Poisson-Chat d'Avril

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Message  Lucy "Lucky" Prissy le Ven 21 Avr 2017 - 11:03


Perchée sur le garde-fou métallique du pont Caulaincourt, j’observe le rond-point permettant d’accéder aux divers chemins et avenues du cimetière de Montmartre comme d’en ressortir, suffisamment large pour qu’un unique véhicule y passe. Après, si le pont a été fait c’est justement pour que le moins de véhicules aient à passer dans le cimetière, je suppose. De l’autre côté du pont se trouve l’entrée, terminant l’Avenue Rachel. Les deux murs qui la marquent sont assez espacés pour que, les grilles ouvertes, un véhicule puisse suivre la voie pavée à l’intérieur et, après être passé sous le pont, arriver au rond-point que je surveille.

Le cimetière de Montmartre est le troisième plus gros cimetière parisien avec ses 11 hectares, ses 20 000 concessions et ses 500 personnes inhumées annuellement ; merci Wikipédia. Y’a toute une chiée de personnalités célèbres enterrées là même si la plupart des gens vient surtout pour la tombe de Dalida avec sa sculpture en taille réelle et ses rayons dorées. Personnellement, ce sont les chats qui m’intéressent ici d’ordinaire. Mon animal totem aime pas mal ce genre de lieux parce qu’il y a de la place, beaucoup d’endroits où se planquer ou où planquer ses petits, des rongeurs et des oiseaux, et c’est généralement calme. On me l’a énormément répété quand j’étais petite vu que c’était pour moi un immense terrain d’entrainement au Parkour avec ses stèles et ses mausolées de diverses tailles et formes. Mes parents n’ont jamais beaucoup appréciés, pas plus que les passants, après les locataires ne se sont jamais plains donc pour moi y’a pas de mal.

Téléphone portable entre les mains, je capture les Pokémons qui trainent dans le coin tout en surveillant l’heure. On pourrait croire que je suis ici pour me balader, avec mon legging et mes bottes montantes habituels, mais ce n’est pas le cas comme en témoigne la veste de cuir qui m’a été offerte à noël. Elle est d’une qualité autrement supérieure aux vestes cargo que j’avais avant et c’est peut-être une erreur que de l’utiliser en intervention du fait main bon, elle est assez proche du corps et contient suffisamment de poches pour ranger tout mon matos. Mon cran d’arrêt est toujours de la partie, comme mes jumelles de soudure, et ils s’accompagnent cette fois de quelques petits sachets plastiques refermables ainsi que des puces de localisation pour animaux qu’il faudra que je rembourse à Mon Véto, la clinique vétérinaire Rue de Crimée à qui je commence à en piquer un peu trop. La grande absente est ma balle rebondissante imprégnée car elle c’est trouvée une remplaçante avec le cadeau que m’a fait Emma pour mon anniv’ : une balle rebondissante piézoélectrique. Rien que le nom est du tonnerre et c’est justement l’idée car, à chaque choc, elle balance une petite décharge entre des cathodes et des anodes qui sont réparties tous les centimètres sur sa surface. Plus le choque est puissant, plus la décharge est grande et, si y’a heureusement pas de quoi tuer, ça peut engourdir un membre quelques secondes. Même utilité que la précédente mais plus efficace avec l’évidente contrainte qu’il ne faut pas la rattraper à mains nues. Je le sais, Emma me l’avait marqué sur la boite et je l’ai fais pour vérifier. Du coup plus de mitaines pour l’heure mais des gants que j’ai bidouillés moi-même : le cloutage au niveau des doigts et du dos de la main c’est vu remplacer par des matériaux piézoélectriques pour avoir le même effet que la balle.

Je ne suis peut-être incapable d’inventer des technologies mais je finis toujours par réussir à réadapter celles qui me tombent sous la main. Ça prend des plombes sous une musique répétitive à en rendre les gens marteaux mais j’en ai pas besoin d’un et j’ai été tellement bercée trop près du mur que ça m’aide à me concentrer et à ne pas m’énerver ; soit l’effet inverse que sur les gens normalement constitués. Mais c’est logique. Et pour continuer dans ma logique, j’ai eue la chance que la piézoélectricité ait un très grand nombre d’applications dans l’industrie et la vie quotidienne. J’ai démonté des allume-gaz et des montres pour en récupérer les composantes et les tester sur des gants. D’un côté, comme les premiers utilisent la tension électrique pour créer des étincelles, j’ai du trouver une autre paire de gants. De l’autre côté, vu que le quartz utilisé pour créer des impulsions d’horloge n’aurait été en quantité suffisante que si j’avais disposé de beaucoup plus de montres, j’ai du trouver une alternative. Du coup je suis aller miauler auprès des Curie voir s’ils avaient pas un peu de céramiques PZT en rab’. Même si on s’entend pas toujours et que je les écoute à la mesure, je les ai remercié car, grâce à eux, non seulement j’ai eu mes gants mais en plus ils sont même pas dégueu à porter et j’ai pas eu à défoncer la balle d’Emma pour récupérer le matériau ! Ouais, c’était le plan de secours ; ‘fin, on les connait mes "plans".

J’observe le camion blanc de Robert Paysage, l’entreprise chargée de l’entretien du cimetière, arriver au rond-point que je surveille, me disant que mon plan du soir est au même niveau que les autres. C’est pas que je veux pas en faire des biens mais quitte à ce qu’ils partent rapidement en couille autant en tenir compte pour se limiter à répartir les tâches et improviser. D’un autre côté, cette fois je me répartie avec personne puisque j’ai invité ni Paige ni Zombie à cette mission qui correspond cependant au second point de mon plan ; l’improvisation. Passant mon téléphone en mode avion, je le range dans sa housse de protection puis dans ma veste tout en regardant les outils présents dans la benne du véhicule. La caisse que je suspectais y est présente ainsi je passe par-dessus le garde-fou puis saute sur le toit de l’un des mausolées quelques mètres au-dessous de moi. Une réception accroupie suivie d’une glissade et me voici dans les ombres du pont, poursuivant mon observation du véhicule qui roule au pas. A travers la fenêtre, je retrouve le profil du mec qui m’a été signalé par Qamar.

Qamar, c’est l’un des SDF avec qui on avait un bon contact dans le cadre de la Cour des Miracles. La familiarité avait conduit à ce que les sans abris nous servent d’indics, puisqu’il n’est personne de plus invisible que quelqu’un qu’on ne veut pas remarquer, pendant qu’on leur refilait l’argent mal gagné par les criminels qu’on interpellait, chose pouvant être considérée comme du racket même si on y voyait recyclage. Les choses ont pas mal changé avec le procès et la dissolution du groupe mais il n’a eu aucun mal à me trouver lorsqu’il avait une histoire "impossible" à raconter. L’impossible n’étant plus de ce monde, je l’ai volontiers cru lorsqu’il m’a parlé du nouveau grain semé dans l’un des parcs où il mendie et du fait qu’il ait vu un rat mourir rapidement après l’ingestion. Jusque là, c’était pas dur à croire, même si les rats sont coriaces. Mais quand le rat-mort c’est relevé, ça a été plus problématique ; d’autant que Qamar jure qu’il est certain que le rat était vraiment mort. J’ai encore jamais vu de mort-back mais j’ai un vague souvenir d’une histoire du genre dans un bled paumé des US l’année dernière ou la précédente du coup, je préfère vérifier. Dès que j’ai des preuves tangibles, je rapporte à la Brigade et je la laisse faire le taff en demandant au passage si je peux en être ; du taff, pas de la Brigade. Ça je devrais finir par en être même si je préférerais être de l’Alliance des Champions de l’Europe sans passer par la case "groupe étatique" surtout considérant qu’on est pas surs que la France va rester dans l’Europe et que je me suis toujours plus sentie européenne que française.

Poursuivant mon observation distante du véhicule, j’attends qu’il s’arrête et que les deux gars s’en aillent faire leur travail pour faire le mien. Vérifiant qu’il n’y ait pas de témoin pour l’être, témoin, j’ai quelques instants de plus à prendre en patience avant de le faire pour mon élan. Passer par-dessus les rebords de la benne n’est pas bien difficile, quand bien même ils ont été élevés jusqu’à la hauteur de la camionnette afin d’éviter les vols, et les amortisseurs réagissent à mon propre amortissement. M’approchant de la caisse, j’enfile mes gants puis sors un petit sachet plastique avec languette pour le refermer et mon téléphone. A genoux devant la caisse, je remarque la provenance américaine et me décide à la prendre en photo puisqu’il me semble que les graines et céréales OGM produites aux US sont interdites à l’import en UE car inférieures aux normes en vigueur. Ça ne pose aucun souci pour les produits dérivés, ce qui est très con, mais c’est un avantage de plus qu’offre l’Europe à des agriculteurs qui semblent vouloir s’en passer.

J’appréhende pas tellement les élections présidentielles mais c’est assez difficile de passer à côté, surtout quand on voit comment les ricains on réussit à passer à côté des leurs. J’ai pas une conscience politique depuis assez longtemps pour avoir le droit de vote mais la campagne comme les candidats sont pour moi des vastes blagues ; d’ordinaire on vote contre le candidat sortant ou pour le moins-pire, là ils sont tous à un niveau tellement élevé que ça dégoute encore plus de la politique que de norme. Et ils essaient d’exploiter ça pour se mettre en avant. Je sais déjà quel sera mon post twitter à l’occasion du premier tour et il donnera probablement raison quand au fait que je doive pas voter. Néanmoins, j’espère un jour une démocratie à la suisse même si certains candidats me font penser qu’elle sera à l’africaine.

M’enfin pour l’instant, je fais une enquête à la Lucky et c’est déjà bien. Ramassant une poignée de graines, je les fous dans le sachet en me disant que si c’est un truc magique à la Tom je risque encore de me faire allumer pour mon manque de précaution. Merde, j’ai des gants, si ça suffit pas je peux rien faire de plus. Et les Curie auront qu’à m’analyser en même temps que l’échantillon que je vais leur rapporter, ça fera une raison des plus valables pour me tenir hors de leurs pates ans une éventuelle intervention de la Brigade. Je suis cool niveau aide sur le coup : non seulement je leur fais la partie chiante qu’est l’investigation mais en plus je leur trouve même une excuse pour qu’ils ne m’emmènent pas dans la partie défouloir qu’est l’intervention. Après, il faudra plus qu’un sachet de graines d’une provenance illégale pour les convaincre je pense. Rangeant le sachet de preuves dans ma poche, j’en sors l’une des puces et la place sous la caisse. Cela fait, c’est à mon tour de me tirer et une traction est suffisante à passer le buste puis les pattes hors de la benne. Pas-ni  vue, pas prise ni connue ! Un dernier regard méfiant aux deux employés et je m’éloigne.

A défaut d’avoir bien faits les devoirs que je n’ai pas, mes recherches sur Robert Paysage m’ont appris que le siège de l’entreprise se trouve à Croissy-Beaubourg, à vingt-cinq bornes de Paris, hors j’ai pas l’occasion de m’y rendre en bus du coup faut que je trouve le dépôt de véhicule et mon traceur devrait me le permettre. Une entrée par effraction devrait ensuite être utile pour déterminer combien de caisses ils ont et surtout de chercher comment ils les ont eu. J’ignore si d’autres mecs que ceux que je viens de quitter sont impliqués et je ne sais pas non plus s’ils savent ce qu’ils sèment mais je crois pas que ça soit du vent. Reste à déterminer si ça se terminera sur une tempête. C’est pour ça que j’improvise, ça évite de chercher à savoir ce qui va arriver.

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Re: Poisson-Chat d'Avril

Message  Bobo T. Chimp le Dim 23 Avr 2017 - 3:42


Il soupire, excédé, en  refermant pour la énième fois le dossier contenant le rapport rédigé par sa partenaire suite à la «tragédie» de Merna. Il ne comprend toujours pas pourquoi c’est lui qui a été placé en charge de l’affaire. Il connaît suffisamment bien le fonctionnement de l’organisme pour s’être auto-persuadé que si le Bureau est parvenu à retracer la livraison des grains, il n’y a plus besoin de lui sur place. N’importe quel agent de seconde zone peut être envoyé inspecter les lieux et prendre les mesures nécessaires, tandis que les bureaucrates peuvent retracer les pistes de l’entreprise et la liste de leurs clients au chaud derrière leurs écrans. Vraiment, à ce stade-ci, pas de quoi dépêcher un détective de sa trempe.

Ce n’est bien évidemment pas tout à fait vrai. La réalité, c’est surtout qu’il ne se sent pas le moins du monde concerné par l’enquête et qu’il n’a donc aucune envie de s’y atteler. La sorcellerie n’a jamais été au sommet de son domaine d’expertise, non par manque de talent mais par désintérêt plus ou moins assumé. Il a développé sa maîtrise à peine au-delà du minimum nécessaire, le minimum nécessaire étant la capacité de se rendre à l’Oblivion, à l’époque où le bar extradimensionnel servait de base d’opération au Shadowpact ; il y a déjà quelques années, avant que le groupe ne se dissolve faute de raison d’être, avant qu’il ne se lasse de fréquenter l’établissement en en devenant propriétaire, avant que Bayonetta ne commence à l’entraîner au Gates of Hell pour s’abreuver.

Bayonetta dont l’absence se fait d’ailleurs bien sentir, en ce moment. Elle aurait été toute désignée pour reprendre sa propre affaire. Sans aller jusqu’à la dire plus compétente que lui en la matière, son expérience et son affinité avec les arcanes la rend plus appropriée pour ce genre de cas. Et puis, surtout, elle lui aurait évité la corvée. Chimp ignore si c’est leur partenariat qui a incité ses supérieurs à lui transmettre le dossier, au mépris complet du concept de complémentarité que même lui est parvenu à reconnaître. Ou peut-être est-ce la punition du Bureau pour avoir prolongé ses congés sans les prévenir et avoir ignoré un moment leurs tentatives de contact. Ce n’est pourtant pas sa faute, s’il est tombé durant ses « vacances » sur une piste plus passionnante que ce que ce que pouvaient lui proposer ses employeurs dans l’immédiat et s’est momentanément laissé distraire. Mais soit. Quelque soit l’explication de cette décision, lui a pris la sienne, et fera preuve de son mécontentement en ne le faisant pas de son investissement. Même lui est capable de bâcler une enquête, et il compte bien le démontrer ; d’autant plus que cela ne l’empêchera sans doute pas de la résoudre malgré tout – c’est tout de même de lui dont il est question !

La voiture s’arrête sur le bord de l’allée après quelques secondes de manœuvres, l’extirpant de ses pensées sans en faire autant de sa mauvaise humeur. Jetant la farde cartonnée sur le siège, il en bondit pour atterrir en souplesse sur le sol meuble puis claque la portière, non sans avoir signifié au blondinet derrière le volant d’y rester et avoir récolté un rictus frustré de celui-ci. L’inimitié que lui porte Jacobs est connue et équivalente au dédain qui lui est opposé – à moins que ce ne soit l’inverse. Mais peut-être que si le jeune agent de terrain avait pu montrer une quelconque once de talent, il aurait pu se montrer utile à autre chose qu’en tant que chauffeur et mériter un traitement différent.

A quelques dizaines de mètres devant lui est garé le petit camion blanc de l’entreprise dont la présence aujourd’hui force la sienne. Plus loin, sur une allée à sa droite, se ballade avec un air faussement nonchalant une adolescente à laquelle il ne prête aucune attention. Les adolescents ont une tendance étrange à aimer traîner dans les cimetières, ayant une fascination inexplicable pour le macabre. Et celle-ci, quoi qu’il se passe dans sa petite tête, va en s’éloignant. C’est tout ce qu’il a besoin de savoir, puisqu’il n’aura pas à s’inquiéter d’elle.

Il ne prête d’ailleurs pas plus d’attention au camion lorsqu’il passe à sa hauteur, un rapide coup d’œil au véhicule étant suffisant pour lui apporter toutes les informations dont il a besoin dans l’immédiat même s’il n’en voit pas l’intérieur de la remorque. Il s’y intéressera plus tard, et continue à avancer en silence, jusqu’à rejoindre les deux gaillards en pantalon de travail et t-shirts portant le logo de la firme, occupés à désherber les alentours d’une dalle mortuaire. Un raclement de gorge caricatural fait preuve de la motivation du singe à ne faire aucun effort.

-Gentlemen.

Les deux hommes se retournent à l’entente de la voix nasillarde et fixent le vide un instant, avant de baisser deux regards hébétés vers le chimpanzé en cravate rouge sous un costume noir très visiblement hors de prix, qui tient dans sa main droite un cigare cubain tandis que la gauche tend vers eux un insigne métallique. Et qui, pire que tout, s’adresse maintenant à eux avec un accent parisien irréprochable.

-Agent Chimp, Bureau de recherche et de défense sur le paranormal. Quelques questions, si vous voulez bien ?

Ayant terminé sa tirade avec un demi-sourire sarcastique, l’agent Chimp soutient sans sourciller les regards des deux humains, toujours silencieux. Cela fait bien longtemps que ce genre de réactions à sa vue ne provoque plus aucun sentiment chez lui. Laissant se passer encore quelques secondes, il porte le cylindre brun à ses lèvres et laisse échapper une bouffée de fumée, avant d’ajouter d’un air satisfait :

-Enfin c’est une formule n’est-ce pas, si vous ne voulez pas c’est le même prix.


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Re: Poisson-Chat d'Avril

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Lun 24 Avr 2017 - 6:05


Mes activités s’alternent et, n’ayant plus grand-chose à faire pour l’instant concernant mes récupérations, j’en retourne à Pokémon Go. Mon téléphone ressort de ma poche puis du mode avion et à peine suis-je engagée sur le chemin qui passe sous le pont à direction du Chemin des Gardes que déjà ma Chance se rappelle à mon bon souvenir pour m’en faire un nouveau, de bon souvenir. La voix nasillarde comme ses salutations britanniques à l’accent de Neuilly me fait me retourner par réflexe et, si d’ordinaire ils sont extrêmement vifs et m’auraient conduite à zyeuter rapidement, ce que je vois m’interpelle plus encore. Mes activités s’alternent, je considérais cela juste avant, mais dès qu’on implique ma Chance je peux sérieusement dire que mes journées ne se suivent ni ne se ressemblent. L’impossible n’est plus de ce monde et quand on voit un singe très probablement partisan de François Fillon, avec un costume que ça ne surprendrait pas qu’il vienne de chez Arnys et un cigare à la mesure, tendre une insigne en se présentant d’un organisme de super-sécurité n’étant pas connu du grand public auquel appartient les deux jardiniers qui lui font face… ben on est forcé de le constater. Je retombe sur mes pattes de façon bancale, je sais, mais on m’excusera d’être perturbée par la situation. Autant que les deux interrogés, d’ailleurs.

Mais je dois cogite plus vite qu’eux même si plus en bordel également, ce qui a ses avantages parfois puisque je ne cherche pas à donner de la tête dans une direction plutôt qu’une autre ; et le Dieu de Tom sait que ça serait difficile dans le cas présent. D’une part, l’aspect de singe parlant doit suffisamment interloquer pour empêcher de se focaliser sur une information plutôt qu’une autre ; lorsqu’on fonctionne de façon séquentielle. D’une autre part, l’attitude de l’agent démontre clairement une supériorité accrue par le malaise et l’incompréhension qu’il génère, sa présentation accentuant encore cela, et cela doit permettre d’assurer que ses interlocuteurs se trahissent involontairement. D’une troisième part, le BPRD est secret mais la plaque doit être vraie du coup les deux gars vont forcément donner des informations s’ils ne comprennent pas de quoi il en retourne ou s’ils le comprennent justement ; j’ai la chance d’en avoir entendu parler pour avoir participé à une intervention pour leur compte avec Aislinn, nouvelle manifestation d’une capacité qu’on me reconnait de plus en plus. Bref, le Chimp a piégé les deux jardiniers dès la présentation avec une intelligence assez redoutable.

La barre de chargement de Pokémon Go va de paire avec mon propre temps de latence et je détourne les yeux vers mon écran lorsque le logiciel est complètement ouvert. La Chance est encore au rendez-vous avec l’apparition d’un Spectrum non loin et une tentative de capture me laisse une raison de m’être arrêtée. C’est donc sans rien cacher et en gardant une oreille attentive à la conversation que je cherche à faire durer la capture du fantôme violet à la queue dentelée et dont l’absence de bras visibles n’empêche pas des mains décharnées avec trois doigts griffus. Et dire qu’il est le truc le moins spécial de l’instant, c’est quand même pas rien… Je lui donne une baie pour qu’il reste à l’écran le plus longtemps possible puis prends un temps tellement inutile pour viser à côté que j’en écoute sans difficulté les hésitations complètement perdues de l’un des deux employés. Comme souvent lorsque ça implique des Supers, j’ai plus de facilité à comprendre le pauvre mec qui sait pas trop ce qu’il fout là que le Super qui lui explique, même si je sais parfaitement ce que je fous là à défaut d’être riche.

En l’occurrence, que ce ne soit pas sur moi que l’agent simiesque est tombé est plutôt cool. Bon, il n’a aucune raison de me tomber dessus pour l’instant, je suis innocente c’est marquée sur ma carte d’identité. Après, ça serait contredit par mes actions précédentes mais j’ai suffisamment de confiance en mes capacités pour me dire que, comme je ne l’ai pas vu être témoin de mon action, c’est qu’il ne l’a pas été ; témoin de mon action. Pis dans le cas contraire, ça facilitera peut-être la rencontre même si ça me vaudra surement une engueulade et un nouveau Succès Section Junior. Si y’a pas de liste prédéterminée, les Succès Section Junior fonctionnent de la même manière que les Succès Microsoft : on les débloque quand ils nous arrivent des trucs exceptionnels. En l’occurrence, le "se faire engueuler par un singe parlant en costar avec cigare appartenant à une organisation qu’on est pas sensé connaitre" doit quand même valoir un paquet de points. Dès fois, j’ai un peu l’impression d’être la seule à percevoir les choses ainsi mais je suis certaine que j’arriverais à populariser le concept à force d’en parler. Merci ma Chance pour les concours de circonstances favorables toujours aussi improbables et dont je tacherais de ne pas trop merder avec.

Le Spectrum ne tient pas aussi longtemps que les difficultés d’interrogatoire mais cela reste en ma faveur puisque les informations qui sont énoncées peuvent être rapidement recherchées sur internet du fait. Les deux jardiniers ont été payés pour planter le grain parmi les terrains dont ils s’occupent et l’illégalité de celui-ci, plus qu’être achetée par la somme d’argent, a été compensée par la nature dudit grain : un fertilisant écologique. Mais, juste comme ça, c’est quoi l’intérêt ? On va cultiver du terreau ? Nan mais, mine de rien, toute plante est un fertilisant écologique au bout d’un moment du coup la graine est sensée être quoi ? Un fruit incapable de se reproduire, histoire de garder le producteur comme unique fournisseur de semences, qui habitue les autres plantes à être nourrit par lui ? Vicelard. Mais du coup possible. Et d’autant plus interdit en Europe. Si j’avais enregistrée la conversation, j’aurai déjà pu envoyer aux bleus pour qu’ils les mettent marron mais je l’ai pas fait et j’en suis un peu verte. Après, inutile de voir rouge, au moins je suis assurée qu’ils ne sont pas tout blanc. En fait, je n’avais encore jamais conceptualisé à quel point j’en vois de toutes les couleurs en fait ; pourtant j’en vois.

Bon, le singe parlant agent d’anti-magie c’est de l’inédit, on va pas se mentir. Mais je tâche d’être ouverte d’esprit parce que ça reste un nouveau monde que j’explore et que rien n’y semble impossible et que l’esprit n’est utile que s’il n’est ouvert, sinon c’est comme avec un parachute on s’écrase. Et je sur certaine de m’y améliorer, à l’ouverture d’esprit et non à l’écrasement sans parachute. Je ne saurais dire qui est le plus étrange entre l’agent simiesque du BPRD, Nils le mutant-inhumain au physique démoniaque et qui reste pourtant la personne la plus gentille et craintive que j’ai croisé, Tom l’ange déchu qui te parle en une langue universelle mais qui s’est gouré en donnant son nom la première fois, Aislinn qui vient d’un autre univers et moi qui suis la fille de flic qui va croiser tous ce beau monde pour faire ami-ami. Je me suis toujours bien entendu avec les gens bizarres, juste que jusqu’à récemment c’était Zombie qui tenait la palme. Maintenant il nage avec. Mais, ce faisant, il s’en sort toujours mieux que les deux interrogés de l’agent du BPRD suscité.

Le nom de l’employeur finit par tomber et la recherche internet me laisse perplexe… Georges Cuvier, l’ami Google me trouve un académicien français avec une chiée de prénoms et surtout une date de décès en 1832. Anatomiste français et promoteur de l’anatomie comparée et de la paléontologie au XIXe siècle, créationniste et naturaliste "mal aimé" sans doute du fait du point précédent. C’est un autodidacte et l’originalité de ses méthodes l’ont fait admettre au Jardin des Plantes de Paris… nan, jusque là à part le décès, et le créationniste que même les anges ils y croient pas, il me plait plutôt. Mais il est mort il y a presque deux cent fois douze payes. Après, Qamar parlait de mort-back donc c’est peut-être à suivre. Reste juste à trouver le gus et les deux jardiniers ne savent pas. Google, lui, m’indique la division 8 du cimetière du Père-Lachaise et je ne pense pas m’assoir dessus : après tout, si l’affaire implique des morts-vivants, chercher dans un cimetière n’est pas insensé. Très cons en cas d’embuscade mais pas insensé. Le meilleur reste que les deux enquêteurs en sont déjà à faire les équipes de un pour être sur d’être au plus vulnérable même si on ne sait pas encore combien sont déjà très passés. Remarque, tant qu’ils ne sont pas revenus de leur trépas ça devrait aller.

La grande question maintenant c’est vis-à-vis d’appeler du renfort. Motiver Zombie pour une affaire de mort-vivants doit être faisable, surement plus facile d’ailleurs que lui assurer que c’est pas une blague, et peut-être que ça peut intéresser Paige même si elle n’a pas son armure. Après, faut pas que j’oublie que le but reste de rassembler les preuves pour la Brigade et ça la présence du BPRD aide beaucoup. Et signifie également que je viens encore de foutre les pattes dans une affaire magique où je suis entrée en contact avec du matériau non-identifié… Irène Curie va tellement m’engueuler. Mais si elle me reproche de refaire toujours les mêmes erreurs, je lui soulignerais que non je n’ai pas faite la même erreur : j’ai trouvé un nouveau moyen d’en faire une quasi-identique, nuance. Je crois pas que ça m’aidera à m’en sortir mais je suis certaine que ça a le mérite d’être précisé. Dans tous les cas, je vais encore attendre un peu avant de réclamer du renfort histoire de pas les faire se déplacer pour rien. Ce qui signifie surement que j’attendrais trop et ne les aurais pas à temps mais bon, je suis certaine que j’arriverais à improviser le temps qu’il faudra.

Du coup, la suite des opérations pour moi est assez simple. Remettant Pokémon Go pour avoir mon alibi, je reprends la marche histoire de m’éloigner et de contourner discrètement vers la sortie. A moins d’être interceptée avant par l’agent simiesque, je devrais pouvoir me rendre au cimetière du Père-Lachaise avant lui grâce au métro et continuer de fouiner là-bas le temps qu’il arrive. Si ma présence ne suffit pas à ce qu’il m’aborde, la sienne me servira de parfaite excuse. C’est bien connu, le hasard fait bien les choses surtout quand on lui demande poliment.

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Re: Poisson-Chat d'Avril

Message  Bobo T. Chimp le Mer 10 Mai 2017 - 5:39


L’interrogatoire s’avère tout aussi ennuyeux que prévu. Les humains sont, à quelques exceptions près, d’une simplicité d’esprit assez aberrante. Des exceptions d’autant plus rares dans le milieu social dont proviennent les deux ouvriers qui, pour le coup, n’en font pas partie. Comme l’énorme majorité de leurs congénères, ils perdent tous leurs repères dès qu’ils se retrouvent dans une situation qui sort de leur ordinaire. Leur ordinaire étant plutôt limité, il est compréhensible qu’ils soient facilement perturbés. Surtout face à lui.

Son existence même a de quoi déstabiliser. C’est un fait acquis, avec lequel il est forcé de composer depuis près d’un demi-siècle. Il a eu le temps de l’admettre, de s’y habituer, et même, d’une certaine façon, d’y prendre goût. Sa présence exceptionnelle est à la fois son principal handicap en tant que détective, et l’un de ses meilleurs atouts. Sans possibilité d’y remédier, il a appris à l’exploiter de la façon la plus optimale possible. L’effet provoqué chez les deux hommes, sans être calculé ou voulu, est donc parfaitement prévu et mis à profit avec le naturel de quarante-six ans d’expérience. C’est ce qui lui permet, en outre, de se présenter comme ce qu’il est. Le BPRD, sans être clandestin, n’a pas pour vocation d’être connu publiquement, et son évocation aurait pu lui valoir quelques reproches, s’il avait eu le moindre doute sur le souvenir que garderont les deux jardiniers de cette conversation. Etant donné leur état actuel, la probabilité qu’ils en ressortent avec le nom de l’organisation - ou même le sien, aussi évident soit-il - en tête est assez négligeable pour lui permettre cet écart. Son seul regret est le constat évident qu’il est parfaitement incapable de saboter sa propre enquête, quels que soient ses efforts en la matière. Il est tout simplement trop talentueux. Sa plus terrible malédiction.

L’interrogatoire l’ennuie, et la déception de découvrir que ce fait ne changera pas est d’autant plus importante. Quelques secondes sont suffisantes pour s’assurer que les deux hommes ne sont rien de plus que ce qu’ils laissent croire au premier abord: des ouvriers ignorants, payés grassement pour effectuer un travail suspect et accepter l’explication fumeuse qui l’accompagne sans poser la moindre question supplémentaire. Ce qui semble leur convenir parfaitement, d’ailleurs. Il peut assez facilement estimer le nombre de questions qu’ils se sont posées au cours de leur morne vie, si l’on exclut les évidentes “Quelle heure est-il?” et autres “Quand est-ce qu’on mange?”. Si au moins il avait pu avoir un soupçon concernant leur honnêteté, la discussion aurait pu présenter un rien d’intérêt, mais leur niveau intellectuel si ouvertement affiché sur leurs visages ne laisse planer aucun doute sur leur incapacité totale à lui mentir; ils n’ont pas à se sentir mal pour cela ceci dit, très peu de gens peuvent se vanter d’une telle capacité.

L’interrogatoire l’ennuie, et ne parvient certainement pas à suffisamment monopoliser son attention pour l’empêcher de prendre conscience de la présence à distance d’oreille de la conversation; pas plus qu’il ne l’empêche de se faire des certitudes sur la forme de cette présence. Il ignore l’identité comme l’allégeance de l’adolescente et, à vrai dire, s’en moque complètement. Il espère simplement que le novice assis dans la voiture noire parquée à proximité ne soit pas trop occupé à se tourner les pouces pour observer attentivement la petite fouineuse; qui sait, il aura peut-être même l’occasion de se rendre utile.

L’interrogatoire l’ennuie, au point qu’il ne prend pas la peine de chercher la moindre piste supplémentaire, après avoir constaté que les deux imbéciles ne connaissent de leur employeur que le nom. Il met donc fin à la discussion peu après l’obtention de cette information, pour s’éloigner de quelques mètres en sortant de la poche intérieure de sa veste un téléphone à clapet que la majorité des gens qualifieraient d’antique, et que lui trouve simplement fiable. Son acceptation de l’utilité indéniable des technologies contemporaines ne suffit pas à les lui faire apprécier, et il tend à éviter autant que possible leur utilisation. Pas qu’elles représentent un quelconque défi pour lui, bien au contraire, mais il préfère mener ses affaires “à l’ancienne” lorsque c’est possible. Et puis, les minuscules claviers tactiles sont une torture pour ses larges doigts.

Il compose le numéro sans quitter des yeux ses deux victimes du jour et salue son interlocutrice, cette fois-ci dans l’accent british le plus scolaire. Une manie qui l’amuse autant qu’elle exaspère ses collègues américains, parfaitement conscients de la fausseté de cette façon de s’exprimer étant donné les capacités linguistiques du chimpanzé. Inutile de préciser que cela le pousse à en abuser plus encore.

Après avoir livré le nom qui l’intéresse, l’attente de la recherche est désagréable. Pas aussi désagréable toutefois que les résultats qui se font suivre, au rythme de la voix de la jeune femme. Une grimace mécontente déforme ses larges lèvres tandis qu’il referme le téléphone sans un mot.

Que le responsable de toute cette agitation soit un machabée n’est pas une énorme surprise. Cela implique toutefois selon toute probabilité une connaissance de la sorcellerie et surtout une expérience bien supérieures à ce qu’il n’aurait espéré. Qu’il doive pour en savoir plus se rendre dans un autre cimetière, voilà qui le dérange un peu plus. Si jusqu’à présent l’enquête n’impliquait que deux jardiniers simples d’esprit et des graines non activées, la possibilité de rencontrer ce Cuvier au milieu d’un champ de cadavres potentiellement exploitables par l’intéressé n’a rien de très réjouissant.

La perspective d’appel de renforts est rapidement écartée, en tout cas dans l’immédiat. D’une part, il a bon espoir de ne trouver au Père Lachaise rien de plus qu’une tombe vide et des pistes à suivre. Même si les nécromanciens ne sont pas connus pour leur bon goût, il est indéniable qu’un appartement avec vue sur la Seine fait plus confortable résidence qu’un cimetière. D’autre part, il n’est pas certain que le Bureau ait énormément d’effectifs compétents dans la ville lumière, et il ne peut pas se permettre de demander sans aucune certitude l’arrivée de forces capables de gérer là où deux divinités antiques ont échoué. Il s’y rendra donc seul, comme toujours. Enfin, avec Jacobs, ce qui revient au même.

Jacobs qui est d’ailleurs toujours à son volant, sans idée de ce qui l’attend. Nul doute qu’il ne s’en réjouira pas particulièrement, pour peu que son cerveau s’avère capable de dresser des liens élémentaires. S’approchant de quelques pas de la voiture, Chimp lui fait signe de le rejoindre, puis s’en retourne vers les deux jardiniers, qui n’ont visiblement pas encore décidé de la meilleure façon de retourner à leurs vies. Sur sa demande, l’un d’eux abaisse l’une des parois de la remorque, lui permettant d’y bondir. L’intérieur ne lui apporte évidemment aucune information supplémentaire, si ce n’est la quantité précise de grains prévus pour l’endroit. Se retournant vers les jardiniers, il les informe avec un sourire que la caisse est confisquée par son service. S’ils abaissent les sièges arrière, celle-ci ne devrait pas être difficile à transporter. Les protestations s’arrêtent brusquement lorsqu’il propose d’appeler les autorités compétentes pour leur exposer la situation et les laisser décider de la marche à suivre. Même ces deux-là ne sont pas assez idiots pour souhaiter l’arrivée de la police. Cela peut être apparenté à du racket, oui. Ce n’est pas lui qui va s’en émouvoir.

Il descend de la remorque tandis que son prétendu coéquipier et l’un des deux employés y montent pour transporter le précieux contenu d’un véhicule à l’autre. Tandis qu’il les accompagne en direction de la voiture, un nouvel avantage de sa physionomie particulière se fait sentir: sa tête étant à hauteur du bas de la caisse, son regard se porte sur un détail que même quelqu’un avec un sens de l’observation aussi poussé que le sien n’aurait pas pu remarquer, s’il avait eu taille humaine. Amusé, il décolle la puce discrètement et la range dans sa poche. La gamine est peut-être en train d’ajouter un brin d’intérêt à cette journée. En tous les cas, elle a réussi à partiellement piquer sa curiosité, ce qui devrait déjà en soi être une fierté pour elle. Heureusement, il sait où il pourra la retrouver. Il devrait assez facilement lui faire comprendre que ses enquêtes, même s’il ne souhaite pas les mener, restent son droit le plus exclusif et ne souffrent d’aucune intervention externe. Il sait toutefois qu’il devra pour cela découvrir son affiliation. Malgré toutes les bévues qui lui sont passées, une crise diplomatique pour le Bureau sera difficilement acceptée. Les bureaucrates tiennent beaucoup à la diplomatie.

Claquant la portière après que le coffre ait été refermé, il ne prend pas la peine de saluer les deux hommes et se contente d’attendre que Jacobs le fasse avec sa maladresse habituelle en pianotant sur le tableau de bord. Compte tenu du trafic parisien, il y a fort à parier que l’adolescente sera sur place avant lui. Il ne s’inquiète pas particulièrement de son influence sur l’enquête, mais ne souhaite pas pour autant perdre plus de temps que nécessaire.


C’est en effet plus d’une demi-heure plus tard qu’ils pénètrent dans le plus grand cimetière parisien, non sans une certain niveau d’énervement vis-à-vis des habitants motorisés de la ville. Quelques minutes de plus, et ils descendent tous deux de la voiture, pour approcher une stèle de pierre grise tout ce qu’il y a de plus ordinaire, si ce n’est sa hauteur vaguement supérieure à celle du détective.

Georges Cuvier, né à Montbelliard le 23 Août 1769, mort à Paris le 15 Mai 1832.

Une sobriété certainement bien triste pour la sépulture d’un homme se proclamant père de la paléontologie. Compréhensible donc qu’il ait préféré la quitter. Bien que pour l’heure, rien ne semble différencier cette tombe de ses voisines. Il n’est pas pressé que cela arrive.

Pas plus qu’il n’est pressé de faire certaines rencontres. Les alentours fournissent un nombre incalculables de cachettes faciles, il ne s’amusera donc pas à jouer au chat et à la souris. Il sait qu’elle est là, cela lui suffit. Il la laissera se trahir par elle-même avant de l’aborder.


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Re: Poisson-Chat d'Avril

Message  Lucy "Lucky" Prissy le Jeu 11 Mai 2017 - 7:49


Bon, ben il semble que mes origines sociales permettent, même après un rapide zyeutage, de déduire que je ne suis rien de plus que ce que je laisse paraitre même pour un agent simiesque du bureau du paranormal. Etre quelconque est un talent bien utile, mine de rien, même s’il peut être vexant aussi. Après je ne m’en fais pas trop, je ne suis pas allée jusqu’à prendre des photos de l’élément improbable du jour donc aucune raison de croire que je suis autre chose qu’une petite curieuse. Mais, à défaut d’être autre chose, je suis plus qu’une petite curieuse ! D’où que je continue d’observer même après avoir été grillée puis ignorée, constatant avec atterrement qu’il existe encore des téléphones préhistoriques dont on peut sans peine remettre en cause la capacité à envoyer le plus petit sms. Le changement d’accent ne m’échappe pas et je sais reconnaitre celui du Royaume-Uni pour y avoir suffisamment passé de temps, une chose que ne me surprend pas non plus considérant la présentation première du singe.

Je sais pas si c’est raciste de penser ça de lui ? Techniquement, cela peut l’être beaucoup plus que de qualifier quelqu’un de noir ou d’arabe puisque ce ne sont pas des races mais des ethnies, l’Humain étant une seule race quoi qu’en considèrent les américains et qu’en affirment quelques racistes. Mais c’est un singe, l’appeler comme ça ne devrait pas être péjoratif. Je suis bien placée pour savoir qu’il faut appeler une chieuse une chieuse à la fin mais j’ai pas envie qu’on me prenne pour une raciste, être une chieuse me suffit. Enfin, une chanchieuse. Bref, ça m’aide pas pour savoir comment le conceptualiser à part comme "agent simiesque". Singent ? De toute façon, j’ai encore plusieurs dizaines de minutes pour me décider vu qu’il s’en est allé et que je m’en vais faire de même.

Après un rapide tour sur le site d’itinéraire de la RATP, je suis le Boulevard de Clichy jusqu’à l’arrêt de métro de Place de Clichy pour prendre la ligne 2 direction Philippe Auguste. 18 minutes de métro annoncées, ça fait deux dizaines à rester debout à travailler mon équilibre aux aléas du métro souterrain puis aérien et d’une conduite heureusement plus variable que le trajet mais variant malheureusement moins que le monde dans le wagon. Ça ne me gêne pas vraiment, j’ai l’habitude de ce moyen de transport somme toute bien plus pratique, rentable et fiable qu’une voiture surtout dans une agglomération comme Paris. Genre l’agent simiesque va mettre deux ou trois fois plus de temps pour traverser la capitale je pense, surtout considérant qu’il n’a pas de gyrophare pour forcer un passage que même en gyro tu galères pas mal. Le code de la route à Paris il est simple : y’en a pas. Des fourmis sont mieux organisées et elles ont la chance de pouvoir se marcher dessus sans accident. M’enfin bon ça me laisse un métro d’avance et je dois le mettre à profit pour trouver comment m’adresser au Chimp.

Ah mais voilà ! Je suis trop conne mais, heureusement, je suis moins conne que j’en ai l’air : il c’est présenté l’agent simiesque. Chimp. Surement parce que ça doit être un Chimpanzé ; et c’est pas raciste ça ? Genre si ça avait été un macaque, il aurait se serait appelé Mac ? D’un autre côté, s’eut été très troll quand il aurait appris à parler vu que, en anglais, ça aurait donné "I Mac". Bon, de toute façon que ça soit I Mac ou P Chimp, vu comment il est fringué il doit s’attendre à du "monsieur"… han, pas envie. Bordel, la soumission au costume est chiante surtout que j’ai pas ma veste de tailleur pour faire genre aussi alors que je fais juste du hacking social. Nan, définitivement, à défaut d’avoir du Monsieur ou du Monsieur l’Agent, il devra se contenter de Mac. Et mine de rien, Mac ça fait aussi "Monsieur l’Agent Chimp" donc merci ma Chance pour le coup de pouce. Et heureusement pour lui que son costume est pas blanc parce qu’un Mac sur le Boulevard de Clichy ça aurait pris une toute autre signification. Tiens d’ailleurs, j’en suis à la station Pigalle.

Arrivée à la station Philippe Auguste, je sors rapidement pour me trouver entre les deux voies routières encadrées d’arbres timides et, comme je suis moi, les feux sont au vert pour les piétons ainsi je n’ai pas à attendre pour traverser. Je longue la route jusqu’aux murs de pierre dépassé par les trois des mausolées et d’autres arbres qui poussent entre eux puis avance sur la petite place où se trouve la porte sculptée du cimetière du Père-Lachaise, suffisamment large pour qu’une voiture y entre mais bien plus classe que celle du cimetière de Montmartre. Après un arrêt au plan du cimetière à la recherche de la division 8, je constate qu’elle n’est pas loin puis suis l’avenue principale jusqu’à la première intersection. Tournant à gauche, ce n’est que deux croisements plus loin que je me trouve à l’endroit recherche, lequel est extrêmement bien couvert de végétation arborée malgré la saison. Wikipédia m’a appris qu’il fait 44 hectares ce cimetière, ce qui en fait le plus grand cimetière intra muros de Paris, et ça fait quand même un super-espace vert. Même en cette période, on a de la faune et de la flore sans trop besoin d’attendre pour la voir. Les chats, bien évidemment, mais aussi pas mal d’oiseaux à première vue. Les corneilles font leur vie à coup de croassement, les moineaux et compagnies suivent les promeneurs en cas d’encas, les écureuils fuient parce qu’ils ont pas les mêmes noix qu’à Londres… faudra que je revienne en été, ça peut être une visite cool quand même.

Je suis pas tellement du genre gothique ou autre et je reviendrais pas sur l’intérêt que j’ai envers les parcours d’entrainement que peuvent former les cimetières mais c’est indéniable que je connais mieux Aubervilliers que le sud de Paris ; chose qui explique aussi que j’ai encore jamais eue l’occasion de croiser Nightrunner alors qu’on est pas tellement éloignés sur notre secteur de vigilantisme. Je suppose que la capitale a aussi une base du BPRD même si j’ignore où ; okay c’est pas la Suisse mais elle est quand même assez bien placée pour pouvoir intervenir sur l’ouest du continent. D’un autre côté l’accent de l’agent simiesque était britannique et, s’il semble capable d’en changer à volonté, sa présentation l’était aussi. Du coup plus probablement au Royaume-Uni… ce qui continue d’en faire la principale puissance européenne au niveau de la super-sécurité. Après, l’Excalibur en témoigne depuis des décennies donc rien de surprenant.

M’arrêtant à la tombe de Georges Cuvier, je regarde la sobre pierre grise encadrée de barrières en fonte avec une certaine déception. Okay, je m’attendais pas à la tombe de Dalida mais, quand même, y'en a quatre pareilles toutes liées à la famille Cuvier même si seule celle de Georges à une espèce de berceau ; c’est triste ! D’un autre côté, de la tristesse dans un cimetière c’est pas forcement déplacé en fait. Bref, dans tous les cas, je sors des sentiers battus pour m’approcher d’un lieu où c’est moi qui pourrait l’être, battue. Ressortant mes gants, je me dis que creuser pour voir s’il y a encore un corps au-dessous est une mauvaise idée : tant parce que je vais pas y arriver de mes simples mains que parce que la mairie gueulera si j’essaie. Et avec la mairie, ça sera les Curie. D’un autre côté, les Curie vont déjà le faire donc bon. C’est donc comme une bonne fourmi besogneuse que je commence à gratter autour de l’arbre qui se trouve quelques pas derrière la tombe, respectant bien les enclos protecteurs de parcelles de terre sans doute guère différente de celle que je fouille. Ce que je cherche n’a pas du être enterrer aussi profond et j’extrais rapidement une graine, la comparant visuellement avec la poignée se trouvant dans mon sachet.

Je suis pas une experte en graines et je pourrais même dire que je ne suis pas capable d’identifier une espèce à sa graine. D’un autre côté je ne suis pas capable d’identifier une espèce à son arbre donc c’est pas ce que je cherche à faire. Ce que je cherche à faire c’est à trouver une ressemblance et soit ça ce ressemble fortement parce que je suis tellement pas douée que je vois pas les différences soit ça ce ressemble fortement parce que je suis tellement douée que ce sont une même espèce. Partant du principe que j’ai le talent et la chance, j’en conclus donc que ce sont les mêmes graines et que ce cimetière aussi a été infecté ; c’est probablement le premier à avoir été infecté d’ailleurs. Et à détailler d’aussi prêt le grain, une odeur sucrée familière me chatouille les narines et je remue les moustaches que je n’ai pas avant de sentir par réflexe cet indice qui sort du sol. C’est d’elle que provient l’odeur et, perdue pour futur pain perdu, j’ouvre le sachet pour sentir cette même odeur. Si je n’y ai pas fait gaffe la première fois, entre la terre froide et la concentration dans le sachet ça me saute au museau cette fois. C’est confirmé, ce sont bien les mêmes graines ; et les Curie vont pouvoir encore plus m’engueuler parce que Tom, même si je me suis approchée de lui, je l’avais pas reniflé non plus.

Je remplis un second sachet de preuves à rapporter à ceux qui seront probablement mécontents que je l’ai fait, n’ayant aucun difficulté à différentier les deux sachets puisque l’un a de la terre pour l’accompagner alors que l’autre non, puis je m’en vais continuer mon analyse de cette scène de crime en attendant l’agent simiesque qui devrait aussi être mécontent de mon action mais est également une preuve que je tiens une piste sinon ne suivrait pas la même que moi. Question de logique. Les sachets dans les poches, je continue d’observer les environs à la recherche d’un animal mort-back, partant du principe que si le grain a déjà été semé ici des animaux ont pu l’ingérer comme celui que Qamar a vu et que si Georges Cuvier est vraiment derrière tout cela il devrait avoir laissé des sentinelles afin de l’avertir de quiconque se rapproche un peu trop de sa tombe ; tant celle de Cuvier que dudit individu qui entre en terrain favorable au décès prématuré à aller ronger son os à un mort-vivant. Heureusement, je suis un chat donc je rapporte l’animal mort plutôt que de le manger dans un coin.

Cette image est particulièrement creepie, à y réfléchir un peu plus. Mais ça reste plus ou moins ce qui ce passe même si je n’ai pas l’intention de toucher l’animal ensorcelé si j’ai raison sur son existence : d’une c’est dégueu, de deux j’ai déjà suffisamment touchés de trucs que j’aurai pas du toucher malgré mes gants. D’un autre côté, vu que j’ai justement déjà touché beaucoup trop de trucs, ça pourrait être la preuve ultime que j’ai bien trouvé une piste à exploiter d’urgence si je ramène un spécimen de mort-back. Après c’est peut-être plus malin d’attendre la patte de l’expert pour en savoir plus ; ici l’expert n’est pas un chat mais un singe. M’enfin vu le nombre de volatiles dans le parc, tant qu’on évite les noms d’oiseaux ça devrait aller.

Et en parlant d’oiseaux, c’est sans grande surprise mais avec pas mal de dégout que je regarde l’un des rares que je n’ai pas du tout envie d’attraper, le froid clairement insuffisant à éviter une décomposition dont le naturel reste à définir. Il me regarde, enfin si on peut appeler cela comme ça, et je le regarde avant de me baisser à la recherche d’une pierre ornementale pas trop grosse tout en vérifiant s’il n’y a pas de témoin. Le strike arrive l’instant d’après, sans doute parce que le mort-back n’a pas les réflexes de ses congénères vivants, et je garde mes distances alors que le volatile tombe de l’arbre pour finir dans un état encore plus dégueulasse que précédemment, un état qui n’a pas l’air de le déranger. Au moins ne vole-t-il plus, si tant est qu’il en était déjà capable avant que je ne l’allume d’une caillasse. Ça ne me fait pas bien plaisir mais, vu qu’il commence à essayer de se redresser, la récupération de la pierre pour un second tir est nécessaire. S’acharner à la pierre tombale sur un moineau mort-vivant, c’est un autre Succès Section Junior que je devrais être la seule à jamais posséder. Tout comme faire équipe avec un représentant de la dimension d’Oz au sein du BPRD ; d’un autre côté, je crois qu’ils volent les singes du Magicien d’Oz. Après, celui-là il parle et c’est plus pratique. J’ai déjà eu des péripéties avec mon ange gardien qui c’est pris pour la pomme de Newton en tombant sur la mienne, de pomme, donc on va arrêter avec les trucs volant. Parce que les trucs magiques, ça semble mal parti.

Je me demande si le BPRD accepterait un stage ? Enfin, vu que je suis pas sensée connaitre leur existence c’est improbable mais ça ne coute rien de le demander à l’agent simiesque, si ça ce trouve j’aurai prouvé être capable avec cette affaire. On va encore me trouver opportunisme mais oui, complètement, ça serait con de gâcher. Par contre, je demanderais aux Braddock cette fois, je garde ma bonne résolution de demander la permission quand y’a aucune raison de me refuser. La Chance c’est tellement le pied même si je finis toujours par me foutre dans la merde avec. Comme disait ma prof d’anglais, je devrais faire fossoyeuse car, vu comment je creuse alors que j’ai déjà touché le fond, c’est que j’ai ça dans le sang. Pas de bol pour elle, j’ai le sang bleu et dans les cimetières ce ne sont pas les morts qui m’intéressent.

Les minutes passent et l’échange de caillou avec l’oiseau me conduit à en faire une bouillie se reconstituant d’une telle façon que je finis par arrêter de lui tirer dessus sous le coup des haut-le-cœur. Une chance qu’il n’y ait pas de personnes pour regarder aux alentours, sinon ça aurait encore foutu un bordel. Le crissement de pneu me fait me retourner et constater que non seulement le BPRD ne se déplace qu’en voiture mais qu’en plus je me suis pas mal éloignée de la tombe de Cuvier. N’ayant aucune idée de comment convaincre le moineau mort-back de m’attendre là, je lui lâche la pierre d’au-dessus de manière à le bloquer au-dessous en me disant que c’est vraiment pas le genre de truc que je m’étais attendue à faire en me levant se matin. Pas plus que ce qui va suivre mais, d’un autre côté, je ne pense pas que l’agent simiesque ait pu avoir plus d’attentes que moi. Avancer vers Monsieur l’Agent Chimpanzé n’est pas difficile, d’autant que je ne me cache pas, et je gère l’aspect perdurant de sa présence à ma manière, venant me poser à son côté.

Hi Mac. Vous savez quelle heure il est ?

C’est une question que je me suis beaucoup posée dans ma vie, après tout j’ai été à l’école comme tout le monde, mais je ne crois pas l’avoir tant posée que cela. Et ça me semble une bonne accroche puisqu’il a mis beaucoup plus longtemps que moi pour arriver ici. Je lui aurais bien demandé s’il savait quand serait la prochaine fois qu’il mangerait mais ni l’odeur sucrée du grain ni le massacre du moineau ne m’ont donnée faim pour ne pas dire qu’ils m’ont coupé l’appétit.

Z’inquiètez pas pour le retard, j’ai pas mal d’avance car j’suis sur mon territoire. The Lucky One, ACE. J’ai pas de badge et si j’vous serre pas la main c’est parce que j’ai passé les dernières minutes à massacrer c’que je suppose être une sentinelle mort-back. A ce sujet d’ailleurs, c’est pas une infection de contact hein ? C’que propage le grain ?

Oui, ça ne m’empêchera pas de me faire engueuler mais ça pourra peut-être me servir d’argument pour retarder un peu les analyses me concernant ; et ça pourra aussi sauver ma paire de gants piézoélectriques toute nouvelle car j’en voudrais beaucoup aux gens de me demander de la détruire par précaution. D’un autre côté, on pourra en faire une autre donc c’est un mal pour un bien.

Sinon, j’peux vous montrer le cadavre si vous voulez. Celui de la sentinelle. Il bouge encore pas mal et de façon absolument pas naturel mais il est par là.

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