Vers de nouveaux horizons [Theo]

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Message  Yitzhak Anavim le Lun 23 Sep 2019 - 17:03

Cher journal, aujourd'hui, j'ai libéré deux types de prison. Pour le premier, c'était prévu. Et le deuxième s'est ajouté. Maintenant, je l'ai lâché dans New-York et j'ai pas la moindre idée des dégâts qu'il pourrait y causer. Pas mal comme entrée non ? Ce Neil Rasmussen a refusé toutes les aides de Genosha. Rien n'était assez bien pour cet espèce de snobe. Comme si je proposais des plans d'évasion à la carte. On s'enfuie illégalement sans causer de morts parmi le personnel ? Mais oui. On file à Genosha. Hors de question, parce que monsieur estimait que ce n'était pas suffisamment dans ses valeurs. Donc, comme sa mauvaise humeur me tapait sur les nerfs, j'ai débarqué face de blasé à New-York mais j'ai quand même trouvé le moyen de me sentir gêné pour lui. Râler, c'était sûr qu'il savait le faire. Anticiper, réfléchir, j'en étais pas tout à fait convaincu. Déjà, l'histoire du pourquoi du comment il s'était retrouvé enfermé sous haute surveillance était juste absurde, sauf plusieurs neurones en moins, ensuite, je ne comprenais pas de quelle manière il comptait s'en tirer sans argent, sans contacts, sans rien tout en étant en cavale. Mais, pour une question de fierté débile, il préférait encore me cracher dans la main que je lui tendais malgré tout. C'était une image hein. Il m'a pas vraiment craché dedans. C'était pas un sauvage à ce point, même si on pouvait en douter. Je me demandait à quoi ça pouvait bien l'avancer de jouer au con quand il avait toutes les chances de finir clochard ou de se faire choper à nouveau et qu'il faudrait, évidemment, que je revienne le tirer d'affaire en lui rappelant que je lui avais bien dit de suivre mes recommandations dès le départ. Non parce que si je l'ai sorti de prison, c'est pas pour qu'il y retourne dans la semaine. Je déteste mener des actions pour rien. Je l'ai sauvé, donc il s'en sortira, qu'il le veuille ou non. C'est pas une question de générosité, rêvez pas. C'est juste que rien de ce que je fais ne devrais être un échec, soyons bien d'accords là-dessus. Et puis, beaucoup trop de gens sont morts dans cette histoire. Neil m'en veut de l'avoir « poussé » à tous les massacrer (autant en vouloir à quelqu'un d'avoir mis de l'essence dans votre bécane) mais j'espère qu'il a bien conscience, maintenant, que ces gens seront vraiment morts pour rien s'il n'y met pas du sien pour refaire sa vie dehors. Au moins, il a accepté de prendre la clé usb que je lui ai donné pour se trouver des contacts. Il l'a fait de mauvaise grâce, mais ça prouve qu'il se laisse des solutions de secours.

Je suis pas certain que Theo s'attendait à ce genre de retrouvailles. J'imagine qu'il s'entendait assez bien avec ce type pour tenir à le faire sortir, mais bonjour la reconnaissance. C'est tout juste s'il lui a adressé la parole pendant les trois heures de vol ensemble. J'ai pas osé m'en mêler. C'était pas mes histoires pour le coup. Et, je veux bien aussi admettre que passer deux ans en isolement, ça doit peser lourd sur le moral. En tout cas, j'espère que Theo l'a pris comme ça. Non parce que, si j'essaye de me mettre à sa place deux secondes, ça me ferait mal de me faire à peine calculer par un ami que je viens de tirer de galère. Sauf qu'à sa place, je l'aurais claqué jusqu'à ce qu'il me parle, traumatisme ou pas. Mais je n'ai pas la moindre idée de ce qu'a pu être leur relation. Ce mec nous a peut-être montré son comportement habituel, et peut-être qu'il arrive à être attachant tout en se comportant comme un connard une fois qu'on le connaît bien. En même temps, il avait pas l'air si perturbé que ça parce qu'il s'est montré amusé par mes remarques désinvoltes, et a même contribué à les encourager. Bref, tout ça pour dire que je comprends pas tout. Quand l'avion à hauteur de vol et destination programmée, je demande quand même par curiosité :

– Dis donc, il était comme ça avant de se faire enfermer ton pote ? – Puis j'ajoute : – T'inquiète, j'ai de quoi le suivre à la trace. S'il a des problèmes, je m'en occuperai.

Oui, j'ai laissé un tracker pour le suivre jusqu'à être sûr qu'il soit en sécurité quelque part. Je ne sais pas si c'est très rassurant et si ça mérite un « t'inquiète », réflexion faite, mais que vouliez-vous faire d'autre ? Juste le laisser partir dans l'inconnu et s'en foutre ? Et puis, malgré tout ce que je dis, je ne donne pas tout à fait tort à sa colère. J'ai déclenché, comme il l'a dit, quelque chose qu'il ne maîtrisait pas. Les personnes qui se sont faites éclater, c'était une chose. Mais ça aurait pu être pire. On l'a tous compris. Pas sûr que j'aurais pu canaliser son pouvoir, on a eu de la chance qu'il s'évanouisse à la sortie parce que s'il n'avait plus de punching ball tout désigné, j'avais pas très envie qu'on le devienne. Même si je l'aurais pas laissé faire. Theo me donne pas l'impression d'être spécialement mal à l'aise. Il a l'air du genre à savoir s'adapter, ce qui ne veut pas dire que ça ne correspond pas à une simple façade. C'est juste un petit gars qui a pas eu de chance à la base. Qu'il ne soit pas retourné par tout ce qu'il vient de se passer n'est pas logique. Je préfère donc lui parler avec transparence. Je suis censé le guider à Genosha et, je l'espère, lui donner envie de rejoindre la Confrérie, donc ce serait pas bon de passer pour un fou furieux inconscient.

– Mais maintenant qu'il n'est plus là, je tiens quand même à te dire que je suis désolé pour tout à l'heure. Je vais pas prétendre qu'on aurait pu éviter des morts et forcer la zone super sécurisée allait forcément alourdir le bilan. Bon… On en a pas parlé, mais je suppose que t'étais d'accord sur le principe quand tu m'as demandé de faire un détour…
Et voilà, qu'est ce que je raconte ? J'étais pas partie dans l'idée de lui rejeter la faute dessus, je sais même pas pourquoi je viens de faire cette précision débile.
– J'aurais pu vous couvrir tous les deux, mais quand j'ai vu toutes les précautions placées autour de ton pote, je sais pas… J'ai voulu voir ce qui leur faisait aussi peur.
Était-ce une justification intelligente ? Sur une échelle de 1 à 10 on est sans doute sous les – 50. Mais c'est la vraie raison. De toute façon, j'en ai pas de meilleure à donner. C'est grillé que j'ai agi sur un coup de tête. Et je disais quoi juste avant ? Que je voulais éviter de passer pour quelqu'un d'inconscient ? Sérieux, pourquoi je parle en fait ?
– Après, j'ai vraiment pensé qu'on avait plus qu'à prier pour qu'il s'en prenne pas à nous ou détruise à peu près toute la prison et ses alentours. Je sais que t'étais pas rassuré non plus, et que t'aurais jamais dû assister à ça. Enfin, t'as pas dû voir grand-chose du genre dans ta vie, moi ça va, j'ai l'habitude mais le but c'était pas de te donner des cauchemars. Je te promets qu'à Genosha tu pourras recommencer une vie tranquille et oublier ça.

Dès que j'essaye d'avoir ce qu'on pourrait appeler un discours franc et honnête, je me perds. J'arrive plus à trier, entre les informations à donner honnêtement et celles qu'il faudrait mieux taire tout de même. Alors je m'embrouille, je parle trop pour essayer de noyer une maladresse, ce qui provoque souvent d'autres maladresses. Au final, ça donne pas grand-chose, mais j'essaye de faire une conclusion sympa avec un sourire en mode « c'est l'intention qui compte ».

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Message  Theodore Wu le Mer 25 Sep 2019 - 10:53

Je suis dans l'avion, couvert de sang, ce qui reste de la taie d'oreiller entre les mains. Grosse journée. Les événements sont à la fois flous et d'une clarté assommante. Je me sens comme à côté de ma conscience, si loin de toute la violence de notre fuite. Dois-je me distancer de ce que nous avons fait? Dois-je me laisser submerger par la culpabilité? Par la colère? Aucune réaction modérée ne me semble juste.

Je n'ai pas envisagé de sauver les gens de mon gang de la prison. Ce ne sont pas des amis. Ça peut sembler cruel comme conclusion à presque deux ans à partager les surins et les profits sur différents trafics, mais ces gens ne valent rien pour moi. Aucun ne m'a touché ou impressionné au fil des mois. Tous concentrés à jouer au plus fort, ils ont prouvé à répétition leur faiblesse et leur manque d'ambition. M'étais-je allié au plus triste gang de l'endroit? Il avait tenu ses promesses: on ne m'avait plus trop embêté une fois que j'en avais officiellement fait partie. Je n'avais pas besoin de plus que d'une protection contre les violences faites aux prisonniers solitaires. Des amis auraient risqué de compliquer ma situation. J'avais dès le début considéré mes chances d'évasion plus élevées si je ne comptais que sur moi-même.

Neil, c'est différent. Je n'ai pas beaucoup d'amis - encore moins depuis mon incarcération -, et ceux que j'ai comptent. Je n'aurais pas été en paix avec moi-même en le laissant crever d'ennui en prison en ayant la possibilité de l'en sortir. Si le confrériste ne m'avait pas laissé le choix, je n'aurais pas risqué ma propre évasion pour le sauver, mais je serais revenu plus tard avec un bon plan.

Je desserre mes doigts autour de la taie. Je me force à détendre mes muscles. Je ne vais pas jouer les traumatisés, surtout pas devant Neil et un terroriste. Je me concentre sur ma liberté nouvelle… sauf si la Confrérie m'a sorti de là pour m'envoyer vers pire. Avec toute la mauvaise publicité qu'on leur fait, ces gens ne peuvent pas être que de malheureux incompris. Organiser un sauvetage de ce genre ne se fait pas par grandeur d'âme: ils ont nécessairement des projets pour moi. Des projets que je ne pourrai pas refuser. C'est leur soutien ou le retour en prison sous de nouvelles conditions beaucoup moins drôles que celles des deux dernières années.

Neil et Yitzhak discutent. J'ai envie de les écouter, mais je n'arrive pas à me concentrer sur ce qu'ils disent parce que j'ai aussi envie de me jeter en bas de l'avion. Pour fuir ou pour me tuer; c'est encore la confusion dans ma tête. Mon attention se fige sur eux quand Neil se met en colère. Je ne bouge pas, mais je me tends, prêt à intervenir s'il se transforme de nouveau en monstre. Je ne tiens pas à une nouvelle scène de meurtre. Ce sera peut-être ma chance, justement, de me lancer par une porte de secours. Si mon ami a survécu à une balle tirée à bout portant, un petit saut en tandem ne lui fera pas trop mal.

Je ne me mêle pas de la brève dispute. Neil n'a pas tort de s'énerver, mais je ne vais pas l'encourager à perdre le contrôle. Et je préfère observer comment se débrouille notre sauveur. Chacune de ses réactions prouve son impression de contrôle sur la situation. Il ne craint pas Neil, même après l'avoir vu en action. Il doit avoir des capacités impressionnantes pour dégager une telle confiance. Ou il est complètement fou.

Les remerciements de Neil me gênent. Je ne suis pas certain de lui avoir offert une attention si sympa, vu les résultats. Je lui souris quand même.

-Je l'ai fait que pour ton talent musical, t'imagines rien de plus, dis-je avec bonne humeur.

L'impulsion de me jeter dans le vide n'est toujours pas partie. Je me tais malgré l'envie de continuer à dire des conneries. Ça ne sert à rien si je n'arrive pas à croire un minimum à ma désinvolture, et je sais que je ne pourrai pas la feindre longtemps dans ces conditions.

Le départ de Neil me déprime et m'inquiète, mais je lui offre des encouragements enthousiastes. Je comprends sa méfiance envers la Confrérie, même si sa décision de se débrouiller seul est risquée. J'envisage de proposer de l'accompagner, pour tester la réaction du confrériste à l'idée de me perdre avant de m'avoir livré, mais Neil risque de rejeter l'idée trop vite pour que j'aie le temps d'observer quoi que ce soit. Il est assez intelligent pour savoir que partir ensemble double le danger de retourner en prison.

Yitzhak me questionne sur le comportement de Neil. Sa curiosité m'énerve. Il ajoute vite qu'il va le suivre en secret.

-Je pensais qu'il t'avait dit qu'il préférait se débrouiller tout seul.

Je réalise qu'il essayait probablement de me rassurer sur le destin de mon ami. Il ne veut pas que je m'inquiète. Il est bizarre, mais il a peut-être de bonnes intentions. Je fais l'effort de me radoucir.

- Ça ne peut pas nuire, j'imagine.

Je ne sais pas ce qu'on attend de moi. L'incertitude me fait paniquer. Je n'ose pas questionner Yitzhak à la fois par prudence et parce que si la Confrérie m'a libéré pour me manipuler, il ne me le dira pas. Je préfère tout de même la peur et le doute à l'ennui écrasant de la prison.

J'accuse en silence le coup des reproches, mais je ne détourne pas les yeux. Je n'avais pas pensé aux morts quand j'avais décidé d'aller sauver Neil. Les gardiens ne comptaient que comme des obstacles à mes yeux, pas comme des personnes avec une vie et des proches. Jusqu'à ce que je touche leurs cadavres. J'avais pourtant continué après le premier, comme si c'était naturel. Ils ne se battaient pas comme ceux que nous avions croisés dans le reste de la prison, n'avaient pas les mêmes armes, n'abandonnaient pas… Je n'ai pas eu le choix de tuer, et Neil non plus. Je dois m'en convaincre.

-Tu as volontairement mis plein de gens en danger… par curiosité?

J'ai affaire à un dégénéré. J'essaie d'être outré, mais je suis surtout intrigué. Il est visiblement assez intelligent et puissant pour avoir mené tout seul l'évasion. Le plan est peut-être aussi de lui: le côté spectaculaire collerait avec sa manière de s'exprimer et de tenir tête à Neil depuis notre sortie.

-Et ça valait de risquer de rater l'évasion?

Il me sort un petit monologue décousu que je le laisse mener jusqu'au bout. Qu'est-ce qu'il me fait? Des excuses détournées? Des insultes? À ses yeux, je suis un amateur. Bon, pas juste à ses yeux: je n'ai en effet pas d'expérience dans les situations comme celle d'aujourd'hui, et je n'avais jamais tué d'humains avant ces gardiens.

-Donc la Confrérie me libère pour m'envoyer me prélasser dans une petite ville de rêve? Vous manquez à ce point de citoyens?
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Message  Yitzhak Anavim le Mer 25 Sep 2019 - 13:27

Je pensais avoir un peu de répit côté reproches et prise de tête inutile mais je crois que Theo s'est donné pour mission de prendre la relève de Neil maintenant qu'il a quitté le navire. Ce type était décidément une très mauvaise graine. Je suis sûr que si j'avais suivi mon plan dès le départ, j'aurais eu droit à de la reconnaissance et rien d'autre. Mais non. Tout ça parce que je me suis montré trop sympa. Oui, c'est toujours la même chose, c'est toujours le comble. J'accepte de répondre à une requête pas prévue, pour montrer de la bonne volonté, tout ça, et ça me revient dans la gueule. Après tout, puisque je suis assez cool pour libérer une personne de plus, je peux aussi l'être pour accepter de me ramasser des critiques, pas le moindre remerciement après avoir, moi aussi, risqué potentiellement ma vie et ma couverture pour leurs miches. J'essaye encore de signifier à Theo que MALGRE TOUT, je n'ai pas l'intention de délaisser son pote et que ça m'ennuie de le lâcher dans la nature comme ça. Mais non, encore un truc que j'aurais pas dû faire. Faut que je respecte leur volontés, etc. Je crois qu'il sent le regard franchement saoulé que je lui retourne, genre les yeux en biais avec les sourcils qui se haussent l'air de dire « tu oses vraiment me faire ce genre de remarque ? » parce qu'il se rattrape en ajoutant que ça peut pas faire de mal. Non, sans blague ? MERCI de le reconnaître.

– Ouais, parfois, écouter sa seule conscience c'est mieux pour tout le monde.

Je lui dis ça un peu sèchement. J'aurais rien répondu que j'avais pas l'habitude de faire ce que les gens me demandaient, mais c'est faux vu que j'ai écouté Theo tout à l'heure et que la situation a dégénéré à la prison puis dans l'avion. Et ça m'agace d'autant plus d'avoir à le me rappeler. Mais, j'arrive encore à m'en vouloir et me dire que je suis un peu dur. J'essaye encore d'avoir l'air compréhensif en m'excusant. Bon, je suis pas tout à fait désolé, je le fais pour la forme, mais il paraît que mettre les formes, ça fait pas de mal de temps en temps. Et j'ai même pas l'impression qu'il apprécie mes efforts. Non, il s'en fiche, il en profite pour me demander des comptes à son tour. Je lui ai donné une explication, il la prend ou pas s'il veut. Pourquoi il faut encore qu'il insiste sur le fait que ma méthode lui plaît pas ? Il veut des raisons plus développées ? C'est vrai que tout bien réfléchi, puisqu'il insiste, ça me plaît pas à 100 % de passer pour quelqu'un qui n'a pas la moindre idée de ce qu'il fait, mais, s'il s'était tu, il aurait eu droit de le penser et ça aurait été mieux pour tout le monde. Je lâche un léger soupire en signe d'abandon. Et je réponds en fixant les nuages devant moi. Je fais semblant d'être plus concentré sur ma trajectoire que sur sa tête.

– J'avais pas encore eu l'occasion de voir ce genre de cellules super sécurisée. Ça m'intéressait de voir quel genre de puissance cette technologie pouvait contenir.
Je plante enfin mon regard dans le sien.
– Ma générosité a des limites. Pourquoi libérer Neil si je ne peux pas en tirer un avantage ? Je crois que te sortir de prison, c'était déjà suffisant pour te faire plaisir, j'avais pas besoin d'en rajouter. A partir du moment où le plan a changé, l'évasion était menacée, je t'avais prévenu. Le premier à avoir risqué que ça échoue, c'est toi. L'autre avantage, c'est que Neil n'est pas un mutant. Premier scénario, tu sors seul avec moi, il y a des morts, même en petit nombre : on va dire que c'est la faute des mutants. Tu m'as livré un autre scénario : un mec gavé de magie fait un massacre terrible. Personne ne pense au petit mutant qui a fugué dans le chaos ni à ce qu'il a pu faire. Et qu'est-ce qui te dit que Neil n'aurait pas déclenché dans tous les cas son pouvoir une fois attaqué ? Tu crois pas que ça l'arrange de pouvoir me désigner comme coupable de sa perte de contrôle ? C'est intéressant venant d'un gars qui se retrouvait ici après avoir déchiqueté un ado sans défenses. Et tu noteras que même si j'aurais pu le lui faire remarquer, je ne l'ai pas fait. Tu veux d'autres raisons ou ça te suffit ?

Parce que je peux lui en donner d'autres s'il veut, comme le fait que la zone où se trouvait Neil contenait de toute façon des gardes plus expérimentés et mieux équipés et que j'ai pas une force de frappe aussi lourde qu'un mec avec la puissance d'un berserk. Donc, pour ce qui est de faire risquer l'évasion, pas sûr que ce soit recevable. Et la réputation de Neil ? Rien à fiche. J'étais pas venu pour lui. Je l'ai tiré d'affaire, ça me semble déjà pas mal. Puis les chances étaient élevées qu'il flingue sa réputation tout seul. Dans le doute, vu que ça m'arrangeait, j'ai accéléré les choses, c'est tout. Je me suis jamais distingué par ma patience et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas. J'ai laissé tomber le côté sympa. S'il s'en fiche que je me montre sympa, pas de soucis, je suis meilleur pour ne pas l'être. De toute façon, il va faire quoi ? J'ai pas peur de lui. Il est obligé de me suivre, qu'il soit content ou non. On peut faire la méthode kidnapping jusqu'à ce qu'il arrête de me chercher des problèmes, ça me va aussi. Surtout qu'il continue. Je sais pas ce qu'il cherche à insinuer avec ses sarcasmes sur la Confrérie, sans doute que c'est encore les propos de Neil au sujet de nos vilaines intentions qui lui tournent en tête, mais je vais le calmer tout de suite, en essayant de retrouver un ton plus neutre. Parce que c'est juste du bon sens, mince quoi.

– C'est pas la Confrérie qui t'a libéré, c'est moi. J'ai pas besoin de l'aval du groupe pour faire ce que je pense juste. A Genosha, t'es hors des lois de ton pays. Tu seras tranquille pour décider de ce que tu veux faire. Avec le boxon qu'on a fichu, t'as plutôt intérêt à accepter mon offre de séjour, le temps qu'ils se calment dans leurs recherches.

J'ai dit que ça me plairait qu'il rejoigne le groupe, c'est vrai. En général, ça fait toujours plaisir que les personnes que tu aides te montrent de la reconnaissance et loyauté en retour. Ceci dit, il n'a jamais été question de forcer la main à qui que ce soit. Franchement, si j'en étais à ce genre de méthodes, j'irais pas m'embêter à aller infiltrer une prison juste pour un mec. Ce serait totalement contre-productif. Et puis, forcer les gens à adhérer à une cause, ça ne sert à rien. Il faut que ça vienne d'eux. Sinon, tu intègres juste des traîtres en puissance.


Dernière édition par Yitzhak Anavim le Mer 25 Sep 2019 - 18:33, édité 1 fois

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Message  Theodore Wu le Mer 25 Sep 2019 - 15:37

En dehors de ma famille, seul Hayden est venu me visiter en prison. Je ne m'attendais pas à voir arriver mes amis les uns après les autres, mais leur absence a été décevante. Les gens ont du mal avec la loyauté quand elle implique de sortir de leur zone de confort. Je ne fréquentais que des artistes et des délinquants, des gens en marge de la société. J'avais fait le choix conscient de m'entourer de ce type de gens en partie par affront à mes parents et parce que leur existence me semblait plus excitante que ce que me promettaient les cercles plus standards d'étudiants sérieux et de bons travailleurs. Il leur fallait un certain courage pour aller à contre-courant, bien que beaucoup de gens de ces milieux s'accrochaient juste à un groupe à suivre sans se questionner. Je n'avais évidemment pas choisi mes amis dans cette dernière catégorie, et je ne sais pas si je dois motiver leur abandon par la lâcheté ou par la trahison.

Quand Neil a été incarcéré, je suis venu le visiter. Je n'ai pas pu le voir parce qu'il était en isolement et on ne m'a pas expliqué que ce n'était pas temporaire. Donc je suis revenu quelques fois. J'ai fini par me demander pourquoi il était toujours en isolement, puis par conclure qu'ils ne l'en sortaient probablement jamais. J'ai passé une phase à beaucoup me bagarrer avec des inconnus pour engourdir le sentiment d'impuissance. Et je n'ai pas eu le temps de trouver une manière de l'aider parce que je me suis vite retrouvé moi-même en prison.

Je me sens détaché de ce que nous venons de faire. Je voudrais me sentir coupable pour les gardiens. Je me répète que je n'avais pas d'autre choix que de les tuer, pour faire taire une voix bien plus confuse. Je suis désolé pour les proches de nos victimes, mais pas pour les morts eux-mêmes. Je n'ai rencontré en deux ans d'incarcération aucun gardien qui n'appréciait pas de nous voir enfermés et à sa merci. Même ceux qui ne nous touchaient pas et ne nous provoquaient pas nous observaient avec une satisfaction perverse. Ces gens avaient choisi de passer leurs journées à "contenir" les mutants. Yitzhak était venu leur montrer ce qui se produisait quand les mutants reprenaient le contrôle.

Je vois que j'ai vexé le confrériste, mais qu'est-ce que j'en ai à faire? S'il ne voulait pas rendre de comptes, il n'avait qu'à ne pas m'ouvrir la porte avec ses petites excuses étranges. Il a provoqué Neil par intérêt pour sa cellule? C'est encore plus bizarre que pour tester ses capacités.

-Parce que ça ne pourrait pas te contenir? dis-je avec un petit sourire, les sourcils levés.

Même occupé à barricader la porte, j'avais vu qu'il n'utilisait pas un moyen technologique pour libérer Neil. Je n'ai pas eu l'occasion de lui exprimer ma curiosité à ce sujet. Les pouvoirs puissants me fascinent toujours quand ils sont maîtrisés.

Je contiens à peine une expression moqueuse quand il me parle de m'avoir libéré pour me faire plaisir. Il ne m'a pas du tout l'air de quelqu'un qui rend service par gentillesse. Son explication sur l'utilité de Neil dans notre fuite tient la route à un détail près: il m'a d'abord dit qu'il avait été motivé par l'intérêt pour sa puissance. Je n'exclus pas qu'il ait pu avoir plusieurs motivations complexes à la fois, mais ajouter cet aspect maintenant manque suffisamment de naturel pour me faire douter. Mais ce n'est pas important; que Yitzhak ait envisagé cet angle de l'évasion maintenant ou trois heures plus tôt, il a raison. C'est pratique.

Je ne peux pas lui reprocher de se justifier, ni d'être à cran. Yitzhak est quand même entré volontairement dans une prison sécurisée qui a été pensée pour enfermer d'autres mutants. Habitude ou non, tuer et risquer de mourir, ce n'est pas l'activité de détente la plus populaire. Je ne sais pas si je suis reconnaissant qu'il m'ait libéré, même si je ne suis pas d'aussi mauvaise foi que Neil, mais je suis admiratif qu'il l'ait tenté et qu'il y soit parvenu dans ces conditions. Je le lui dirai peut-être s'il se calme avant l'atterrissage.

À le fixer si longtemps dans les yeux, j'ai le temps de le trouver très beau. Depuis qu'il a pris sa véritable apparence, je l'ai un peu détaillé. Enfin, j'ai été subtil. Je détourne le regard. La prison n'est pas le meilleur endroit pour faire des rencontres, sauf pour se faire violer, et dans ce cas, la rencontre n'est pas belle pour tout le monde. Hayden a arrêté de me visiter il y a presque un an, donc je n'ai plus trop l'habitude d'être attiré par quelqu'un. Je lui ai dit plusieurs fois de continuer sa vie sans moi, mais il s'acharnait. J'ai fini par être cruel.

J'ai réussi à énerver Yitzhak en quelques questions alors que Neil ne lui a pas fait perdre sa bonne humeur même en l'agressant directement. C'est un don que j'ai, vous demanderez à mon père. J'ai envie d'en rajouter pour tester sa patience, mais mes yeux se fixent sur les nuages quelques secondes. Ok, je suis peut-être reconnaissant d'être sorti de la prison.

-C'était une très longue réponse pour quelque chose à quoi tu aurais pu juste répondre "Oui", dis-je sur un ton malicieux.

Deux ans à ne pas pouvoir faire le troll. Ça m'avait manqué. Je ne réponds rien de plus à sa tirade. Je ne vais pas lui faire le plaisir de lui donner raison, mais il a raison.

Je braque sur lui un regard ahuri quand il m'annonce qu'il a mené le projet seul.

-Wow.

Je secoue la tête.

-C'est… c'est… impressionnant.

Je suis plus doué pour énerver que pour complimenter.

-Brave, beau et intelligent en plus!

Mon enthousiasme est peut-être exagéré, mais je regrette un peu d'avoir été si dur depuis le départ de Neil.

-Ça me va, pour Genosha.
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Message  Yitzhak Anavim le Mer 25 Sep 2019 - 20:10

Est-ce que j'ai réfléchi à tout ce que je viens d'énoncer à Théo au moment où j'ai tiré dans la tête de Neil ? J'ai pas de réponse nette. Je dirais oui, pour l'essentiel. J'ai la capacité à réfléchir très vite dans les situations qui exigent de l'improvisation et c'est pour ça que je m'en suis toujours tiré jusqu'à présent. Dès le départ, j'ai accepté d'impliquer ce gars dans le plan parce que Theo m'a assuré qu'il était fort, très fort. Mais, on ne va pas se mentir, quand j'ai vu le petit bijou qu'était la prison et qu'il m'a sorti qu'il ne savait pas comment déclencher son pouvoir, ça m'a un peu fait vriller. Ça m'a semblé vraiment inacceptable d'envisager qu'il puisse se traîner derrière nous sans me montrer quelle puissance les protections mises en place essayaient de contenir. J'avais envie de me faire une idée. Et la curiosité scientifique a pris le devant sur l'instinct de survie. Mes raisons d'impliquer Neil sont justes. Mon geste, lui, en revanche, c'est de l'impulsivité totale. Mais la réalité me donne raison. La réalité finit souvent par me donner raison. C'est pas pour aider ma tendance à l'imprudence. Je crois que Theo accepte mon raisonnement. C'est difficile à dire. Je m'étais montré particulièrement tranché pour anticiper les pleurnicheries de type « mais t'es méchant, c'est pas moral et ouin ouin ouin », mais en fait, contre toute attente, il se calme. Il sourit, même. Il me demande en substance si j'étais intéressé de savoir si la prison de Neil avait des chances de me contenir. Je lui rends son sourire en coin.

– Les métaux peuvent être aussi solides qu'ils veulent, je peux les décomposer. Ceci dit, l'origine de nos pouvoirs crée notre propre faiblesse. Un bracelet inhibiteur et tout est fini, même pour moi.

Pour moi, ça serait même une fin radicale avec tout ce qui traîne dans mon corps et qui peut y tenir grâce à mon pouvoir. J'aime jamais me rappeler que ces merdes existent. Et ça paraît d'autant plus inconscient de ma part d'être entré seul dans un lieu qui en était blindé. Mais il suffit de ne pas y penser et d'avoir une confiance totale dans sa capacité de réussite. Je devais le faire. Les injustices judiciaires qui concernent des mutants, ça me hante. J'ai beau essayer de penser à autre chose, le mettre dans un coin de ma tête en me disant que ça devrait pas me concerner, que la vérité finira par triompher, et tout ça, j'y reviens toujours. Je finis toujours par me dire « Et il y a ce type qui moisi sous les barreaux pour un truc absurde, parce que les préjugés en ont fait un bon coupable. » Pour Theo, j'ai attendu un peu. J'avais quand même l'espoir que ça se règle par les voies légales. Mais, même avec une erreur, les voies légales sont scandaleusement longues. Ils se fichent totalement de faire perdre des années de vie à quelqu'un, eux, ils ont tout leur temps pour traiter les dossiers. C'est un coup à se faire libérer dix ans plus tard avec un petit mot d'excuse quand les preuves pour prononcer l'innocence étaient rassemblées depuis des années déjà. Mais on vous dira « vous savez, les procédures, c'est long ». Allez, c'est ça. Voilà ce qu'elles vous coûtent vos procédures qui tiennent pas compte de la longueur, pas si dingue, d'une vie humaine. Enfin, j'ai donné des raisons à Theo qui m'en demandait, et il continue avec son petit air malin en me sortant maintenant que j'aurais pu aller plus vite en lui disant juste « oui ». Eh, c'est bon. Il va pas jouer au con avec moi. Ça c'est vraiment un truc de petit con de réclamer des explications et se moquer des détails que tu donnes quand ils les obtiennent. Alors qu'on sait très bien que, dans l'autre cas, il aurait été frustré. C'est le genre de posture qui laisse perdant dans tous les cas. Soi tu donnes pas assez d'informations, soi tu en donne trop. Pas question d'entrer dans ce jeu de gamin.

– Oh excuse-moi, mais le « oui », tu l'avais dans ma réponse précédente je crois bien. Si tu doutes juste de ta compréhension des choses, je peux aussi m'enregistrer et te proposer la fonction repeat, ça m'évitera de croire que tu veux des explications complémentaires.

J'essaye de redevenir plus serein pour faire le point rapide sur mes intentions, qui sont juste de l'aider, même s'il a du mal à y croire. Une fois que j'ai terminé, je suis un peu surpris par les grands yeux presque admiratifs qu'il me fait. Qu'est ce que j'ai dit ? Qu'est-ce qu'il lui prend ? Il me dit que c'est impressionnant. De quoi ? C'est à mon tour de le regarder bizarrement. Ça doit être qu'il s'attendait pas à ce que l'initiative vienne de moi seul. Pourtant, je sais pas moi, mais je suis tout seul non ? J'ai pas d'équipe, je suis juste un mec venu tout seul dans son jet. Mais c'est vrai que, en général, les gens ne décident pas de prendre une prison d'assaut tout seul, pour combler un vide dans leur emploi du temps. Je sais pas trop quoi dire. J'aime bien les compliments, mais quand je les réclames, pas quand je ne les attends pas. Je sais que c'est paradoxal. Je me vexe quand on ne reconnaît pas mes efforts et mon talent, mais je suis déstabilisé si on me porte de l'admiration alors que c'était pas l'effet prévu. Du coup, je sais pas trop quoi dire, à part un :

– Heu ouais… Si tu le dis…

C'est pas très convainquant. Je vais pas minimiser en lui disant que c'était pas grand-chose mais, de mon point de vue, c'était pas destiné à me faire admirer, juste un genre de devoir à accomplir. Puis, après, il me sort un truc encore plus bizarre. Je suis brave ? Pourquoi ce mot ? Qu'est ce qui peut lui faire dire ça ? Beau ? Ça vient faire quoi ici ? Sans doute que ça fait référence à mon apparence normale et un peu inattendue après avoir passé toute l'évasion dans la peau d'un vieux moche. Intelligent ? Ça oui, je suis au courant. Mais, enfin, le mec était en train de tirer la gueule et de se fiche de moi juste avant. Je suis pas sûr de comprendre le changement ni de devoir le prendre au sérieux. Il y avait de l'ironie dans le ton, non ? Il est encore en train de se payer ma tête, c'est ça ? Du genre « arrête de jouer les belles âmes » ou je sais pas quoi ? Dans le doute, je lui fais une réponse un peu hautaine. Si c'est un sarcasme, ça passe. S'il voulait vraiment me complimenter, ça passe aussi. Enfin, je crois. Faut qu'il comprenne que je blague.

– Commence pas à faire la liste de mes qualités, tu vas en avoir pour toute la durée du voyage.

En tout cas, qu'il ait envie d'être taquin ou pas, il semble convaincu par mes explications rapides sur Genosha. Cool. On va peut-être pouvoir avancer de manière plus amicale maintenant, s'il le veut bien. Donc, si « ça lui va », je me permet de lui parler de la ville sur un ton beaucoup plus détendu et enthousiaste. Je suis toujours ravi de pouvoir faire découvrir des projets sur lesquels je me suis investi.

– Et puis, tu vas pouvoir découvrir un pays en plein développement. Ça pourrait te plaire ! Je me suis beaucoup investi pour Genosha ces dernières années, tant au niveau de sa politique que de ses structures technologiques. C'est la première ville-état pensée entièrement pour les mutants. Je te ferai visiter. Et, comme on reste à un stade assez expérimental, tous les avis extérieurs sont bons à prendre.

Il y a encore tant de choses à faire oui, c'est un vrai terrain de jeu grandeur nature. Je ne connais pas encore suffisamment les aspirations de Theo pour savoir si le principe pourrait vraiment l'intéresser, mais ça serait quand même dommage de ne pas lui donner sa chance.

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Message  Theodore Wu le Jeu 26 Sep 2019 - 20:39

Nate va être bien ennuyé en apprenant mon évasion. Avec tout l'argent qu'il a mis en avocats… Bon, c'est pas comme s'il manquait d'argent, mais il s'attendait probablement à me sortir de là. Avec lui, j'aurais pu m'attendre à une dette claire: son aide était toujours venue avec un prix. Il faisait mes devoirs, je volais des trucs pour lui ou je provoquais quelqu'un qu'il n'aimait pas. On s'échangeait les tours à mentir à nos parents. Au procès, il a été présent dès le début, mais il l'a fait en premier lieu pour bien paraître. Il est venu aider son petit frère ingérable. J'ai joué le jeune mutant reconnaissant et je l'ai laissé étaler ses succès.

J'espère qu'il comprendra que je ne pouvais pas rester quand j'avais l'occasion de sortir de là. Rien ne me garantissait légalement une libération, et encore moins une libération rapide. J'aurais pu refuser de partir avec Yitzhak, mais je n'ai même pas envisagé cette possibilité, ni sur le coup, ni en tapant les gardiens, ni en franchissant la sortie. Je n'y avais pensé que bien plus tard, en me demandant s'il aurait accepté que j'agisse en lâche ou s'il m'aurait neutralisé et sorti de force. Rien n'avait l'air de lui faire peur, et il avait montré qu'il pouvait être impulsif.

-Donc tu es pare-balles, c'est cool.

On ne peut pas non plus le poignarder au couteau ni lui passer des menottes standard. Je réfléchis en mec de la rue, c'est pas très classe. Mais j'ai l'excuse d'avoir fait de la prison, non?

J'ai été un peu cruel de le provoquer après son effort de m'expliquer ses raisons en étant déjà énervé, mais l'occasion était trop belle. J'ai passé deux longues années à réprimer chaque jour des réflexions et des questions pour ne pas m'attirer d'ennuis. Alors aujourd'hui, à peu près en sécurité, je me venge sur la personne qui est venue me sortir de prison. C'est injuste, mais tant pis. Avec une montagne de bonne volonté, je lui laisse le dernier mot. J'ai déjà la satisfaction de l'avoir fait réagir, il faut que je lui en laisse un peu aussi.

J'ai réussi à le mettre mal à l'aise en exprimant mon admiration. Désolé, tu préfères que je recommence à te faire chier? Je ne réponds pas à ses quelques mots. J'arrête de le regarder. Je fixe les nuages. Si aujourd'hui est normal pour lui, je vais pas en rajouter pour lui donner envier de me retomber dessus avec mon inexpérience.

J'ai un peu profité de ma vague d'enthousiasme pour laisser sortir que je le trouve beau. Est-ce que c'est déplacé? Je m'en fiche. J'ai déjà à gérer les meurtres, la culpabilité, le départ de Neil, mon évasion et ce qu'elle implique, mon avenir incertain… Ça me détend toujours de flirter un peu, entre autres parce que ça vient avec le risque d'énerver la personne. Je sais que j'ai un problème à ce niveau. Non, je ne veux pas le régler. Quand j'obtiens une réaction, je suis celui qui dirige la discussion. J'ai le contrôle.

Il semble bien prendre ma petite poignée de compliments qui ne vont pas ensemble. Je calque son attidude positive, ça nous changera de l'ambiance de reproches que je n'ai pas envie de voir revenir. Je suis fatigué.

-Seulement la durée du voyage? Pour les miennes, ce serait même pas suffisant.

Les raisons d'aller à Genosha plutôt qu'ailleurs sont logiques. Je les ai vite acceptées. Je ne comprenais pas pourquoi Yitzhak tenait à m'y emmener parce que je manquais d'informations - comme sur tous les sujets depuis notre départ. On m'explique, je me calme; c'est simple, non? Je ne regrette pas d'avoir suivi Yitzhak, même avec les conséquences que je dois me traîner maintenant. Et même si on me disait que j'aurais pu obtenir ma libération légale dès le lendemain, je préfére encore ce que j'ai aujourd'hui. Je ne peux pas revenir chez moi, mais il y a longtemps que je n'en ai plus vraiment. Mes amis ne m'attendent pas, je ne suis pas proche de mes parents, mon frère a sa propre vie et Hayden… Je ne sais pas ce qu'il devient depuis sa dernière visite, ni s'il pense à moi aussi souvent que je pense à lui. J'espère que non. Je prends souvent de mauvaises décisions, mais je ne doute pas de la pertinence de celle de le tenir à l'écart du bordel de ma vie.

Yitzhak se montre enthousiaste au sujet de Genosha. Ça me fait sourire.

- Ça semble vraiment bien comme ville, et comme projet.

Je suis curieux de découvrir une ville aussi unique. Sortir sans se sentir toujours en danger, ça doit être relaxant… peut-être ennuyant aussi, mais certainement plus agréable que le risque de finir en prison pour s'être défendu contre des enfants gâtés sans mutation. J'y rencontrerai peut-être des gens bizarres bien distrayants. Ou d'autres maniaques habitués aux meurtres comme Yitzhak.

-Tout à l'heure, tu as dit que tu avais l'habitude des morts… Et là tu me parles de politique et de technologie. Ton CV est plutôt diversifié?

J'ai mis tous les efforts pour sonner ouvert et léger. Je ne veux pas le vexer encore, mais il me donne beaucoup d'informations imprécises. J'ai plus envie de bien le comprendre que de me moquer de lui depuis que j'ai réalisé qu'il a mené le projet de mon évasion entièrement seul. Ce n'est qu'en partie par reconnaissance. Je suis surtout curieux. Quel genre de personne peut avoir la motivation et les capacités pour réussir un tel projet? Il a dit avoir fait ce qu'il pensait juste… mais d'autres cas que le mien méritaient réparation. Avec le spectacle qu'il a donné à la prison avec les extraterrestres, il donne l'impression de s'être investi plus que nécessaire pour son plan. Comme il m'a laissé savoir qu'il n'attendait pas d'implication particulière de ma part, je ne peux pas motiver ses actions par l'intérêt pour les possibilités qu'offrent mon pouvoir. Je. Ne. Comprends. Rien.

-Tu sauves beaucoup de détenus attachants comme moi?

Bon, me voilà reparti avec les questions.
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Message  Yitzhak Anavim le Mar 1 Oct 2019 - 17:19

Je l'approuve en hochant simplement la tête quand il me dit que je suis pare-balle. Je suppose que c'est une conclusion qu'il peut tirer parmi d'autres sur toutes les possibilités que me donnent mon pouvoir. Pas la peine de lui mâcher le travail ! Si je décompose la matière, ça fait déjà beaucoup d'espace pour son imaginaire. Mon pouvoir est simple et compliqué à la fois, parce qu'il va bien au-delà de ce que la version rapide peut laisser entrevoir. Et tout expliquer serait aussi fatiguant qu'inutile. De toute façon, même avec les mutants, je préfère rester vague. T'as beau sauver les gens, ça les empêche pas toujours de te trahir. Et j'aimerais que l'ensemble de mes capacités restent un mystère pour mes ennemis potentiels. Je lui ai accordé une certaine confiance en lui montrant mon visage, ainsi qu'à Neil. J'étais pas certain de le faire au début, mais vu la colère du dernier, ça aurait été encore plus tendu de calmer les choses en restant face cachée comme un brigand. Et, bizarrement, je sais pas, je pense que je peux lui faire confiance. C'est pas souvent que je pense ça, mais ce type a l'air d'avoir un sens de l'honneur à l'ancienne. Sauf si quelqu'un se risque à une attaque mentale sur lui, il me dénoncera pas. Pour Theo je ne pourrais étrangement pas l'affirmer avec la même certitude. Il m'a montré de la loyauté et un sens réel de l'amitié, mais il ne m'a finalement pas donné autant d'informations sur lui que son pote. Il est plus calme. Il pose beaucoup de questions mais, au final, il ne donne pas d'éléments. Si je me fie à ce que je sais de lui, après des mois à explorer sa vie, je pense que ça devrait aller. En tout cas, j'aurais probablement renoncé à l'aider si j'étais tombé sur des trucs qui m'avaient dérangés dans son passé. Je comprends beaucoup moins son jeu et ses motivations. Quand je m'énerve après ses remarques à la con, il n'a pas du tout l'air surpris au inquiet. Non, il a plutôt un genre d'air intrigué qui me stresse un peu. On dirait que ça l'amuse de mesurer mes limites. Donc, quand le ton change, je n'y comprends rien. Faire de l'humour pour répondre à ses compliments étranges ne m'aide pas beaucoup plus, puisqu'il me rend la répartie du coup. Je ne suis donc pas plus avancé pour décrypter le sérieux ou non de ses félicitations. Mais s'il veut continuer à ce jeu, je peux tenir longtemps quand je suis lancé.

– Je veux bien te croire que ça va me prendre du temps, je n'ai pas encore trouvé la première à mettre sur ma liste.

Au moins, les concours de clash, ça détend un peu l'atmosphère, même quand on ne sait pas si ça entretient à terme de la complicité ou de la rancœur. Je lui parle plus sincèrement de Genosha, il m'approuve sans plus faire d'histoire. Assez platement, mais avec le sourire. On va dire que c'est un point de réglé. Et le problème, c'est qu'un certain silence s'installe. Je lui laisse le temps. Je suppose qu'il a d'autres questions en stock, mais je m'attendais à ce qu'il pose des questions sur Genosha. Je sais pas moi, sur ce que je viens de mentionner, ce qu'il peut découvrir, ce qu'il peut faire, l'organisation exacte de la ville, des choses utiles pour lui. Mais non, il faut encore qu'il s'intéresse à moi, à ce que je lui ai dit « tout à l'heure ». Son but dans la vie c'était d'être enquêteur ou pas ? C'est vraiment le genre de type auquel faut pas parler de manière détendue un instant sinon il te tombe dessus pour tous les petits trucs que t'as dit l'air de rien avec la conscience profonde de faire une bourde et l'espoir que ça serait pas relevé. Qu'est-ce qui m'a pris de balancer que j'avais l'habitude de voir des gens morts ? Bon, ça se tient avec le fait de prendre seul une prison d'assaut mais… Si je ne l'avais pas dit, il aurait peut-être moins réfléchi au fait que j'avais l'air d'allier pas mal d'activités sans rapport et un peu douteuses niveaux compatibilités. Parce que bon, un politicien qui massacre directement des gens, on va dire que c'est pas un truc courant dans des pays qui utilisent le mot « politique ». Vu que je suis coincé, je lui concède quand même une réponse.

– J'ai suivi une formation militaire avant de retourner à l'école et passer un diplôme d'ingénieur dans la robotique. La politique, c'est nouveau. Je fais ça depuis un an. On va dire que les missions commando et les machins que je fabrique, c'est pas destiné au grand public, et devoir rester dans l'anonymat pour tout ce qu'on fait, ça pèse. Ça me permet de voir du monde et de faire le malin devant des caméras !

J'aurais pu faire une réponse plus courte mais comme je suis face à quelqu'un qui semble adorer poser des questions pour tous les vides qu'il remarque, je suppose que ça aurait été une perte de temps. Bien sûr, il est encore capable de trouver d'autres questions avec ça, mais, si j'en dis trop, déjà il n'y a plus de mystère et on dit toujours qu'il ne faut pas tout dévoiler à la première rencontre, et ensuite il serait fichu de penser que c'est mon grand délire de parler de moi de long en large, même s'il m'y contraint. Vous me direz que je peux lui rendre la pareille, mais je suis pas super inspiré. Déjà, je sais déjà beaucoup de choses, ensuite je suis crevé par le tour d'un cadran sans sommeil, et je dois surveiller un minimum la trajectoire. De toute façon, il a visiblement pas l'intention de me laisser faire. Ça doit être un genre de stratégie pour me brouiller le cerveau. Sérieux, il devrait bosser dans les services secrets. Ils ont besoin de ce genre de mec qui pose un tas de questions à la suite sans rapport pour obtenir des informations importantes à faire de prendre des détours et de faire stresser le pauvre type en face d'eux. Qu'est-ce qu'il me sort maintenant ? Si je sauves beaucoup de détenus attachants comme lui ? Le premier regard que je lui lance est un peu décontenancé. Elle est cheloue sa question. C'est donc bien qu'il cherche à me perturber et savoir des trucs sans rapport avec la question. Il veut quoi ? Savoir si je lui accorde plus d'importance qu'à d'autres ? Si je me cherche des potes en libérant des gens de prison ? Peut-être que ça lui ferait plaisir de se trouver un peu spécial, c'est toujours plus cool qu'être un numéro parmi d'autres. Ceci dit, comme il est un peu épuisant, je ne vais pas lui donner ce plaisir. De toute façon, je suis sûr qu'il va trouver un truc pour se fiche de moi si je le fais. Alors, maintenant que j'ai un peu cerné ses « armes », aucun problème pour les utiliser aussi.

– Je sais pas, tu m'as vu sortir beaucoup d'autres détenus à part toi ? Je me suis dit que t'avais l'air plus sympa que les autres et t'as gagné le concours de « qui vais-je sauver aujourd'hui ». Content ?

Moi aussi je peux parler en question, je peux même répondre par des questions. Je lui fais un sourire un peu trop enjoué pour être vrai. Ceci dit, je ne suis pas si cruel. Il serait stupide de passer à côté de l'ironie du ton, donc il peut comprendre ce qu'il veut et, avec un peu de chance, avoir une bonne interprétation.

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Message  Theodore Wu le Mer 2 Oct 2019 - 16:54

Je ne m'attendais pas à un sauvetage. Même dans mes fantasmes de libération, j'imaginais que je trouvais un moyen de m'évader, pas qu'on venait me chercher. Je voyais mal quelqu'un avoir les moyens et l'intérêt d'orchestrer mon évasion. Entendre Pas-Sergio m'expliquer qu'il venait me libérer avait été assez surnaturel, mais pas autant que découvrir Yitzhak et ses intentions bizarres. J'aurais mieux compris si j'avais été choisi pour un projet, un clan, voire même comme sujet d'étude. Après tout, Elaine m'avait trouvé assez particulier pour faire quelques tests; d'autres pouvaient s'intéresser à mes mutations. Je ne dis pas que je regrette de ne pas aboutir dans un laboratoire louche, mais je ne vois toujours pas en quoi je méritais spécialement d'être choisi par Yitzhak par rapport à d'autres mutants. Mon cas a été traité injustement, mais je ne suis pas une grande perte pour la société quand on observe mon dossier. J'imagine qu'un détail à mon sujet lui parlait spécialement. Peut-être le rapprochement entre nos pouvoirs d'action sur la matière.

Je ris à sa réplique sur mon absence de qualités, mais je n'ajoute rien. Je n'ai pas envie d'appuyer sur le truc de trop qui le remettra de mauvaise humeur.

Depuis le départ de Neil, Yitzhak est tout ce que j'ai. C'est vachement déprimant. Je suis dans son jet en direction d'un endroit qu'il connaît parfaitement et dirige en partie, à la conclusion d'un plan dont il tire les ficelles. Mon pouvoir d'action est nul. Et je dirais qu'il l'était déjà dans la prison. Yitzhak m'a laissé me battre contre les gardiens, mais ce qu'il a sous-entendu de son pouvoir, en l'ajoutant à la métamorphose, le rend capable de sortir et me sortir de là sans que j'utilise les miens. Je parierais que son plan venait avec l'option de tout faire tout seul si je me révélais décevant niveau capacités. Donc, j'étais un pion. J'en suis encore probablement un. Mais je suis un pion chiant. Je pose des questions.

Les gens aiment parler d'eux, ça les détend. Ce n'est visiblement pas le cas de Yitzhak qui se braque chaque fois que lui demande de clarifier un point. Si ça m'amuse de provoquer les gens, je ne suis pas passionné par l'agressivité démesurée quand j'essaie juste de bien comprendre. Habituellement, quand je vois que j'énerve la personne, soit j'exagère pour la tester soit j'arrête rapidement mes questions. Aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal à doser.

Je pourrais m'intéresser à autre chose que Yitzhak et ses motivations, mais je n'y arrive pas. Je n'ai pas envie de me lancer sur le sujet de Genosha. Ça ne sert à rien de me préparer à un endroit conçu pour mon confort. Surtout, je ne suis pas prêt à absorber les informations détaillées à ce sujet, probablement parce que je ne suis pas prêt à rejoindre une société, que ce soit là ou avec les humains. Ou c'est la fatigue. Je n'ai de toute manière pas envie de parler de mon avenir incertain alors que c'est encore le bordel dans mon esprit et qu'on ne m'offre aucune autre certitude que la protection contre le retour en prison. Je sais, je suis ingrat. C'est déjà bien. C'est même beaucoup. Mais j'ai du mal à traiter Yitzhak en sauveur quand je me sens encore dans le chaos.

Pour une fois, il me donne plus que des demi-informations. J'aurais aimé des détails sur ses missions commando, mais je ne vais pas faire le difficile. Ni pousser avec plus de questions. C'est normal qu'il n'ait pas envie de me raconter toute sa vie, et je ne veux pas qu'il attaque mes motivations comme il l'a fait pour celles de Neil après son départ. Je lui reconnais la délicatesse d'avoir épargné Neil, mais je doute qu'elle s'étende à moi avec les réactions qu'il me fait depuis que nous sommes seuls. Et il a prouvé avec sa réflexion sur la psychologie de Neil qu'il comprend plus de trucs que ce qu'il laisse sortir.

-C'est beaucoup, c'est cool, dis-je avec détachement parce que mon enthousiasme précédent à son sujet a créé un malaise.

Je n'ajoute pas de questions même si j'ai envie de lui demander de me confirmer qu'il est un genre de surdoué hyperactif pour avoir accompli tout ça à son âge. Il pourrait aussi être beaucoup plus âgé et arriver à paraître plus jeune grâce à sa mutation. Son apparence avantageuse est peut-être d'ailleurs entièrement fabriquée. J'essaie de ne pas le fixer.

Je lui demande sur un ton léger s'il a sauvé d'autres détenus, pour me faire une idée sur la quantité de mutants en liberté grâce à lui. Si je suis un projet unique, ça explique le coup du plan spectaculaire et le bordel avec Neil. Si je ne suis qu'un numéro, c'est un peu plus inquiétant au niveau des risques qu'il se fasse dénoncer ou trahir, et que je sois entraîné dans sa chute. Et ça montre une sorte de dévotion de sa part pour aider les opprimés un par un… ce qui serait décevant considérant ses capacités et les possibilités d'agir à grande échelle qu'il mettrait en danger croissant, à chaque opération de sauvetage pour un individu. Les récidives inquiètent les autorités, qui renforcent la sécurité et les moyens de neutraliser leurs ennemis.

La réponse de Yitzhak me surprend. Je ne comprends pas ce que j'ai dit de mal pour qu'il devienne si agressif. J'avais pourtant l'impression qu'on était passés à une ambiance plus détendue après les blagues et ses explications sur Genosha et depuis que je surveillais mon attitude en m'adressant à lui. Je suis fatigué de surveiller tout ce que je dis. Je ne sais même pas quoi penser de ce qu'il me répond. L'ironie évidente dans son ton ne m'aide pas. Il est possible qu'il dise la vérité en exagérant, il est possible qu'il dise n'importe quoi par impatience. Mais ça va, j'ai compris. Il veut que je me taise, je me tais.

Il risque de se dire que je boude, mais je m'en fiche. Il a déjà affiché clairement plusieurs fois qu'il en a marre de moi, ça ne change rien que je fasse des efforts. Lui parler ne va pas m'aider à me détendre dans ce contexte. Je fixe les nuages droit devant. J'ai laissé la taie d'oreiller dans un coin du jet tout à l'heure. J'ai envie d'aller la déchirer en petits morceaux pour me changer les idées. J'ai aussi envie d'aller dormir par affront à Yitzhak qui doit rester éveillé pour surveiller le trajet.

Je ne bouge pas. Je ne vais quand même pas le laisser tout seul à gérer le vol pendant que je me repose. De toute manière, malgré l'épuisement, je ne dormirais probablement pas. Trop de stress. J'étais plus à l'aise à taper des gardiens que maintenant dans le calme à côté du mystère vivant et sa mauvaise humeur.
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Message  Yitzhak Anavim le Mer 2 Oct 2019 - 19:33

Bon ça va, il est pas susceptible pour rien. En tout cas, c'est ce que je me dis quand il se marre à ma répartie sur ses prétendues qualités, qui aurait pu en blesser plus d'un. Le problème, c'est que les choses changent vite de ton. On redevient sérieux à cause de sa question sur mon parcours et la précision que je lui accorde semble le satisfaire pour l'instant. Il se contente de me dire que ça fait beaucoup, mais que c'est cool. Je l'approuve juste d'un signe de tête. Ses mots ne sont pas grand-chose, mais ils me détendent un peu. Même si je sais que je ne peux pas couper à ce genre d'explications, je n'aime pas énormément les donner. Je n'aime pas parler de moi de manière générale parce que rien de ce que je pourrais dire sur moi n'a l'air normal. Donc, tout me plonge dans une certaine angoisse sociale. Je sais que je vais être jugé. C'est obligé d'être jugé avec une vie pareille, la vie d'un fou. Qu'est-ce qu'on pourrait penser d'autre ? Je suis condamné à la case direct « bon pour l'asile » ou le peloton d'exécution. Je n'attends pas de compassion. Même si j'aimerais en recevoir, je conçois aussi qu'il faudrait être fou pour réellement trouver ma manière de mener ma vie « cool », comme Theo le dit pour être gentil, sans doute. Et plus certainement, parce que je dois lui faire de plus en plus peur. Je l'ai sauvé, mais j'ai pas beaucoup à voir avec un sauveur ni un héros. Mes relations sociales se passent mieux quand je suis dans un rôle, quand je reste un étudiant sans histoire, un jeune homme prodige dont le seul fait d'armes est d'être sorti lauréat de sa promotion avec quelques trophées de concours inter-universités. Là, sans le passé militaire, sans la longue liste de meurtres et de tortures, sans toute ma panoplie d'armes, ouais, j'ai l'air à peu près normal, juste surdoué. Mais, un surdoué qui se contente d'aligner les bonnes notes, on a plutôt envie de l'encourager et de l'admirer. Sauf que, c'est pas moi, ce type là. Le type que je suis est juste pas racontable et pas fréquentable.

J'ai répondu patiemment, mais ça a néanmoins mis une gêne que Theo ignore, alors, quand il enchaîne sur une autre question, avec encore un nouveau temps, je me suis senti irrité, menacé. J'avais déjà dans l'idée qu'il avait une mauvaise image de moi et cherchait à me piéger. Et, je crois que j'ai tout interprété de travers, parce que ma réaction n'obtient rien de ce à quoi je m'attendais. En me repassant la réplique en tête, c'est vrai qu'elle est un peu dure. Elle était peut-être disproportionnée s'il voulait juste une information, s'il se sentait en confiance alors que je venais de plaisanter avec lui puis de lui répondre de bonne grâce juste avant. Si je voulais le faire taire, et me faire « respecter », on peut dire que j'ai obtenu ce que je voulais. Son visage, détendu juste avant, se referme complètement. Même son attitude change. Il se recroqueville un peu. Je crois que je l'ai blessé. Pourtant, j'ai rien dit de si affreux, c'était de l'ironie pour lui faire comprendre que sa question était stupide. Évidemment que j'ai pas l'habitude de faire ce genre de sauvetage à risque, pour une personne, sur mon temps libre. A force, toutes les prisons seraient sur le pied de guerre. Qu'est-ce qu'il veut que je lui dise de plus ? Pour la question sur mon parcours, il ne pouvait pas deviner, donc je réponds poliment. Pour celle-là, je ne vois pas ce qu'il attendait. Et maintenant on repart comme au début, peut-être même pire. Il tire la tronche. Et l'ambiance est tendue. Et je suis tout seul avec lui, tout seul à pouvoir régler ça. Pourquoi je me mets dans cette situation ? C'est encore pire qu'attaquer seul une prison, vraiment. J'attends un peu. J'essaye de laisser retomber un peu les émotions de tout le monde, et de réfléchir à mes mots, pour pas faire une nouvelle gaffe. Je vais reprendre sa question depuis le début.

– Je ne vais pas sauver tous les mutants enfermés par leur propre faute. En général, je m'en prends d'abord à la source, à ceux qui cherchent à nuire aux mutants. Mais ton affaire était particulière, tu as été pris dans un acharnement judiciaire, sans doute parce que ton pouvoir a inquiété. Plus le pouvoir inquiète, plus ça les arrange d'avoir une raison de garder l'un de nous sous les barreaux. Je te l'ai dit, je venais réparer une injustice.

Je ne dirais pas que son pouvoir ne m'a pas intéressé aussi, mais ça me semble inutile de le préciser maintenant. Son pouvoir n'aurait rien changé à ma motivation de l'aider, et si je lui dis que je suis content aussi de rencontrer quelqu'un dont la mutation a certaines proximité avec la mienne, il risque de penser que c'est ma première raison de l'avoir libéré. C'est une interprétation que je refuse. C'est contre mon idéologie, contre le sens de mes actions, juste un avantage en passant. En espérant que ces précisions pourront un peu le rassurer, je pianote sur un écran pour mettre un peu de musique, ça calme toujours de partager de la musique. J'avais prévu une playlist pour le voyage avec plusieurs musiques de groupes que Theo apprécie. J'ai hésité à prendre carrément les playlist de son ordinateur mais je me suis dit que ça risquait d'être assez flippant alors j'ai fait un mélange avec des trucs qu'il aime, des trucs proches mais qu'il n'avait pas l'habitude d'écouter plus que ça, et des trucs que j'aime aussi au milieu. Je lui fais signe de s'approcher de l'écran.

– Tu veux choisir une musique à écouter ? J'ai essayé de mettre des sons que tu aimes, pour ce que j'ai pu tirer des groupes de musique que tu fréquentais. C'est une chance qu'on ait pas des goûts trop éloignés, tu me diras que je t'aurais peut-être pas sauvé en fait si j'avais dû écouter du reggae tout le trajet pour te faire plaisir.

Je lui tourne à nouveau un sourire amical, en espérant réussir à rétablir un contact un peu plus serein. Si on peut terminer juste en discutant de musique ça me va, terrain neutre, plus de questions gênantes, et juste apprendre à se connaître par les notes. Normalement, c'est un truc qui fonctionne pas trop mal, surtout pour des handicapés sociaux.

***

Les immeubles de Genosha apparaissent et se rapprochent. Je décris vite fait à Theo ce qu'il voit jusqu'à ce qu'on arrive devant le toit d'un immeuble qui s'ouvre pour laisser s'engouffrer le jet. Enfin chez soi ! Je suis vraiment explosé de fatigue. On descend et je le conduis vers un ascenseur qui s'ouvre après m'avoir analysé rapidement. L'intérieur est éclairé de néons roses. Parfois je change de couleur, c'est selon l'humeur. Deux étages plus pas, nous arrivons directement dans mon appartement. Les lumières s'allument en même temps que les portes s'ouvrent sur un espace ouvert cuisine et salon.

– Je te ferais bien visiter la ville, mais faut vraiment que je dorme. On verra pour ton appartement dans quelques heures. Tu peux te reposer dans le canapé – Je lui montre un grand divan d'angle en cuir blanc –, il est assez confortable, j'ai déjà dormi dessus quand j'avais la flemme d'aller jusque dans ma chambre – c'est la porte en face mais bon, la flemme ne se contrôle pas. Le sac de vêtement là sur le canapé, c'est pour toi. J'ai pris des trucs neutres, en attendant. La salle de bains est là bas, tu as juste à parler pour lancer l'eau et régler la température. Tu peux prendre ce que tu veux dans les placards, il doit y avoir quelques conneries. Coucouuuu mes chéris !!! Je vous ai manqués ?

Tout en parlant, je m'étais approché de la table basse en verre placée dans le coin salon, devant le canapé, et j'ai chassé les feuilles de notes et plans de futures machines posées dessus pour découvrir un aquarium. Bah oui, une table aquarium, c'est beaucoup trop cool pour ne pas en posséder une. Je me penche pour regarder mes trois pirhanas. Toujours en vie, toujours aussi mignons. Je suis rassuré. Je sais pas pourquoi, j'ai toujours peur d'en trouver un mort quand je rentre, même s'ils ont de toute façon un système qui leur distribue automatiquement à manger quand je ne suis pas là. Mon absence doit pas changer excessivement leur vie mais bon c'est psychologique. Je me redresse, en me sentant obligé d'ajouter un truc après ce coup de tense.

– T'inquiète pas, ils sont gentils… Ils aiment bien les caresses même. Le plus petit c'est Beretta, le moyen c'est Remington et le gros là, c'est Browning. Et…

Je crois que je voulais dire un truc avant de penser à mes poissons. Ah, oui !

– Si tu t'ennuies tu peux utiliser une des consoles. Prend les jeux que tu veux, même s'ils sont pas déballés, j'en achète au cas où je m'ennuie mais ça m'arrive pas assez souvent, alors fais ce que tu veux.

J'ai une bibliothèque complète de jeux, le rêve d'un gamer, mais j'y touche presque pas, même si j'ai toutes les nouvelles consoles parce que ça m'amuse de les tester. Ça me rassure que ce soit là, ça m'assure d'avoir de l'occupation si, un jour soudain, je me trouvais sans rien d'autre à faire. Sinon, c'est réservé aux moments où je déprime un peu et où je choisis volontairement de ne rien faire, mais ils durent rarement plus de quelques heures.

– Mais par contre, touche à rien d'autre, ça pourrait te tuer.

Ou je pourrais le tuer de découvrir qu'il est en train de trafiquer un truc sur mon ordinateur, sur une des machines qui traîne ci et là en attendant que je termine de bosser dessus, ou sur l'un des nombreux flingue accrochés au mur, ou encore s'il essaye de toucher à Anastasie, mon crâne de Vélociraptor que j'ai volé une fois dans un musée parce que c'était un rêve de gosse de posséder un squelette de dinosaure. Ça en jette en déco ! C'est pas une super idée de le faire venir ici, il va sans doute encore plus flipper sur ma santé mentale. Je me dis qu'il y a vraiment beaucoup trop d'armes au mur, même si ce sont d'anciens modèles, beaucoup trop de schémas épinglés par-ci par-là, d'articles de journaux et même de photos de gens que j'ai en cible et que doivent juste ressembler à des photos de gens bizarres qui se trouvent là pour des raisons obscures. J'ai pas pensé à tous les détails… Bon ok, j'avais aussi la flemme de refaire toute ma déco, la flemme de prendre encore le temps de lui permettre de s'installer dans un appartement. J'ai pris un genre de confiance dans l'avion, j'ai eu l'idée peut-être débile qu'on s'entendait pas trop mal et que ça pouvait passer. On verra. De toute façon, c'est trop tard. Je lui dis « à plus tard », et je passe la porte de ma chambre pour m'effondrer dans mon lit. Les rideaux sont déjà tirés, je les ouvre jamais.

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Message  Theodore Wu le Ven 4 Oct 2019 - 17:41

Mes professeurs disaient que j'étais insolent. Et beaucoup d'autres après eux ont fait des commentaires du même registre. C'est juste que je n'aime pas qu'on se fiche de moi. À l'école, je posais rarement des questions parce qu'on nous apprenait surtout des trucs simples et peu motivants. Quand je demandais une clarification à propos d'une incohérence, sur les rares sujets un peu complexes qui soulevaient un minimum mon intérêt, on me servait des réponses fermées ou on ridiculisait ma question sans m'expliquer. Mes parents aussi l'ont souvent fait. Même un enfant peut voir quand on essaie de l'embrouiller. J'ai vite compris que les gens préfèrent prétendre qu'ils savent et ne veulent pas se remettre en question. Au secondaire, mes professeurs me détestaient parce que je les provoquais en les forçant à avouer leur ignorance devant tout le monde et encore plus parce je n'arrêtais pas malgré les sanctions. Je ne m'appliquais jamais pour réussir mes travaux ou les tests sauf quand c'était pour les ennuyer. Je ne trouvais pas d'utilité à faire des efforts à l'école. J'avais la certitude d'obtenir mon diplôme facilement et même en manquant des cours. Elaine m'enseignait à contrôler et développer le potentiel de ma mutation; et elle s'enthousiasmait de ma motivation à m'améliorer. L'école faisait terne à côté.

J'étais assez populaire au secondaire, sauf auprès des élèves studieux, parce que je divertissais les gens en interrompant les cours. Je n'avais pas vraiment d'amis proches, mais tout le monde me connaissait. Je menais ma vie sociale à part, avec mes amis délinquants et artistes. À l'université, l'ambiance différente en cours m'a permis d'essayer de prendre les professeurs au sérieux. Mais même avec de la bonne volonté, je n'ai pas pu garder longtemps la motivation de suivre un programme serré, apprendre par coeur des trucs chiants sans pouvoir les remettre en question et me taper les monologues de vieux cons qui n'aiment que le son de leur propre voix. Quelques-uns m'ont d'ailleurs aussi parlé de mon arrogance; l'un d'eux m'a dit qu'elle se transformerait en qualité dans un tribunal. L'ironie.

Je fixe les nuages sans vraiment les regarder en essayant de ne pas penser à ce qui m'attend demain, et dans quelques jours. Je suis sorti de prison, je vais bientôt dormir. Je suis à côté d'un maniaque avec qui il est impossible de discuter. Non. Je me concentre sur le bruit du jet, les lumières du tableau de bord. La situation doit être toute simple pour Yitzhak. Son plan est limpide dans sa tête – ou alors chaotique et ça lui convient comme ça. Et il a eu le temps de s'y préparer. J'apprécie d'avoir été libéré et je ne serais évidemment pas plus heureux sans son intervention, mais je n'arrive pas à chasser l'impression de danger imminent.

Je ne veux pas lui parler par crainte d'encore envenimer la situation et parce que je ne sais plus dans quel registre m'adresser à lui. Mais le silence ne m'aide pas à me calmer. Mes pensées bourdonnent.

Yitzhak reprend la parole avec calme. Et il me donne des détails. Je songe à lui demander s'il est possédé et s'il a besoin d'aide. Je ne sais pas comment réagir. Je n'ai pas envie de me montrer reconnaissant qu'il daigne me prendre au sérieux après sa petite crise… mais je le suis quand même un peu. Ce qu'il me dit m'aide à mettre de l'ordre dans notre situation. Ça me soulage aussi de ne pas devoir me méfier d'autres rescapés louches, et que Yitzhak ait assez de recul pour habituellement choisir des actions générales plutôt que des sauvetages individuels.

Je décroise les bras et je me redresse un peu dans mon siège en soupirant.

-Ok, dis-je en essayant de paraître détendu.

C'est un effort. Il est petit, mais je ne peux pas faire mieux. Pas envie.

Des gens avec des pouvoirs dangereux, j'en ai croisé pas mal en prison. Certains avaient commis des crimes violents, mais d'autres étaient là pour des infractions mineures qui avaient pris une ampleur folle dans le regard public. Un mec du gang dont je faisais partie s'était fait enfermer pour une histoire de bagarre semblable à la mienne. Il n'avait même pas utilisé son pouvoir, il avait juste gagné la bagarre. Il était assez gentil, mais il ne s'inclinait devant personne. Ce serait le genre de personne que j'aurais pu avoir envie de retourner sauver, mais il s'est fait battre à mort par d'autres détenus.

Je m'approche de l'écran pour voir la liste de musiques, mais aussi pour rompre le contact visuel avec Yitzhak. Des sons que j'aime? Comment il sait ce que j'aime? Je me doute qu'il s'est informé à mon sujet avant de monter un grand plan pour me libérer, mais c'est bizarre qu'il se soit penché sur ce type d'information… et qu'il ai trouvé des réponses. Il a fouillé où exactement? Je joue dans un groupe de rock, ça peut donner des pistes... mais certains artistes peu connus que j'aime sont dans sa liste. Je brûle de le questionner, mais je n'ai plus le droit aux questions. Si je dois me taper une petite crise chaque fois, je vais manquer d'énergie avant la fin du voyage.

Je mets une chanson, je souris à sa blague sur le reggae et j'essaie de ne pas sembler méfiant. Mais c'est bizarre qu'il sache quelle musique j'aime. Il connaît certainement d'autres trucs personnels sans rapport avec la prison. Pourquoi? Je tape doucement le rythme de la chanson avec un doigt sur ma jambe, nerveusement. Je me concentre sur la musique pour me détendre.

***

Je retiens mes commentaires à propos de notre entrée digne d'un film de science-fiction. Un stationnement ouvrant pour le jet, un système qui analyse Yitzhak avant d'ouvrir un ascenseur à l'éclairage rose… J'observe le décor en entrant chez lui pendant qu'il me parle. Son divan est mieux que tout ce dont un ex-détenu peut rêver. Je ne m'attendais pas à avoir un appartement à moi dès mon arrivée, mais j'aurais pensé être isolé plutôt que laissé libre chez lui. Je me suis habitué à être enfermé. C'est inquiétant.

Beaucoup d'armes sur les murs. Beaucoup.

Yitzhak s'exclame et je m'approche de ce qui a attiré son attention. Une table aquarium avec… des piranhas? Habituellement, les supervilains de films avec un repaire plein d'armes ont plutôt des requins, mais les piranhas tiennent mieux dans une table aquarium, je le concède.

-Oui en voyant des piranhas, j'ai toujours envie de les caresser. Merci de la permission!

Je me permets de l'humour parce que la tension a beaucoup baissé depuis que nous avons mis de la musique dans le jet, mais je m'assure d'avoir un ton qui ne laisse pas imaginer de mauvaises intentions.

Il me parle de jeux auxquels j'ai à peine le temps de jeter un coup d'oeil parce qu'il attire tout de suite mon attention sur un risque de me faire tuer. Je ne sais pas s'il est sérieux. Je ne sais pas non plus si j'ai envie de le découvrir. Au milieu de son appartement surnaturel, la collection de jeux détonne. Entre le crâne de dinosaure (est-ce un vrai?), les coupures de journaux (si j'étais encore capable de me concentrer assez pour lire, j'aurais envie de les lire), les photos (de qui?) et les machines mystérieuses (elles servent à quoi?), je suis assez perdu. Le décor surchargé enflamme ma curiosité, mais je reste immobile, incapable de tirer des conclusions ou de chercher des liens.

Yitzhak part se coucher et la porte de sa chambre qui se referme me ramène un peu sur terre. Je fixe le divan. Très blanc. Je suis couvert de sang et de trucs que je préfère ne pas identifier. Lentement, je vais prendre le sac et je me dirige à la salle de bain. Ma première douche seul depuis deux ans. Ça n'a pas de prix. Tant mieux parce que je n'ai pas d'argent. Pas du tout. Je n'ai rien. Faux : j'ai le sac de vêtements neutres. Je pensais que j'étais fatigué, mais me retrouver seul m'assomme d'un épuisement renouvelé. Je jette mes vêtements souillés à ma sortie de la douche. Je mets les nouveaux.

Allongé sur le canapé, je sens le sommeil me happer rapidement. Au milieu des armes et des objets étranges, je me sens inexplicablement un peu plus en sécurité. Quelques heures plus tard, je me réveille avant Yitzhak, encore fatigué mais incapable de dormir. Une sensation dont j'ai l'habitude depuis très longtemps.

Il m'a dit d'utiliser une des consoles. Je les regarde sans descendre du divan. Je reste longtemps immobile à détailler ce qui m'entoure. Ce que je n'ai pas le droit de toucher. Sinon je meurs.


Dernière édition par Theodore Wu le Dim 6 Oct 2019 - 14:58, édité 1 fois
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