Un spectacle unique en son genre [Leandra]

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Message  Casey Nordin le Dim 24 Jan 2016 - 16:34

Toutes les histoires au sujet de sa mutation et ses questions avaient laissé Leandra pensive. Elle préféra ne pas répondre tout de suite et lui proposa de gravir la deuxième partie de la falaise avant, pour rester dans son élan. Elle n'avait pas vraiment tort. Casey était capable de tenir des conversations particulièrement longues. Avec lui, le blanc gênant n'existait pas. Il avait toujours au moins dix réflexions sous le coude, ce qui rendait finalement les échanges avec lui presque aussi angoissants que l'idée de passer la journée avec une personne dont le vocabulaire allait du « oui » au « non ». Et s'ils se mettaient à discuter, ils perdraient la motivation et ne repartiraient jamais. Surtout que, mine de rien, leur position était plutôt inconfortable. Ils ne pouvaient pas vraiment s'asseoir en détendant leurs muscles car même au repos, ils devaient faire attention à leur équilibre. Le jeune mutant accepta donc l'interruption sans se vexer pour reprendre l'ascension. Cette fois, Leandra le devança. Il lui manquait quelques éléments pour la deuxième partie de l'escalade, alors il observa ses mouvements avec attention. Elle prenait un appui assez limité sur ses jambes. Il comprenait pourquoi elle s'épuisait plus vite les bras, c'étaient souvent eux qui portaient le reste de son corps, alors qu'un être humain de sa constitution auraient dû avoir une avancée plus fluide pour équilibrer ses forces. Elle se débrouillait bien et, en même temps, c'était un peu inquiétant. Casey n'avait pas la moindre idée de ce que son corps avait pu hériter de l'anatomie d'un jaguar. Alors, si elle oubliait qu'elle était une adolescente et faisait quelque chose qu'elle ne pouvait pas gérer sous cet aspect, elle pouvait tomber. Heureusement, elle tenait bon, et il décida de la suivre, non sans surveiller son arrivée sur l'autre plateau.

Casey se sentait encore plutôt en forme. Il avançait vite, presque comme un lézard dont les pattes adhèrent naturellement à la roche, parce qu'il avait mémorisé le chemin. Il rencontra cependant un petit problème à un endroit par lequel Leandra était visiblement passée en se projetant un peu. La prise qu'il visait était trop courte pour son bras. Sans paniquer, il jeta des regards autour de lui, et rebroussa soudainement chemin, avec une parfaite aisance même s'il inversait tous ses mouvements pour revenir un peu plus bas et prendre un autre chemin. Il se hissa sur la plate-forme où l'attendait la jeune fille déjà presque confortablement installée, et observa un instant ses paumes qui commençaient à prendre de belles rougeurs. Il eut l'idée soudaine d'ouvrir un débat sur ce grand sujet, mais Leandra se souvenait de leur conversation et la reprit comme prévue. Il s'assit donc à côté d'elle en souriant, même s'il ne savait pas très bien comment prendre les remarques de sa compagne mutante. Elle lui assurant que sa différence était manifeste. Et, en un sens, il avait toujours peur que l'on mette en doute son « pouvoir ». Le problème, c'était que ce gène x n'était pas tellement assimilé à un pouvoir, les gens le trouvaient surtout très bizarre et lui supposaient volontiers un problème congénital plutôt que génétique. Alors il acquiesça sans trop savoir quoi dire tout de suite à part un lent et préoccupé :

– Quand… je… parle… trop… vite… il… faut… me… le… dire… je… peux… reprendre… plus… lentement… hein !

On pourrait croire qu'il se payait totalement sa tête mais non, il voulait vraiment montrer qu'il était capable de faire des efforts. Cependant, à voir la tête un peu perplexe de la jeune fille, il réalisa qu'il avait peut-être bien trop baissé la cadence et avait l'air idiot.

– Et là c'était trop lent ? Je te jure, j'essaye de trouver une juste mesure mais c'est pas toujours facile tu sais, c'est comme quand on se met à parler fort parce qu'on a des écouteurs dans les oreilles. On s'en rend pas compte sauf quand on nous fait la remarque mais pourtant, on est censé le savoir. Mais heu… pardon, je vais essayer.

Mais la rapidité de sa diction n'était pas son seul problème. Casey n'avait pas toujours eu un débit si élevé, on l'avait même plutôt habitué à se taire, ou à simplement laisser ses tirades sans réponse. Il s'était créé un univers mental très riche avant même d'avoir deux cerveaux et il avait encore le vieux réflexe de vouloir en dire le plus possible tant qu'il en avait l'occasion. Mais en parler signifiait revenir à des considérations plus personnelles qui l'inspiraient actuellement très peu. Il préférait n'évoquer que la moitié du problème. Et, après tout, s'il évitait d'utiliser sa capacité à parler très vite pour satisfaire son réflexe de vouloir en dire le plus possible, il serait au moins plus facile à suivre pour tout le monde et, surtout, laisserait une chance à ses interlocuteurs de le couper s'ils éprouvaient le besoin de faire une remarque avant de se retrouver coincés avec dix questions différentes et sans suite apparemment logique. D'ailleurs, Leandra accepta de répondre à tout ce qu'il lui avait demandée et il l'écouta attentivement, en s'efforçant de ne pas caser une remarque entre tous ses silences. Elle lui explique en gros, qu'elle partage un peu son esprit avec celui d'un animal qui aurait déjà vécu mais que, parfois, ce dernier prend le dessus au point de diriger complètement ses mouvements. D'où le fait qu'il ne faut vraiment pas la mettre en colère. Il se demandait vraiment dans quelles circonstances elle avait pu découvrir tout ça. Avec l'apparition impromptue d'un jaguar dans sa tête, ça devait pas être une très belle histoire. Elle risquait de ne pas vouloir en parler. Mais, par extension, ça risquait aussi de vouloir dire que presque toutes les autres choses qu'il voudrait savoir sur elle pouvaient soulever des choses douloureuses. Comme elle lui rappela qu'aucune mutation n'arrivait sans un lot d'inconvénients, il hocha doucement la tête. Au final, ils avaient sans doute tous des histoires plus ou moins compliqués, il valait peut-être mieux ne pas en faire tout un plat.

– Mais certaines mutations ont quand même moins d'inconvénients que d'autres ! Après, ça peut changer en cours de vie. Ceux qui semblent chanceux les premières années ont parfois de gros soucis plus tard. Je nous souhaite pas que les nôtres nous réservent encore de mauvaises surprises ! Tu viens d'où ? Ça fait longtemps que tu es aux États-Unis ? Je dis pas ça parce que tu parles mal, ajouta-t-il plus rapidement, mais ça s'entend que tu es pas née ici.

A défaut de trop épiloguer sur les problèmes de sa mutation, il pouvait aussi lui parler de ses origines. Ce serait une manière possiblement détournée d'en apprendre plus et Casey était toujours un peu curieux envers les étrangers. La plupart des personnes qu'il avait connues et qu'il pouvait qualifier « d'étrangers » étaient en fait nées dans la même ville que lui, dans une famille assez pauvre qui gardait certaines traditions mais qui, au final, avait un vécu très similaire au sien.


Dernière édition par Casey Nordin le Mar 9 Fév 2016 - 15:56, édité 1 fois

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Leandra Albarez Muñoz le Dim 31 Jan 2016 - 13:14

Dis donc y m’prend pour une crétine le mec ou bien ? J’lui ai juste dit qu’y causait trop vite, j’ai jamais dit qu’y fallait me parler comme à une attardée mentale pour que j’arrive à suivre. Alors soit y s’arrête de suite d’se payer ma tête, soit j’vais lui expliquer la vie au blondinet. Et pas avec mes mots si vous captez l’sous-entendu.

– Et là c'était trop lent ? Je te jure, j'essaye de trouver une juste mesure mais c'est pas toujours facile tu sais, c'est comme quand on se met à parler fort parce qu'on a des écouteurs dans les oreilles. On s'en rend pas compte sauf quand on nous fait la remarque mais pourtant, on est censé le savoir. Mais heu… pardon, je vais essayer.

Mouais j’suis pas convaincue. Pas tant par ses explications que par l’fait qu’il soit pas capable de réaliser quand, vraiment, y cause trop lentement. Parce que, j’veux bien que réaliser qu’on parle vite soit pas évident, m’enfin quand même, quand y faut dix minutes pour dire trois phrases, c’est pas la mer à boire de s’rendre compte qu’ya un problème, non ? Bref, j’laisse la question de côté pour éviter d’envenimer la situation sur un malentendu et répond à sa question d’tà l’heure. Et vu la tronche qu’y tire en m’écoutant, y s’attendait pas forcément à ces révélations. Enfin, c’est lui qu’a demandé alors fallait être prêt à entendre c’que j’avais à dire.

Après j’avoue que son exclamation sortie du cœur m’amuse. Surtout qu’il a pas tort, y’a des inconvénients bien plus chiants que d’autres. Par contre, j’avais jamais vraiment pensé au fait qu’avec le temps ta vie pouvait s’améliorer ou empirer selon ta mutation. A vrai dire, là, tout de suite, je vois pas trop comment mais j’suis sûre que, si j’y réfléchissais un peu plus attentivement, j’arriverais à la même conclusion. Sauf que fait croire qu’en compagnie de Nordin, les temps morts ça n’existe pas. Parce que voilà qu’y r’lance la conversation., et cette fois c’est sur mes origines. Il est d’ailleurs hypra maladroit et ça m’fait bien marrer, alors j’décide d’m’amuser un peu à ces dépends. C’est tout d’même pas d’ma faute s’il me tend des perches pareilles !


-Non mais cherche pas à t’rattraper, ça sert à rien. J’sais bien que mon anglais c’est pas ça.

Et boum, moue dépitée. Sauf que j’lui laisse pas l’temps de réagir – sinon j’suis bonne pour dix minutes d’excuses interminables à coup sûr et franchement j’ai aut’ chose à faire – et j’reprends immédiatement avec un clin d’œil.

-J’déconne. A vrai dire, j’me fais comprendre et c’est tout c’qu’y compte pour l’moment. J’aurais tout l’temps d’m’améliorer avec le temps. Et puis, en plus, en à peine six mois, j’ai bien progressé. C’est d’venu hyper rare que j’ai à chercher mes mots. Bon, par contre, la grammaire c’est pas encore toujours ça. Mais franchement si les gens captent pas, z’ont qu’à demander. Le seul vrai problème c’est pour les cours à l’écrit. ‘Fin bon, au moins, les profs m’emmerdent pas trop avec ça.

D’après c’que j’ai compris, Alexandra a rempli des papiers ou je sais pas trop quoi au lycée pour que j’bénéficie d’une plus grande tolérance. En gros, j’suis pas notée sur ma rédaction quoi. Par contre, les profs me corrigent tout et après j’reprends mes devoirs avec Alexandra. Et si c’est pas miraculeux, j’suis sûre à cent pour cent que si j’retournais à Quito, la señorita Mills s’rait putain d’impressionnée par mon niveau d’anglais.

-Sinon pour répondre à ta question, j’viens d’Equateur, c’est en Amérique du Sud, au niveau de l’équateur comme son nom l’indique.

Non parce que j’suis sûre qu’y voit pas du tout de quoi j’parle. Dans c’pays, l’Amérique Latine ça se résume à deux trucs : le Mexique et le Brésil et encore pour beaucoup juste le premier. Si j’suis chanceuse, y savent que l’équateur c’est une ligne imaginaire au centre de la terre mais un pays ? Faut pas déconner !

-J’suis arrivée y’a six mois plus ou moins directement pour intégrer l’Institut. Direct depuis Quito. C’est la capitale et j’habitais un village paumé en pleine jungle juste à côté. Bref autant dire que quand j’entends les gens parler de la jungle new-yorkaise, j’ai des envies de meurtre. Z’ont pas la moindre idée de c’que c’est qu’une vraie jungle.

Bordel qu’est-ce qu’elle me manque soi-dit en passant !

-Et toi, t’es du coin ? Non parce que j’me demandais dans quelle mesure quelqu’un qu’habite la région dormirait à l’Institut. Après tout, si tu peux rester chez toi et faire l’aller-retour tous les matins et tous les soirs, ça peut être mieux. A condition que ça s’passe bien avec la famille bien sûr.

C’qui est loin d’être le cas pour tous les résidents de l’Institut, moi la première, j’vous l’accorde.

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Casey Nordin le Mar 9 Fév 2016 - 17:45

Décidément, malgré toute sa bonne volonté, les relations sociales restaient très compliquées pour lui. Casey craignit un moment d'entrer dans cette boucle infernale où il commettait gaffe sur gaffes en essayant de se rattraper et devait se résigner à perdre une possible amitié. Leandra avait heureusement un peu plus de patience que les autres (ou peut-être qu'il s'améliorait vraiment?) Elle ne l'insulta pas quand il lui parla au ralenti et ne se vexa pas de s'entendre dire que son accent ne faisait pas très anglophone confirmée. Pourquoi avait-il déclaré une telle chose ? Il réalisa la portée de ses mots quand elle répliqua qu'elle était déjà au courant de ne pas être très douée et, sans réfléchir, Casey ouvrit la bouche pour se perdre en excuses confuses mais elle l'interrompit par un clin d’œil. Elle plaisantait. Ou plutôt, elle « déconnait ». Parce que ses difficultés ne l'empêchaient pas d'utiliser un vocabulaire de jeune assez décontracté. L'influence de Wolverine n'y était probablement pas tout à fait étrangère. Casey était, à côté, étrangement poli. Il utilisait très peu de vulgarités ou de familiarités, même s'il venait d'un monde où elles étaient fréquentes. Sa mère en abusait d'ailleurs beaucoup. Il aimait que les choses gardent une certaine beauté. Ça avait été une manière pour lui de s'affirmer. Parfois, il essayait de faire comme les autres, d'avoir un vocabulaire plus relâché, mais ça ne collait pas, ça manquait de naturel. Il approuva d'un signe de tête les explications de sa camarade, en secouant plus vivement le menton quand elle déclara avoir bien progressé en six mois. Oui, en six mois, c'était très bien. Il tenait à ce qu'elle le sache au cas où elle ait quand même mal pris sa remarque.

– J'ai vraiment aucun problème à te comprendre, tu fais même pas tant de fautes vraiment. Puis pour l'écrit, ça viendra tout seul. Tu essaye de tenir un genre de carnet tous les jours ? On m'a conseillé de le faire pour réussir à mieux trier mes idées, et c'est pas mal, ça aide vraiment à s'améliorer en écriture sans avoir l'impression de faire trop d'efforts.

Là, s'il ne faisait pas attention, il aurait poursuivi sur le fait que les exercices d'écriture d'imagination ou de sujet libre étaient justement la seule chose qui l'amusait un peu à l'école et pour laquelle il avait un certain talent, mais il faisait attention et estima que ce n'était pas le moment de s'épandre là-dessus. Et puis, Leandra avait d'autres réponses à lui donner. S'il se remettait à lui raconter sa vie, il ne saurait jamais rien de la sienne. Donc, elle venait d’Équateur, pays assez vague dans son esprit, mais il voyait ce qu'était la ligne imaginaire de l’Équateur au moins. C'était donc en Amérique du Sud et plus bas que le Mexique. Il nota dans un coin de sa tête qu'il devrait se renseigner pour en savoir un peu plus sur le sujet. Y avait-il de grandes villes là-bas ? Les gens y vivaient-ils comme des américains moyens ou dans des huttes au milieu de la forêt ? Vraiment, il n'en savait rien du tout. Mais les précisions de Leandra firent un peu plus pencher la balance vers le village perdu dans la jungle. Elle avait bien mentionné une capitale, mais il n'avait absolument jamais entendu parler de Quito. Ça devait quand même être passionnant de vivre dans la jungle ! Il s'apprêtait à lui poser tout un tas de questions à ce sujet quand elle s'interrogea sur ses propres origines, en s'étonnant notamment qu'il dorme à l'institut toute l'année en étant américain. Son enthousiasme retomba instantanément, surtout quand elle mentionna sa famille. Il eut l'air un peu paniqué, pas que le sujet l'affolait réellement, mais il ne savait pas comment aborder ça sans que tout le monde finisse mal à l'aise. C'était délicat.

– En fait… Je n'ai pas d'autre chez moi. – Pour le coup, il parlait en articulant parfaitement, et ce sans que ce soit calculé. – Mais je vais très bien ! Je suis content d'être ici. J'étais dans un foyer à Chicago depuis mes dix ans quand l'institut m'a accueilli. Avant, je vivais avec ma mère mais elle m'a eu trop tôt et elle ne savait pas bien gérer, du moins c'est ce qu'on m'a dit. Si je n'étais pas un mutant, au final, je serais sans doute resté là-bas jusqu'à ma majorité, et j'aime pas dire du mal des autres mais ça me fait vraiment des vacances de ne plus partager ma chambre et mes affaires avec d'autres jeunes en difficulté. Mais bon… je suppose que pour toi c'est différent. Tu devais vivre dans un cadre super non ? C'est pas dangereux d'être aussi proche de la jungle ? Vous n'aviez pas peur de vous faire attaquer, avec tous ces insectes et reptiles toxiques et tout ?

Il était plutôt satisfait de l'aisance avec laquelle il avait réussi à retourner sur la situation de Leandra et ses questionnements au sujet de la jungle. Au moins, si ce qu'il avait dévoilé de sa vie un peu minable à la jeune fille était gênant, il lui donnait l'occasion de passer à autre chose et de ne plus s'en inquiéter.


Dernière édition par Casey Nordin le Mer 9 Mar 2016 - 16:49, édité 1 fois

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Leandra Albarez Muñoz le Sam 20 Fév 2016 - 10:01

L’idée du carnet est pas mal. Le problème c’est que j’ vois pas bien c’que j’vais y écrire. Ma vie est pas exactement passionnante alors c’est pas comme si j’avais une tonne de trucs à raconter. Et pour dire que j’ai mangé une pomme, ça sert à rien. L’objectif c’est d’aller vers des phrases de moins en moins basiques à l’écrit. Après j’peux toujours « coucher mes pensées sur le papier » comme adore le faire ma sœur sauf que j’refuse catégoriquement de pondre quoique ce soit qui r’ssemble de près ou de loin à un journal intime. J’suis pas une gonzesse superficielle qu’a besoin d’un bout d’papier pour épancher ses chagrins d’amour, merci bien. Et pour l’reste j’suis assez mal à l’aise avec l’idée de laisser une trace tangible de mes problèmes. J’préfère les garder bien au chaud dans mon esprit, là où personne peut aller les chercher.

Bon, c’est sans compter l’paquet de télépathes qui parcourent les couloirs de l’Institut mais j’suis sûre qu’ils ont des choses mieux à faire que d’fouiller la psyché de la première ado qui croise leur route. Pis au pire j’peux toujours leur casser la gueule pour leur apprendre l’respect d’la vie privée. A moins qu’y soient plus puissants que moi mais alors y s’ront adultes et auront appris tout le speech sur l’éthique de la télépathie et j’devrais pas avoir d’problème avec eux normalement. ‘Fin j’espère. Non parce que vraiment j’aime pas parler d’ma vie mais si faut vraiment l’faire comme là tout d’suite avec Casey, j’aime que l’initiative vienne de moi. Pas qu’un type ou une meuf s’autorise à aller mettre son nez dans mes affaires sans m’demander mon avis. Question d’politesse.


– En fait… Je n'ai pas d'autre chez moi. Mais je vais très bien ! Je suis content d'être ici. J'étais dans un foyer à Chicago depuis mes dix ans quand l'institut m'a accueilli.

Bon et bah voilà ma réponse. D’son côté non plus la famille c’est pas l’tableau idyllique. En même temps j’m’y attendais un peu. Personne n’est aussi désespéré de créer du contact humain avec les gens sans avoir été privé d’affection toute sa putain d’vie. Et en termes d’exagération pour attirer l’attention sur lui, Casey en tient une couche. C’qui s’explique un peu mieux à l’écoute de sa vie avant l’Institut qu’on pourrait aisément résumer en deux mots : « ça craint ». Et puissamment en plus. Parce que l’coup de « ma mère m’a eu trop tôt » on sait tous c’que ça veut dire. En gros, au mieux sa mère en avait rien à faire de lui, au pire elle le maltraitait. Mais vu comment il a pas l’air inquiet en parlant d’elle, j’pencherais plutôt pour la première option. Qu’est déjà pas fameuse. J’en sais quelque chose désormais que ma famille me traite comme une pestiférée.

Quant à son histoire d’foyer j’ai vu suffisamment de telenovelas à la mord-moi l’nœud pour savoir que c’est jamais joli-joli comme coin. Pas forcément la fin du monde non plus mais ce genre d’endroits est toujours en manque d’moyens et résultats les gosses sont plus ou moins laissés à eux-mêmes. Et on sait tous c’que ça veut dire : la loi du plus fort. Or, en termes de force, on peut pas franchement dire que Casey impressionne. Même si, qui sait, avec deux cerveaux et une flexibilité comme la sienne, il a p’têt appris à éviter les coups plus vite qu’les autres. En tous cas, j’espère pour lui.


- Mais bon… je suppose que pour toi c'est différent.

Tout dépend si on parle d’avant ou après Nina. Mais j’suis pas d’humeur pour lui parler d’ça. On a pas élevé les cochons ensemble non plus. J’saute donc sur l’occasion de changer la direction d’la conversation qu’y m’offre en m’parlant d’la vie dans la jungle.

-Le village est pas exactement dans la jungle mais à la lisière. On est à genre trente kilomètres de Quito, faut attendre l’ramassage scolaire pour aller au collège et au lycée. Par contre on a une école sur place.

Je change un instant de position, une prise un peu pointue s’étant fichée dans mon dos pendant que j’m’appuyais contre l’mur.

-Résultat, les gros prédateurs s’approchent jamais. En fait, ils craignent les hommes et n’attaquent que s’ils ont l’impression que tu menaces leur habitat. Sont comme nous quoi. Si un type passe devant chez toi, tu diras rien mais s’il rentre dans ton jardin kalach à la main, bah tu vas pas apprécier et tu risques bien de riposter.

Surtout au paradis des armes à feu…

-Sinon pour les bestioles toxiques, chaque famille a une trousse de secours avec la plupart des anti-poisons. Sans compter les remèdes de grand-mère pour faire face à une morsure de tarentule ou de cobra. Mais c’est pareil, normalement, si tu t’aventures pas bêtement chez eux, les reptiles n’auront pas intérêt à s’en prendre à toi alors qu’ils ont des proies bien plus facile à portée d’main.

Replaçant une mèche derrière mon oreille, j’continue.

-Finalement les trucs le plus dangereux, c’est les putains d’moustique. Ça trimballe toutes sortes de saletés ces conneries. Mon grand-oncle est mort comme ça quand j’avais six ans. Il est revenu un jour avec une piqure au niveau du coude qu’a commencée à s’infecter dès le lendemain. On a tout d’suite appelé l’médecin mais pour quand il est arrivé, il était déjà mort. Attaque fulgurante. Le pire c’est qu’on a jamais vraiment su c’qu’il avait attrapé exactement.

Me rendant compte que j’lui ai peint un portrait bien sombre de chez moi, j’me reprends.

-Mais faut pas croire, une fois que tu sais quels gestes faire et lesquels éviter, c’est juste le paradis sur terre. T’es seul au beau milieu d’la nature avec personne pour t’emmerder. Tu peux grimper, courir, sauter, crier. Bref t’as la paix. Et puis, franchement je vois pas en quoi les bas-fonds de New-York avec leurs gangs, mafias et autres dealers sont moins dangereux que la jungle. Au moins les animaux suivent des règles et, si tu sais comment lire leurs actions, tu peux éviter l’pire, c’qui est pas toujours le cas des humains.

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Casey Nordin le Mer 9 Mar 2016 - 18:03

Leandra écoutait ses explications attentivement mais ne semblait pas avoir envie de le harceler de questions pour savoir à quel point il a été maltraité avant d'arriver à l'institut. En un sens, ça l'arrangeait plutôt. Souvent, quand il commençait à évoquer son enfance, les gens se montraient très curieux, sans doute persuadés qu'en parler lui ferait du bien. Mais, s'il avait effectivement besoin de parler, il n'avait pas de sujet préféré. Ses souvenirs avaient l'air plus sinistres quand il les exprimait à voix haute. Certaines personnes adoraient s'étendre de long en large sur leurs problèmes et c'est une chose qu'il ne comprendrait jamais. Il avait traversé toutes ces années avec abnégation, en faisant son possible pour se convaincre que les choses n'étaient pas si terribles, en minimisant chaque petit drame quotidien à sa façon, et en évitant à tout prix de regarder du côté des privilégiés. Il évoluait juste dans sa bulle de misère, comme ses voisins. Il voulait faire de son mieux dans cette vie là, même si elle était parfois difficile. Seulement, quand il présentait la situation à d'autres, il sentait bien qu'elle n'était pas normale. Il le ressentait de plus en plus cruellement depuis que sa condition s'améliorait et lui permettait de prendre du recul. Alors, au lieu de l'apaiser, revenir sur cette page noire de sa vie lui serrait le cœur, éveillait des blessures qu'il n'avait jamais pris la peine d'observer. Et elles étaient douloureuses ces blessures. Elles arrivaient à rebours, à un moment où il était trop tard pour les analyser, pour les guérir. Elles étaient là, et il n'y avait rien d'autre à faire que les cacher à nouveau. Bien sûr, s'il ne développait rien, Leandra pouvait s'imaginer n'importe quoi. Et, au fond, ce qu'elle pourrait supposer de plus terrible ne serait pas forcément éloigné de la réalité, même si la fiction avait tendance à faire de l'orphelinat un enfer sur Terre. Son passage là-bas n'avait pas ressemblé à un remake de La Petite Princesse, et cependant on ne ne pouvait pas pour autant dire qu'il en gardait de meilleurs souvenirs.

Il était heureux que la jeune fille n'insiste pas pour en savoir plus et réponde à ses questions, car il était vraiment plus intéressé d'en apprendre plus sur le pays mystérieux qui était le sien. Un village à la lisière de la jungle, c'était incroyable ! Il lui semblait que l'univers de la jungle n'appartenait qu'aux films et dessins animés, et là, soudain, il avait la confirmation que des gens plutôt normaux y vivaient bien. Casey acquiesçait doucement à son discours sur les animaux sauvages. En soi, qu'un grand fauve n'aille pas se perdre dans un village était plutôt logique. Et puis il n'y avait pas vraiment d'hiver là-bas. Quand, au Nord, on retrouvait des ours ou des loups dans les villes et villages, c'étaient qu'ils n'avaient plus rien à se mettre sous la dent et allaient fouiller les poubelles ou attraper du bétail domestiqué. Non, le plus inquiétant, c'étaient ces histoires de tarentules et cobra beaucoup moins respectueux de la propriété privée ! Casey ne put retenir une grimace assez horrifiée. Il se demandait comment on pouvait dormir sur ses deux oreilles avec le risque de se faire mordre par une araignées de la taille d'une main ou de se réveiller avec la joue enflée comme une tomate à cause d'une piqûre de moustique, surtout si ça pouvait carrément provoquer votre MORT. Il écarquilla les yeux en entendant l'adolescente raconter que son oncle avait bêtement été tué par une piqûre de moustique. C'était pas comme si c'était un truc rare de se faire piquer par ces bêtes. Ça arrivait presque tous les jours l'été ! Et pour le coup, Leandra l'avait un peu perdu, parce qu'il ne voyait pas comment on pouvait éviter ce genre de choses. Mais elle lui fit aussi considérer les avantages. On avait quand même droit à un paysage beaucoup plus beau que les sales quartiers de Chicago et apparemment, on évitait en contrepartie la délinquance humaine. Ça lui rappela la fois où il avait voulu jouer les héros dans les bas-fonds de New-York. Ça avait vraiment failli mal finir pour lui. Et c'était aussi sans parler du coup de batte qu'on lui avait envoyé dans la tête peu avant son introduction à l'institut. Quand il y réfléchissait, il avait aussi pas mal d'histoires pas très rassurantes sur son milieu social à raconter. Après, il savait aussi que certains humains se débrouillaient très bien dans la jungle urbaine.

– J'pense que ça demande pas exactement les mêmes réflexes de survie, raisonna-t-il. Dans la jungle naturelle, j'imagine qu'on évite pas mal de problèmes avec les bons réflexes mais dans les quartiers dangereux des grandes villes, c'est le caractère qui joue aussi. Certains savent parfaitement comment survivre en participant à toutes les magouilles possibles, et d'autres sont moins doués, ou gèrent à leur façon. Mais quand tu fais profil bas pour avoir la paix, tu peux pas relever la tête sans prendre de gros risques. C'est ce que j'aimerais bien faire un jour ceci dit, pour aider tous ceux qui n'auront pas la chance de devenir plus forts grâce à une mutation. Mais j'aimerais bien voir la jungle un jour aussi. Peut-être qu'on aura une mission là-bas, il paraît que les x-men voyagent à travers le monde ! Tu voudras y retourner quand tu auras terminé ta formation ?

C'était pas forcément une question à poser mais ça lui avait échappé. Il ne savait pas vraiment ce qu'elle avait laissé là-bas. De son côté, il ne pensait pas avoir un jour la nostalgie de sa vie natale. New-York, c'était pas mal aussi. Peut-être qu'ailleurs serait mieux. Il n'en savait rien, ce qui comptait dans l'immédiat était juste d'être entouré de personnes bien et se sentir en sécurité dans une bonne communauté. Il se redressa d'un bon, en sentant qu'il allait peut-être falloir penser à descendre. Cette discussion était sympathique, mais leur situation plutôt inconfortable à la longue.


Dernière édition par Casey Nordin le Lun 25 Avr 2016 - 17:09, édité 1 fois

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Leandra Albarez Muñoz le Ven 18 Mar 2016 - 9:29

J’comprends un peu mieux la métaphore avec ses explications. En gros, en ville aussi, y’a les prédateurs et les proies. Et si t’as pas les bons instincts, t’es vite fini. Ça fait sens. Dans l’fond, l’homme n’est qu’un animal de plus. Qui aime beaucoup se sentir supérieur aux autres, ça pour sûr, mais qui l’est pas forcément. J’imagine d’ailleurs très bien Casey en bas de l’échelle alimentaire dans les mauvais quartiers de chez lui. J’arrive pourtant pas à en éprouver d’la pitié. Ni même d’la compassion. Pour moi c’est normal qu’il y ait des forts et des faibles. Il faut un ordre des choses et celui de la nature est pas l’égalité entre tous. Le problème c’est de savoir ce qu’on considère comme de la force ou d’la faiblesse. Parce qu’un gros lourd plein de muscles mais sans l’moindre neurone, j’appelle ça un poids mort. Une proie plus intelligente qu’un prédateur est par définition plus forte que lui puisqu’elle réussit à survivre. Je ne juge donc pas les gens qui avancent dans la vie sans se faire remarquer. A quoi bon jouer les grandes gueules si c’est pour se faire descendre ? Papa dit toujours qu’il faut savoir choisir ses batailles.

Par contre, imaginer Casey en X-Man est un peu plus difficile. Ch’ais pas, j’suis sceptique. Il est plein d’bonnes intentions, j’en doute pas une seconde mais j’ai franchement du mal à m’le représenter en superhéros défenseur de la veuve et de l’orphelin. Pourtant il en a les capacités physiques mais c’est son état d’esprit qui m’pose plus problème. Il a une sorte de naïveté indéfectible qui m’inquiète. J’peux pas dire qu’il a jamais connu la misère et va se prendre la claque de sa vie s’il rentre chez les X-Gardiens parce que c’est pas vrai mais ça n’empêche pas qu’il voit un peu le monde à travers des lunettes rose bonbon et ça finit jamais bien ce genre d’histoires. Pour vraiment aider les gens, faut savoir à quoi on s’confronte. Parce qu’on change rien avec de belles paroles, faut être prêt à s’battre pour ses idéaux. Chose que j’suis d’ailleurs pas certaine d’vouloir faire. Pourquoi ? Tout bêtement parce qu’y faudrait déjà que j’me trouve des idéaux au sens plein du terme. Enfin, j’respecte les rêves de Casey. Et puis qui sait p’têt bien que j’le sous-estime ?


-Tu voudras y retourner quand tu auras terminé ta formation ?

La question m’prend au dépourvu et une douleur aigue me traverse le cœur alors qu’une image de ma famille s’impose dans mon esprit. Revenir ? A quoi bon, alors que j’suis plus la bienvenue ? Sauf que j’suis pas plus à ma place parmi les X-Men. Refusant d’me laisser envahir par la tristesse et la colère, j’me donc redresse brutalement et lâche un laconique « Mal aux bras, faut qu’je bouge » avant d’abandonner Casey sans plus d’explications. Me plongeant dans l’escalade, j’me jette à corps perdu dans la montée, prenant des risques inconsidérés, m’lançant dans l’vide pour que l’adrénaline qui irrigue mes sens ne laisse la place à aucune autre émotion. Sauf que c’est pas ma première tentative d’escalade à mains nues pour rien et, à force de jouer les acrobates, j’rate un atterrissage et la prise me glisse entre les mains. J’me sens tomber dans l’vide et suis presque sûr que le cri que j’entends est le mien. Heureusement les instincts de Nina prennent le dessus et j’réussis à m’raccrocher tant bien que mal au surplomb duquel j’ai fui y’a à peine quelques minutes.

Laissant à mon cœur le temps de retrouver un rythme adéquat, je m’accroche de toutes mes forces à la paroi, paniquée à l’idée de tomber à nouveau. La prudence voudrait que j’entame une désescalade dès que j’me s’rais calmée – j’suis plus d’humour à poursuivre l’exercice – mais l’idée même de lâcher prise me tétanise. Et le pire dans l’histoire c’est que j’ai atterri exactement à côté de Casey qui n’a toujours pas bougé depuis mon départ précipité. Bonjour la honte ! J’sais pas quoi dire. A vrai dire j’ai qu’une envie c’est d’me tirer au plus vite, d’oublier toute cette rencontre et d’éviter le blond à jamais. Mais je sais parfaitement que c’est impossible. Alors, je reste agrippée à la falaise, dans un silence inconfortable, priant pour qu’il comprenne que j’voudrais qu’il me laisse tranquille mais n’ayant pas la force de l’envoyer bouler. Pourtant c’est bien mon genre, reporter mes erreurs sur quelqu’un d’autre. Sauf que là non. Eviter l’problème – en l’occurrence Casey – ouais, mais être volontairement méchante avec un type aussi inoffensif qu’un papillon non. J’suis pas une connasse – du moins j’essaye de pas l’être – et c’est pas d’sa faute si mes relations avec ma famille sont pouraves. C’est d’la faute de Nina et d’la mienne mais j’ai pas l’courage d’faire face aux conséquences d’mes actes. Un peu comme maintenant quoi. Bref, j’suis pathétique et j’l’assume… Ou pas.

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Casey Nordin le Lun 25 Avr 2016 - 18:05

Il fallait vraiment qu'il s'impose une règle, celle d'arrêter toute conversation au bout de dix minutes quand tout se passait bien. Dès qu'il arrivait à nouer un début d'amitié, tout volait en éclat à cause d'une maladresse involontaire. Casey ne comprenait pourtant pas comment il faisait pour tout gâcher à chaque fois. Il voulait découvrir les gens, mais finissait par leur faire de la peine ou les énerver. Et ça le rendait triste. Il n'arrivait pas à identifier la source du problème, et même si il en avait une petite idée, il ne saisissait pas très bien en quoi c'était un problème. Au fond, il restait intimement convaincu que les gens étaient plus fous que lui. Déjà, il ne voyait pas en quoi demander à Leandra si elle souhaitait retourner chez elle était affreusement mal placé. Sa mutation l'avait arrachée à sa famille, elle lui avait plutôt dit du bien de son village, et, à l'inverse, du mal de New York. Il était donc assez logique qu'il se demande si la perspective de rentrer chez elle était une motivation dans son entraînement. Alors oui, si on lui avait posé la même question, il n'aurait pas forcément apprécié. Mais il aurait été idiot de lui demander s'il voulait retourner à Chicago après tout le mal qu'il en disait. C'était très différent. Et même si la personne avait été assez stupide pour croire qu'il avait encore la nostalgie de sa ville d'origine, il ne se serait pas mis à sauter comme un fou sur la falaise, au point de mettre sa vie en danger. Casey était effaré. Leandra prenait des risques inconsidérés à cause de lui. Il ne savait vraiment pas quoi faire sans risquer d'aggraver les choses alors il resta là, impuissant, en se demandant de quelle manière il allait bien pouvoir s'en sortir si la jeune fille tombait et se blessait. Ça aurait tout l'air d'un accident à cause de lui. Ça serait un accident à cause de lui, parce que Leandra avait été assez méchante pour réagir de manière disproportionnée, et se moquer des conséquences. Il n'osait pas penser qu'elle cherchait à lui nuire, mais il ne pouvait chasser totalement cette impression. Quand elle perdit l'équilibre et se rattrapa de justesse en retombant à côté de lui, ses cœurs ratèrent quelques battements.

C'était gênant. Elle ne disait rien, semblait à la fois hostile et effrayée. Et il ne savait pas quoi dire. Il aurait presque voulu se mettre en colère, lui reprocher ce comportement inconsidéré et totalement illogique. Mais il n'arrivait pas à être en colère, même s'il sentait que c'était la bonne chose à faire. La bulle montait pour s'évaporer en déception et tristesse au lieu de commencer à bouillonner. Alors, il la regarda juste bêtement un moment. Il savait d'avance que rien de ce qu'il pourrait dire n'arrangerait la situation. C'était toujours ainsi. Quand la personne se fermait, elle ne l'écoutait plus, il s'enlisait et pourtant, il se sentait toujours obligé de le faire, de dire des mots vains qui, même s'ils risquaient d'accentuer le mépris de l'autre, calmaient au moins son malaise. Que pouvait-il faire d'autre ? Hausser les épaules et la laisser là ? S'il était capable d'exprimer la contrariété qui tordait ses pensées oui, mais il n'y arrivait pas. Il avait bien trop peur de prendre la responsabilité du rejet, ou de se faire rejeter encore plus violemment ensuite. Ce n'était pas parce que les autres se montraient cruels qu'il devait leur donner le plaisir de le prétendre aussi mesquin qu'eux. Et, puisque les relations humaines tournaient toujours à son désavantage, il semblait logique qu'une réaction comme celle de Leandra lui causerait encore plus de problèmes qu'un bête acharnement dans la gentillesse. On ne tombait jamais avec autant de violence sur une personne aimable en toute circonstances que sur un « gentil » qui essayait soudain de piquer, et devenait injustement la pire enflure du monde. Désespérément naïf ? Idéaliste ? Inconscient ? Peut-être. Ou, peut-être qu'il connaissait juste sa place et ne voyait pas l'intérêt d'en changer.

– On en a déjà fait pas mal, je pense qu'il vaut mieux descendre. Tu ne t'es pas fait mal au moins ? Je suis désolé si je t'ai perturbée dans ton entraînement, je ne pensais pas que ma question allait te blesser, sinon je ne l'aurais jamais posée. Après, c'est vrai que si on m'avait demandé ça, ma réponse aurait été non, mais je pensais que c'était peut-être différent alors c'est sorti comme ça. Tu as besoin d'aide ?

Il posait la question sans pour autant s'approcher de la jeune fille, parce qu'il sentait toujours un froid entre eux et n'était pas exactement convaincu qu'elle réagirait positivement à une approche. En fait, il se sentait un peu cruel, parce qu'il n'avait, au fond, pas envie de lui apporter son aide, sauf si elle le lui demandait finalement, vu qu'elle ferait un pas vers lui et une réconciliation possible. Mais, dans l'immédiat, il ne pensait plus exactement ce qu'il disait, même ses excuses n'étaient pas tout à fait sincères, et ça le dérangeait. Il se trouvait un peu hypocrite, mais il n'avait pas le choix. Sinon, ce serait pire, il en était sûr. Avec la part animale de Leandra, on n'était sans doute jamais sûr de rien. Il avait peut-être réveillé sans le vouloir quelque chose qui le dépassait. C'était une possibilité inquiétante mais elle le rassurait presque. S'il ne s'agissait que du jaguar, alors il pouvait espérer qu'une fois calmée, sa camarade serait à nouveau prête à accepter son amitié.

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Leandra Albarez Muñoz le Jeu 28 Avr 2016 - 7:15

J’ai honte. Affreusement honte. J’me sens ridicule et par-dessus le marché, l’idée d’bouger un doigt et risquer à nouveau de tomber m’paralyse sur place. Et, comme chaque fois que mes émotions sont chamboulées, j’sens Nina qui s’agite sous ma caboche, désirant prendre le relais et régler la question à sa manière. Mais il en est hors de question. J’ai déjà assez déconné pour un jour, pas moyen que j’continue sur cette voie. J’veux déjà pas imaginer l’engueulade qui m’attend si Logan découvre ma stupidité. Alors, j’reste accrochée au mur comme à une bouée de sauvetage, percevant sans difficulté le malaise que j’ai instauré à cause de mes conneries. Parce qu’y faut pas être diplômée d’Harvard pour s’rendre compte que Casey est aussi dérangé par mon attitude que moi. Ses paroles sonnent faux, comme si lui aussi ne rêvait que d’se tirer en courant, loin d’la tarée de service. D’un côté, il déclare qu’il voulait pas m’perturber alors qu’on sait parfaitement tous les deux que c’est pas d’sa faute si j’suis comme un animal effrayé à l’idée même d’se confronter à ses émotions. De l’autre, il enfonce le couteau dans la plaie en expliquant que j’aurais juste pu répondre non comme une personne normale. Dommage pour lui, j’suis à peu près tout en c’bas monde SAUF normale.

Un instant j’me demande si, à condition que j’bouge pas et que j’me taise un bout d’temps, y va pas finir par s’fatiguer et se casser seul. Sauf que, pour une raison étrange, j’ai pas envie d’baisser encore dans son estime. C’est pas comme si l’avis d’un blond à trois cœurs et deux cerveaux m’importait vraiment mais l’idée que la seule personne d’mon âge qui m’a pas immédiatement classée comme weirdo à éviter me quitte sur une mauvaise impression me dérange. Alors, j’décide de profiter de sa main tendue, même si elle me semble désormais bien hésitante, au moins pour la partie redescente. Parce qu’il est clair comme d’l’eau roche que j’vais pas toucher le sol toute seule dans mon état actuel.


-J’veux bien merci. J’ai les bras un peu mous.

C’qui est pas complètement faux mais ça a bien plus à voir avec les relents de panique qui courent encore dans mes veines qu’avec une quelconque fatigue.

-Peut-être que si tu passes d’vant, si j’me contente de suivre tes mouvements, j’me fatiguerai moins.

Le « j’ai assez joué à la crétine » reste sous-entendu mais j’suis sûre qu’il l’aura compris. Et puis, sans vraiment que j’en sois consciente je rajoute.

-J’suis plus vraiment la bienvenue chez moi et j’l’ai pas complètement digéré. Faut croire que crise d’adolescence et instincts animaux font pas bon ménage.

Le ton est sarcastique parce que c’est mon seul moyen de défense quand j’me dévoile, comme si en me moquant de moi-même la première, j’laissais pas à l’autre l’occasion de le faire. Pourtant je sais pas vraiment ce qui m’a pris de m’expliquer, ça m’ressemble pas. J’ai jamais considéré devoir quoique ce soit à qui que ce soit mais faut croire qu’ya que’que chose chez Casey qui me pousse à être honnête. Comme si, pour toutes les critiques que j’fais d’lui, j’pouvais pas m’empêcher de pas vouloir être la première personne qu’il méprise vraiment. Bon et puis, je doute que la descente soit particulièrement rapide vu mon état actuel donc autant limiter le silence inconfortable. J’aurais toute l’occasion d’me casser comme une malpropre et d’l’éviter pour le restant d’mon séjour à l’Institut une fois qu’on aura atteint la Terre Ferme de nouveau.


Dernière édition par Leandra Albarez Muñoz le Mer 25 Mai 2016 - 11:02, édité 1 fois

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Casey Nordin le Mar 10 Mai 2016 - 19:58

Casey était préparé à se faire proprement rabrouer. Il en avait l'habitude. D'abord, on essayait de le fuir, puis on s'agaçait qu'il s'évertue à être prévenant malgré tout. Mais il n'arrivait pas à détester les gens, il ne voyait pas l'intérêt de le faire, la liste serait beaucoup trop longue s'il commençait. Même si Leandra ne semblait pas ravie d'accepter son aide, au moins, elle le faisait, et cette petite amélioration le surpris. Il ne se précipita pas avec son enthousiasme habituel, prit vraiment le temps d'assimiler la réponse, comme s'il redoutait une tromperie, avant d'hocher la tête et d'approcher. Il gardait de la méfiance puisque, après tout, la jeune fille était assez mal pour chercher à obtenir les secours de n'importe qui. Au moins, il pourrait faire ce qu'il avait à faire, montrer sa bonne volonté à ne pas les brouiller bêtement, sur une non-dispute. Malgré tout ce qu'il laissait paraître, Casey avait conscience de ne pas être l'étudiant le plus intégré de l'institut, il ne l'avait jamais été nulle part, mais il préférait faire comme si il ne voyait rien, comme ça, les autres finiraient peut-être pas ne pas l'observer non plus. En tout cas, il essayait d'y croire. Pour une fois, il voulait raconter qu'il avait rencontré une élève de son âge et qu'ils s'étaient bien entendus. Il était près à maquiller un peu la réalité s'il le fallait, pourvu qu'elle ne soit pas trop catastrophique. Alors, plutôt que risquer un conflit, il n'utilisa pas la parole pour autre chose qu'indiquer les bonnes prises à sa camarade au fur et à mesure qu'ils descendaient. C'était assez inconfortable. C'est sans doute ce qui poussa finalement Leandra à poursuivre la conversation si brutalement interrompue. Bien sûr, ce n'était plus la même chose.

Évidemment, il avait soulevé un point très sensible. L'adolescente avait probablement connu une vie paisible, qu'elle n'aurait changée pour rien au monde avant sa mutation. Puis, la révélation de sa moitié jaguar avait changé bien des choses. Il imaginait sans mal qu'une famille puisse être mal à l'aise avec cette nouveauté, au point de ne plus reconnaître leur fille et la rejeter. Il n'allait pas jusqu'à supposer un drame particulier lié à une perte de contrôle, mais pouvait l'entrevoir. Après tout, Leandra l'avait averti des risques. Si elle connaissait les risques, elle avait probablement déjà causé des dégâts. Elle n'était pas à l'institut au même titre que lui, le rejeté sans famille ni abri. Elle devait apprendre à se maîtriser pour de bon. Avoir deux cerveaux qu'on ne pouvait pas gérer était un handicap dans le quotidien, mais en aucun cas un danger pour les autres. Mais le fait d'être rejeté par les siens, il connaissait. Il n'avait jamais été le bienvenu chez lui tout court. C'était même une situation normale, pas facile, mais pas si terrible quand on ne connaissait rien d'autre. Le plus difficile avait été la véritable séparation avec sa mère, et le constat qu'elle ne l'aimait pas assez pour chercher à récupérer sa garde. Comment pouvait-il en vouloir à d'autres personnes quand il refusait déjà de la haïr ? Il était passé par des étapes beaucoup plus graves que la jeune fille avant de retrouver une vraie volonté de vivre. Et il aurait pu lui raconter tout ça mais ce n'était pas le moment. Il répondit plus lentement que d'habitude, avec le souci visible de ne pas allumer un incendie sans le vouloir.

– Je suis désolé, je ne voulais vraiment pas te forcer à parler de choses qui te font du mal. Et… je comprends. Je ne dis pas ça juste pour te faire plaisir, je sais que c'est dur et qu'il faut du temps. Vraiment. Je ne veux plus t'ennuyer avec ça. Mais…

Il se laissa tomber à terre à un mètre du sol et attendit que Leandra le rejoigne pour continuer.

– Je ne suis peut-être pas toujours très observateur et je ne pense pas à tout mais, tu as l'air de quelqu'un de fort. Quoiqu'il y ait pu t'arriver, c'est sûr que tu as beaucoup de volonté. Et ça fait presque oublier que tu es plus nouvelle que moi.

Il essayait moitié de se justifier, moitié de lui dire que, de son point de vue, elle était quelqu'un de cool qui avait sa place ici. Son sourire était sincère, plus par envie d'être gentil que tentative désespérée de rattraper le coup. Mais s'il ne rattrapait pas le coup quand même, tant pis. C'était toujours difficile d'avoir les bons mots envers une personne contrariée par de mauvais souvenirs un peu trop frais. Casey faisait vraiment un effort de projection. Il savait que les « ça va s'arranger » étaient perçus comme inutiles, les « je suis passé par là mais je m'en suis sorti » pouvaient faire ricaner et les compliments du type « tu es quelqu'un de super, ça se voit tout de suite » semblaient artificiels. Dire à la personne qu'elle donnait l'impression de s'en sortir était la chose la plus encourageante possible et la plus vraie, ça forçait à le prouver.


Dernière édition par Casey Nordin le Dim 10 Juil 2016 - 15:13, édité 1 fois

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Re: Un spectacle unique en son genre [Leandra]

Message  Leandra Albarez Muñoz le Mer 25 Mai 2016 - 11:03

M’voilà en train d’êt’ réconfortée par un gnome blond prompt à la diarrhée verbale. En d’autres circonstances, j’aurais l’impression d’êt’ tombée bien bas mais pas aujourd’hui. Les paroles d’Casey, si elles n’me remontent pas forcément le moral, m’irritent pas pour autant. Et surtout elles m’ramènent sur terre, m’obligeant à m’reconcentrer sur la réalité plutôt que sur les battements affolés d’mon cœur qu’a toujours pas digéré la chute d’tà l’heure. Et rien qu’pour ça, j’pourrais presque l’embrasser. J’ai dit presque.

En attendant, j’apprécie son discours. Parce que, pour une fois, sa gêne est pas de celles qui m’mettent mal à l’aise quand j’sens que les gens se sentent obligés d’avoir pitié d’moi sans rien comprendre à ma situation. Non, dans l’cas présent, il a l’air d’plutôt bien comprendre d’quoi il retourne et c’est pour ça qu’il a du mal à trouver les bons mots. Tout simplement parce qu’y’en a pas et qu’il le sait. Rien de c’que lui ou qui que c’soit d’autre pourra m’dire ne f’ra disparaître les cicatrices sur l’visage d’Ana mais, au moins, Casey évite les clichés sans intérêt. Et puis, encore plus que ses paroles, c’est son odeur qui m’conforte. Parce que les phéromones qu’il dégage sont ceux de quelqu’un qui en a vu d’autres et s’en est sorti. Pas forcément en un seul morceau et très certainement pas sain d’esprit – dois-je rappeler à qui qu’ce soit que, quand j’suis arrivée, y cherchait à faire du yoyo sur un skateboard ? – mais il s’en est sorti. Et si lui l’a fait, pourquoi pas moi ?

Sauf que, bien entendu, j’suis pas prête à admettre tout ça à voix haute. A vrai dire, j’suis à peu près certaine d’avoir largement dépassé mon quota émotionnel pour la journée donc faut que j’arrête là l’massacre avant d’m’épuiser totalement ou pire de dire ou faire que’que chose que j’regretterais longtemps. J’ai déjà failli m’casser l’coup pour éviter une conversation dérangeante alors autant éviter l’danger plus longtemps. Et oui, en ce moment, Casey EST le danger. Pourquoi ? Parce qu’il a réussi par deux fois à m’faire me sentir quasiment à l’aise à ses côtés et que j’suis pas prête à accepter c’que ça implique pour nous deux ou plus simplement ce que ça veut dire sur moi. Pas maintenant. Peut-être même jamais mais j’ai pas vraiment le concept de jamais – j’ai quatorze, bientôt quinze ans, pas soixante – alors qui sait ?

Quoiqu’il en soit, il est temps d’mettre un point final à cette séance d’escalade improvisée. Alors, quand j’touche l’sol à mon tour, j’me tourne vers lui et lui tends la main en déclarant :


-T’as pas à t’excuser, on a tous les deux merdé d’not’ côté. L’essentiel c’est qu’on est en un seul morceau.

Puis, j’rajoute comme une arrière-pensée.

-Encore heureux d’ailleurs sinon Logan m’aurait fait la peau.

Un frisson m’parcourt le dos à l’idée et j’sens Nina qui tremble comme une feuille et s’allonge en position soumise dans mon esprit comme pour tenter d’apaiser en avance celui qu’elle a déclaré comme son alpha. Alors, pour me défaire de cette sensation désagréable et comme Casey a pas l’air de réagir à ma main tendue, j’m’empare directement d’la sienne et la serre un instant avant de quitter les lieux. Non sans lui adresser la parole une dernière fois.

-T’es fort aussi, laisse personne te dire l’contraire.

Oh putain, fallait vraiment que j’finisse sur une phrase directement sortie d’une telenovela ? J’accuse l’influence d’Abuela. Bref, heureusement que j’le recroiserais pas d’si vite parce qu’il va m’falloir l’temps de m’remettre de la honte provoquée par cette fichue phrase !

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