaient isolée. Arlequin était peut-être trop extrême mais il avait cru en moi, lui. Il ne m’avait jamais remise en question, il m’avait poussée au-delà de ce que je pouvais faire mais il l’avait fait en croyant que j’étais capable de le faire. C’était même parce qu’il avait trop cru en moi que cela avait mal fini. Maman n’était pas capable de croire en moi, en ma capacité à accomplir une lutte que Papa faisait tous les jours alors qu’il n’avait jamais subi l’entrainement que je m’étais infligé. Papa ne croyait pas en moi, en ma capacité à altérer la chance pour toujours me sortir de tout ce que je pouvais faire qu’il s’agisse du meilleur ou du pire. Mes amis n’avaient pas cru en moi, en ma capacité à passer à un niveau plus sérieux dans nos actions et à accomplir les sacrifices nécessaires à le faire. Ma psychologue ne croyait pas en moi, en la possibilité que je sache ce que je faisais et pourquoi je le faisais. J’en avais rien à foutre des analyses que les officiels feraient de nous ou de la condamnation qu’ils donneraient à la Cour des Miracles, je prouverais à tous que j’étais capable. Okay, je n’étais pas capable de le faire seule mais j’avais mes amis avec moi ; nous étions un tout, une équipe. Nous étions la Cour des Miracles.

Nous sommes toujours la Cour des Miracles. Quoi qu’en disent les adultes, nous avons prouvé pouvoir réussir là où eux ont échoué et cela montre que l’on doit continuer. Ça va être compliqué, on le sait tous, mais on sait aussi qu’on y arrivera. Macky est majeur, Zombie et moi on fera le mur sans trop de difficulté et on apprendra à Abeille à le faire correctement. Nos parents vont nous foutre des bâtons dans les roues chacun de leurs côtés, on s’en sortira tous ensemble et on ne leur en voudra même pas ; pas comme si c’était habituel. Tous ne sont pas aussi entêtés que moi mais je donnerai un coup de main pour qu’ils le soient, y’a aucun souci là-dessus. On ne me fera pas changer d’avis là-dessus. Personne. Ma psychologue le sait bien et s’en désole : j’ai prouvé être suffisamment obstinée pour continuer même contre mes amis, ce qui est incroyable c’est que je ne prenne pas la mesure de ce qui est arrivé alors que j’en cauchemarde régulièrement. Oui, Arlequin est mort, Papa aurait pu mourir, Léo et Martin ont été blessé, Maya a été amochée, les officiers du commissariat en ont pris plein la gueule… c’est la vie. C’est la vie que de morfler en essayant de faire des choses. Notre choix c’est de savoir ce pourquoi on va morfler. Moi, j’ai trouvé. Ouais, je pourrais le faire de la même manière que mon père en attendant l’école de police mais je la réussirai pas cette putain d’école. Okay, Zombie, Macky et Abeille peuvent avoir un autre avenir ; ingénieur, pompier, docteure. Moi j’ai pas d’autre avenir et j’en veux pas d’autre. J’en ai marre que personne ne nous laisse faire nos choix.

C’était une question de choix mais nous étions trop jeunes. Encore et toujours trop jeunes. Qu’on l’aborde avec une volonté de compréhension comme chez la psy, avec une volonté d’interdiction comme chez ma mère ou une de contrôle comme cela arriverait pour les autorités, c’était la principale excuse. On avait une tonne d’exemple de gens ayant commencés ce genre d’activités à nos âges voir encore avant mais ce n’était pas une réponse valable. Les gens qu’on citait avaient une formation ou des pouvoirs, généralement les deux, alors que nous on n’avait rien et personne ne nous donnerait quoi que ce soit. J’avais des pouvoirs, même si peu de gens y croyaient, et nous nous entrainions de nous-mêmes. Nous étions préparés, peut-être pas à des invasions extraterrestres ou à des surhumains mais on n’avait pas cette ambition. Pour moi, le principal problème était que nous n’étions pas contrôlables par personne ; la Justice League avait eu l’ONU, les Brigades Chimériques avaient le Gouvernement, les Vengeurs avaient le SHIELD. La Cour des Miracles n’avait personne et ne voulait avoir personne. Et ça, les adultes ne voulaient pas. Il était là le vrai problème, exactement le même qu’avec Maman constatant qu’elle n’avait pas plus d’autorité sur moi que sur Papa quand il s’agissait de notre vocation. Elle essayait pourtant, tout autant que les autres adultes tentaient, mais rien n’y faisait. Et rien n’y ferait.

Il n’y a qu’à ma psychologue que je peux le dire même si je doute fort que le secret médical sera tenu vu l’attention qu’on a attirée auprès des autorités. Mais je lui dis quand même car j’ai confiance en elle et que ce n’est pas la première fois que j’aurai mal placée ma confiance. Je vais continuer la Cour des Miracles, on va tous continuer la Cour des Miracles. On peut changer les choses, même si les gens ne veulent pas qu’on le fasse. On comprend les risques et ils valent largement les changements qu’on peut apporter. On croit à ce qu’on fait, c’est une chose difficile à comprendre pour la plupart des adultes vivants au métro-boulot-dodo mais c’est le cas. On croit qu’on peut changer les choses, certainement pas le monde mais au moins à notre échelle, et on fera tout pour le faire. Peut-être est-ce l’arrivée dans l’âge adulte qui nous fera perdre cette croyance mais pour l’heure on l’a et on la chérie. Oui, il y a des épreuves mais c’est justement parce qu’il y en a que c’est difficile de continuer et qu’on le fait. Si c’était simple, tout le monde le ferait. Mais cela ne l’est pas. On tente notre chance et, pour ma part, je n’abandonnerai pas. Il n’y a qu’un seul moyen de m’arrêter et j’espère bien que je ne le connaitrais jamais.

L’Adolescence, c’était croire qu’on pouvait changer le monde ; l’Age Adulte, c’était vivre des désillusions pour apprendre notre place. Nous étions des gamins, indiscutablement, mais nous allions perdre cela bien avant d’arriver à l’âge adulte. Sauf pour Macky mais c’était un détail. Empêtrés dans nos problèmes personnels, nous ne pouvions voir ce qui arrivait sur nous. Nous savions tous que cela se passait en coulisse, les débuts explosifs de Charlie Hebdo ne nous avaient pas plus échappé qu’au reste du monde, mais nous n’y prêtions pas attention. J’ignore si c’était par croyance dans le fait que les autorités pouvaient gérer l’affaire ou que c’était parce qu’il y avait tant d’autres choses à penser qu’on ne voyait pas venir. Pourtant cela vint et cela signa la fin de la Cour des Miracles.

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Re: S'il play à la Cour

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Mer 13 Avr 2016 - 18:51


Chapitre X : Vendredi 13


On peut vous aider.

Oh bordel, c’est pas possible d’autant se faire emmerder par la BAC quand on sait que j’ai même pas le brevet. Les lumières des lampadaires s’éclipsent régulièrement derrière celles des gyrophares de police alors qu’un officier me tire par le bras vers l’une de leurs voitures. J’aime déjà pas l’école mais là le commissaire de la Brigade Anti-Criminalité il est en train de me faciliter le transit intestinal pire qu’une bouteille de laxatif vidée en accompagnement de fruits secs. Je l’ai particulièrement mauvaise, oui, parce que si j’ai l’habitude que les adultes nous sous-estimes et nous mettent des bâtons dans les roues ils n’ont encore jamais mis en danger les vies de la Cour des Miracles. Hors c’est exactement ce qui vient de se passer, derrière se cordon de zone de sécurité installé à la va-vite autour de la salle de spectacle du Bataclan, et ça m’échauffe plus que mes exercices matinaux. Avec le commissaire, nous ne sommes d’accord que sur un point : on a autre chose à foutre que d’avoir l’autre dans les pattes. Et qu’on vienne pas dire que c’est moi qui y mets de la mauvaise volonté cette fois ! Je les aurais aidés s’ils nous avaient pas balancés aux terroristes en voulant « faire leur job ». Ouais, bah il est vachement bien fait leur job maintenant, ils ont pas avancé d’un pouce vers la prise d’otages et ils nous ont niquée notre infiltration. On peut aider, pourquoi il veut pas le comprendre ce commissaire ? Avec quoi, un couteau et une balle ? Non, la balle rebondissante aurait suffit. Qu’on m’emmène hors de sa vue ? C’est toujours plus facile que d’admettre qu’il a tord !

La soirée avait commencée comme de norme après une journée normale et la seule chose notable c’était le match amical France-Allemagne au Stade de France, à même pas trois kilomètres de la maison. C’était là-bas que ça avait commencé à péter. On l’avait su moins de dix minutes après le début des événements, l’information étant relayée par les chaines d’info en continue comme par le net ; pour ma part, c’était Zombie qui m’avait téléphoné pour me demander si cela allait. Toute au courant que j’étais, comme à mon habitude, j’avais répondu avec automatisme un « oui et toi ? » avant qu’il ne m’explique. C’était impensable, pourtant  ce n’était pas comme si c’était la première fois. Mais malgré les événements de Janvier et le mouvement de solidarité qui avait suivi, c’était effectivement la première fois qu’il y avait des attentats-suicides dans notre pays. Hors, il n’y avait pas que cela puisqu’il y avait des fusillades dans Paris même, le Carillon et le Petit Cambodge ayant été mitraillés. Entendre cela ne m’avait pas choqué, étrangement, car même si c’était une escalade de violence dramatique elle faisait partie de la vie. Il ne servait à rien de s’en traumatiser, ce qu’il fallait c’était agir. Et agir était certes devenu plus difficile depuis que la Cour des Miracles était connue mais même nos parents n’arrivaient pas à nous retenir ainsi nous faisons passer le mot pour un rendez-vous au plus tôt en bas de l’immeuble. Maman avait rappliqué pour m’en empêcher, repartant dans l’une de ses crises et menaçant bien inutilement, mais je lui avais à nouveau tourné le dos pour m’échapper. Qu’elle appelle la police, qu’elle appelle Papa, tout le monde était assez occupé ce soir et je pouvais aider. Je le savais, je pouvais faire quelque chose. J’avais fait mon choix et, toute désolée pour elle que je puisse être, je m’y tenais.

On se retrouve à deux sur la banquette arrière d’une voiture à l’habitacle grillagé et dotée de la sécurité enfant, me laissant tout le loisir de gronder de la gorge en fusillant du regard l’officier qui s’en retourne rapidement. Retenant des jurons pourtant parfaitement appropriés pour me tourner vers Zombie, je l’aperçois aussi concerné que d’habitude et me permets donc de lever les yeux au ciel et de rouspéter à son encontre avant de me retourner contre mon siège pour râler contre ce dernier alors que je cherche sa poignée d’abaissement. Je n’ai jamais compris pourquoi personne n’a jamais pensé à essayer de s’échapper par le coffre, après tout les voitures de police suivent les mêmes schémas de construction que les civiles et donc la banquète arrière donne sur le coffre, mais tant mieux considérant que ça va nous permettre de le faire. Loin de moi l’idée d’aller recommencer à me prendre la tête avec les autorités, je ne suis pas conne, par contre, comme je ne suis absolument pas entêtée non plus, je m’en vais retourner chercher à infiltrer le Bataclan alors que la BAC tient la position, la fusillade terminée depuis que les terroristes se sont retranchés à l’étage en foutant des boucliers humains à toutes les portes et fenêtres.

S’infiltrer au Bataclan n’a pas été notre premier objectif de la soirée, à dire vrai cela avait été la merde en long, en large et en travers ; un véritable épandage. On n’arrivait pas à joindre Macky, possiblement en intervention, et Abeille préférait laisser la police s’en charger, voulant qu’on en fasse de même, tandis qu’on était autant pris au dépourvu que tout le monde même si Zombie parvenait à suivre en temps-réel les médias et leur retransmission des faits grâce aux brassards-tablettes de son harnais ; harnais qu’il avait amélioré suite à la confrontation avec Arlequin d’ailleurs, s’inspirant du gantelet de celui-ci pour concevoir un grappin portable à la Nightrunner. En effectifs réduits de moitié et ballotés au gré des retransmissions de l’évolution des choses, on c’était retrouvés à bidouiller les fils électriques d’un scooter pour le faire démarrer, merci ma chance d’avoir permis à mon pifomètre d’être rapidement efficace, et j’avais donc conduit pour la première fois tandis que la fusillade se déclenchait à l’encontre de la Casa Nostra et du Café Bonne Bière, dans le 11e Arrondissement, nous conduisant à devoir poursuivre encore plus au sud que prévu. Macky conduisait peut-être comme un vrai pompier parisien, pour peu qu’un parisien non pompier respecte plus les feux tricolores qu’un pompier en intervention, mais c’était toujours mieux que moi découvrant les deux roues. Pour positiver, nous avons eues toutes les sensations d’une course-poursuite et un respect du code de la route à peu près similaire ; d’un autre côté, si j’avais eu le BSR, mes parents n’avaient pas les sous pour un scooter ou la conduite accompagnée donc bon. Mais malgré le crédit que je devais m’accorder de ne pas nous avoir plantés dans le décor, sachant que les indications de dernière seconde du GPS Zombie compliquèrent sacrément la tâche, je n’étais pas non plus capable de mener la chasse à la manière de la police et n’en avait pas les autorisations.

Mais on n’a jamais eues les autorisations pour faire ce qu’on faisait et ça nous a jamais gênés. C’est ce qui me fait y aller à tâtons dans la pénombre du coffre pour en trouver l’ouverture, trouvant une sortie presque grotesque tant personne n’y a pensé avant moi. Néanmoins, sortir de la voiture est une chose et être discrète face à police en éveil et aux citoyens venus regarder ce qui se passe au-delà du périmètre de sécurité, c’est une autre. Et dans tous les cas, l’arrivée de la BRI et du RAID mirent un sérieux coup à ma possibilité d’utilité ; manquait plus que la Brigade Chimérique mais celle-ci devait être occupée avec les fusillades nomades, plus difficiles à intercepter que la prise d’otages. Autant, la Brigade Anti-Criminalité est quelque chose qui m’est assez familier : outre qu’ils ont été créés pour Paris et la Seine-Saint-Denis et sont donc du produit local à la base, la Cour des Miracles fait un peu leur boulot et techniquement ce sont eux qui devraient nous tomber sur la gueule aussi s’ils en ont l’occasion. Autant, la Brigade de Recherche et d’Intervention c’est pas le cas et en voir débouler plusieurs camions c’est impressionnant. Et je parle pas de l’escouade du Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion ; eux j’en avais encore jamais vu. Sans rentrer dans de la fierté patriotique ou autre, j’ai le sang bleu et je suis fascinée par tout cela. Le déploiement des forces, le partage des informations et la coopération. Zombie sort à son tour de la voiture et regarde les choses avec son détachement habituel avant de porter une main à mon bras, attirant mon attention et me retenant. Les flics ont les choses en mains, on ne sert plus à rien ? Je donne un coup d’épaule pour me dégager presque par réflexe, le fusillant de nouveau du regard. Comment peut-il dire ça ? Il ne voit pas que l’arrivée d’autant de fusils d’assaut ne signifie que plus de morts à venir ? Léo me fait face, répliquant simplement que l’on est comme la BAC : on a toujours fait dans le flagrant délit de petite et moyenne délinquance mais le terrorisme, s’il y a des gens plus qualifiés, on doit leur laisser la main.

Pourtant, si on c’était détournée de la fusillade « principale » lorsqu’on avait appris pour celle du Bataclan, c’était bien parce qu’on pouvait y faire quelque chose. La salle de spectacle était dans le 11e arrondissement, comme nous, et que nous pouvions donc y sauver plus de gens qu’en continuant une poursuite sans réellement savoir où était notre cible. J’avais arrêté le scooter rue Oberkampf, un peu au nord du Bataclan, et directement cherchée à accéder aux toits en passant par la façade des immeubles. Fenêtres et gouttières m’avaient suffit à y être rapidement, même si Zombie m’avait prise de vitesse grâce à son nouveau gadget, et on avait couru en longeant le Boulevard Voltaire afin d’atteindre le toit du Bataclan ; un toit sacrément casse-couille au passage, du fait de la séparation avec celui des immeubles environnant de par son architecture inspirée de la chine. Bordel de merde, on avait presque deux étages à descendre pour se retrouver sur la partie de toit la plus proche et j’emmerdais Léo et son nouveau gadget lui permettant d’arriver directement et facilement. Qu’il se concentre sur les news des infos, histoire qu’on soit un minimum préparés ; news qui nous apprirent que l’arrivée de la BAC avait transformée la fusillade en prise d’otages, avec des boucliers humains aux fenêtres du premier étage. Voici qui allait considérablement ralentir les opérations et nous offrait notre créneau d’intervention. Restait à accéder au toit au niveau du premier étage au-dessus de la salle de spectacle, ce que nous fîmes chacun à notre méthode. Descendant de la pente du toit afin de chuter jusqu’au balcon du cinquième étage du bâtiment accolé au Bataclan, je passais la balustrade pour poser les pieds sur les volets du quatrième étage puis y apposer une main et l’autre, me permettant de descendre encore un peu plus. D’un coup de pied dans l’autre volet, je libère le mien qui commence à s’ouvrir et à craquer sous mon poids avant que je n’en saute, profitant de l’élan et de l’angle donné pour atterrir en une roulade un étage plus bas. Heureusement que le premier étage de la salle de spectacle équivalait au troisième étage de l’immeuble voisin, sinon s’eut été la merde.

C’est toujours la merde, c’est pour ça que quoi qu’on prépare ça ne fonctionne jamais comme prévu. Mais il y a différents degrés de merdouille : que Maya nous lâche pour laisser faire la police ne me surprend pas, c’est plus compliqué chez elle que chez moi et elle a toujours été plus suiveuse qu’autre chose donc qu’elle s’affirme est une bonne chose pour elle, je peux pas lui en tenir rigueur. Par contre Léo, sur le terrain, c’est pas croyable. C’est d’avoir failli être tué qui lui fout la frousse ? Okay, on nous a encore jamais tiré dessus au fusil d’assaut mais c’est pas le plus important. Le plus important c’est qu’on peut réussir, réussir à sauver des vies. Non, que Zombie me répond, on risque surtout d’en coûté. L’opération des forces d’intervention n’est pas prévue pour qu’on s’en mêle et on pourrait tout faire foirer… merde à la fin, de quel côté Léo est-il ? Je lui demande s’il peut pas se la fermer et me soutenir comme d’habitude ? C’est ce qu’il fait, qu’il me répond, il me soutient envers et contre moi : c’est exactement ce comportement qui m’a conduit à rejoindre Arlequin en tournant le dos à la Cour des Miracles et on a tous vu comment ça c’est terminé ; je me passe une main dans les cheveux en grimaçant à cela. Il m’emmerde, il m’emmerde profondément mais je ne peux pas lui donner tord. Et il poursuit : n’ai-je donc rien appris de tout ça, de cette année ? On n’est plus dans le cadre idyllique d’un jeu vidéo où on fait du repérage pour casser des gueules et rentrer avec l’impression qu’on a fait une bonne action comme en 2013, aux débuts de la Cour ; j’aimerai qu’il se la ferme mais non, il poursuit. 2014, ça a été rythmé par les trahisons, mes trahisons, et les sacrifices, nos sacrifices à tous ; j’aimerai vraiment qu’il se la ferme là alors pourquoi il continue ? La Cour des Miracles est revenue et m’a pardonnée, m’a aidée parce que j’en avais besoin, mais je dois apprendre de ce qui c’est passé ; qu’il se la ferme ! J’ai crié, je me suis faite remarquer. Et ça fout tout en l’air, encore.

Notre entrée en scène, aussi bien à Zombie qu’à moi, n’avait pas été des plus discrètes sans être des plus remarquables non plus. Mais si elle avait échappé aux preneurs d’otages, elle ne l’avait pas fait des spectateurs comme de la police et ces cons nous avaient hélés. Sur un toit, à quelques mètres des fenêtres et des otages qui s’y trouvaient, on venait de se faire griller comme des pigeons. Pire, ça n’avait pas échappé à nos cibles qui avaient réagit prestement, s’attendant parfaitement à ce genre d’intervention, et tentés de nous plomber comme des pigeons une fois encore. Mon visage c’était décomposé en voyant le champ de tir sur lequel on se trouvait alors que je craignais le pire vis-à-vis de la réactivité de Léo comme de sa proximité plus grande que la mienne avec les fenêtres. J’avais déjà vu des AK-47 dans des films ou sur des photos, comme tout le monde je suppose, mais jamais en vrai et cela ne me manquait pas de la voir dégager le bouclier humain pour commencer à ouvrir le feu. Mon meilleur ami avait fait face au canon en se tendant et il aurait été tué si je n’avais pas bondi sur lui pour le faire tomber sur le côté, nous éloignant tous deux de la rue et de la seule sortie qu’il y avait à ce goulet d’étranglement. Roulant sur lui pour m’éloigner un peu plus loin encore, j’attire la rafale assourdissante à un mètre de lui alors qu’elle ne passe qu’à quelques centimètres de moi. Mon cœur battait la chamade et j’ignorais si j’avais réussi mon action mais je n’avais pas le temps de penser, bondissant par réflexe en arrière alors que les tuiles continuaient de se briser près de moi. Je croisais un instant le regard du tireur mais n’eus pas le temps de m’y perdre que je devais à nouveau rouler sur le côté, une chose me faisant m’éloigner toujours plus de Zombie. Un autre otage fut dégagé de sa fenêtre afin de dégager un angle de tir sur nous et, debout face au tir croisé, j’aurai dû être morte. Mais la seconde kalachnikov ne tira jamais, malgré l’insistance qui fut mise à me viser et à presser la détente, et la première fini par arriver à court de munitions. Les quelques secondes offertes par le rechargement furent mises à profit de la seule manière qui me passa par la tête alors que je m’en allais aider Léo à se redresser avant de l’entrainer à ma suite sur la façade donnant sur la rue. Les tirs ne tardèrent pas à nous suivre à nouveau et il n’y eu d’autre choix que de sauter, nous faisant atterrir dans le auvent du Ba Ta Clan Café et dégringoler jusqu’au sol où l’on fut cueillis par la police.

Cette même police que l’on regarde maintenir les gens hors de danger et qui nous interdits le passage, l’un de leur agent revenant nous foutre dans la voiture et nous surveiller cette fois. Je me laisse faire, je m’assois sur la banquette arrière lourdement et appose mes poignets contre mes tempes puis mon front sur le siège avant. Je crois que j’ai envie de pleurer mais je me contente de respirer calmement. Je déglutis péniblement alors que Léo reste à mon côté sans rien dire, me regardant simplement. Je suis désolée, je le lui dis. Je suis désolée pour tout. Juste que je veux, que j’aurai voulu, faire quelque chose. Pouvoir faire quelque chose.  On voit tant d’êtres d’exception, tant de modèles de vertus et d’héroïsme, on nous vend tellement cet idéal que je veux, non j’espère, pouvoir en être. J’espère pouvoir aider les gens, connus comme inconnus, contre les dangers, familiers comme inédits. J’espère pouvoir me défendre et défendre les autres. J’aspire à cela. Participer au fait que les gens puissent sortir de chez eux et y revenir en toute tranquillité, en toute sureté. Ce que mon père n’a jamais eu.

A la place, j’avais regardés les événements s’écouler ce soir-là, bien protégée derrière une vitre alors qu’il se passait tant de choses dehors. Deux heures s’écoulèrent encore avant que tout soit fini, les terrorismes étant abattus par les forces de l’ordre afin qu’ils ne prennent plus aucune vie civile. Mais ils en avaient déjà tant prises, pratiquement une centaine, et fait des dizaines de blessés. Tuer quelqu’un n’était pas équivalent à briser une vie, c’était en briser une dizaine, peut-être plus car les choses étaient toujours plus dures pour ceux qui restent que pour ceux qui partent. En janvier, nous avions été des milliers à marcher sous une bannière soutenant la mort des dessinateurs alors qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir péri ; pour moi, « je suis Charlie » avait toujours été du verbe suivre car je n’en oubliais pas les autres. Je leur rendais hommage à tous. Pour le Vendredi 13 Novembre, il n’y eu pas autant de mouvements car il n’y eu aucun visage pour représenter les morts. Hors, à notre époque, il fallait toujours des visages que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. On ne se rendait pas compte lorsqu’on vivait un moment d’Histoire, justement parce qu’il fallait le recul pour comprendre son importance, mais on ne se rendait pas compte non plus de combien l’Histoire a une vision étroite. Le devoir de mémoire était-il pour ce souvenir des événements ou des anonymes se trouvant dans leur ombre ? J’avais regardés les événements s’écouler ce soir-là, bien protégée derrière une vitre alors qu’il se passait tant de choses dehors. J’avais pris conscience que nous étions tous des anonymes et que c’était d’eux qu’il fallait réellement se souvenir.

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Lucy "Lucky" Prissy

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