De la sensibilité végétale

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Message  Ivy P. Isley le Dim 8 Juil 2018 - 9:43


Deux projecteurs s’assurent le contrôle de la lumière et des ombres. Le premier douche dru la petite scène ronde en centre de laquelle se trouve un guéridon rond. Derrière celle-ci, le logo ainsi qu’un écran de projection avec, de part et d’autres, les coulisses. Devant celle-ci, une salle de conférence de huit-cent personnes où se promènent trois caméras, l’une pour les plans large au centre et les deux autres pour ceux rapprochés d’un côté et de l’autre. Le second projecteur suit l’avance de l’intervenante, accompagnée du bruit de ses sandales à talons et du silence croissant du public.

Sa peau de rousse, plus pâle encore qu’elle ne l’est naturellement, est partiellement couverte de ses cheveux qui tombent sur sa robe verte très ajustée, dénuée de manches mais pas de décolleté, et accompagnent celle-ci jusqu’à ses genoux. Certaines mèches collent à son visage légèrement brillant, glissant le long de la courbe de la mâchoire, tandis que ses lèvres se plissent dans le sens inverse sous l’effet de la nervosité et du stress. D’autres s’attachent à son cou qui supporte une fine chaine de bronze au bout de laquelle se trouve un pendentif vert stylisée en une fleur. De leur côté, ses mains pressent le micro contre un petit pot dans lequel se tient une plante aux feuilles typiques, chacune ayant un long pétiole et deux paires de pennes très rapprochées comme nombre de végétaux tropicaux.

Une fois le pot posé sur le guéridon, l’intervenante se place à son côté tandis que ses mains se joignent au niveau du bassin. Les doigts de la droite se referment sur le pouce de la gauche tandis que l’index de celle-ci commence à les gratter nerveusement. Regardant son public, elle esquisse un sourire gêné. Les murmures lui répondent durant plusieurs secondes avant qu’enfin elle rompe la liaison de ses mains et prenne une grande inspiration pour parler. Elle se tourne alors vers la plante et la désigne d’une main tandis que l’autre porte le micro à sa bouche, l’écran derrière elle affichant un zoom de ce qu’elle désigne.


« Bonsoir à tous, j’aimerai vous présenter Jo. C’est un mimosa pudique. Inutile de vous dire qu’il est un peu stressé d’être ici ce soir. Mais nous le sommes tous, je crois. Courage, ça va bien se passer.
Vous savez, on m’a longtemps considérée comme folle car je refuse la frontière idéologique entre les humains et les végétaux.
Pour beaucoup de monde, c’est normal de traiter Jo comme un objet, pourtant personne n’ignore que c’est un être vivant. Il y a trois obstacles qui empêchent les gens d’éprouver de l’empathie pour une créature comme Jo : elle ne communique pas, ne se déplace pas et surtout elle n’a pas de cerveau. Ensemble, j’aimerai qu’on se penche sur ces trois préjugés.

A mon entrée à l’université, je me suis dirigée vers les études de biochimie car, ayant toujours été proche d’elles, je savais que les plantes pouvaient interagir avec les gens ; l’herboristerie et la parfumerie n’auraient pas été développées sinon. Lorsque nous sommes près d’un végétal vivant, chacune de nos bouffées d’air aspire une petite partie des messages olfactifs qu’il émet et je voulais savoir si ça n’était pas là une forme de communication. Après tout, beaucoup d’espèces communiquent déjà par leurs odeurs. Non, ce n’est pas dégoutant quand votre chien renifle l’urine d’un autre, considérez plutôt qu’il consulte son mur pee-book.
Comme vous vous y attendez probablement, les végétaux communiquent en partie olfactivement eux aussi. Et, non content d’utiliser cela pour échanger entre eux, ils peuvent également produire des phéromones animales et communiquer avec nous. Tandis qu’ils se faisaient brouter copieusement par des chenilles, mes sujets d’études comme ceux des autres chercheurs ont toujours réagi de similaire manière : d’abord, ils prévenaient leurs semblables alentours de la présence du prédateur, par l’intermédiaire de leurs phéromones aériennes comme de leur réseau racinaire. Ensuite, tous augmentaient la toxicité de leurs feuilles, pour dégouter les chenilles, et l’infecté produisait les phéromones animales. Testées en extérieur, celles-ci ont attiré des passereaux, prédateurs des chenilles qui embêtaient nos plantes.

Ça semble logique, quand on y pense, que lorsqu’on ne peut pas se déplacer il faille faire venir les autres à soit. Ceux qui ont connu des problèmes avec l’administration doivent voir de quoi je parle. Comme une plante, l’administration a tendance à sembler immobile et végétative. Pourtant elle bouge. Une plante aussi. En 1880, Charles Darwin a publié le livre Le pouvoir du mouvement chez les Plantes mais le préjugé a survécu alors qu’il suffit de regarder Jo ci-présent pour voir un végétal bouger. C’est la particularité des mimosas pudiques que de replier leurs feuilles au moindre choque mais je suis sûre que vous pouvez trouver d’autres plantes qui bougent ; plantes carnivores et tournesols sont des exemples faciles.
Après, c’est vrai qu’aucun végétal ne quittera jamais le lieu où il pousse. Mais la pousse elle-même est un mouvement, même s’il prend des mois et des années. Et c’est d’autant plus important de maitriser ce mouvement qu’on ne choisit pas le lieu où on le commence. Les végétaux cherchent les endroits irrigués en se basant sur le son, c’est démontré en laboratoire depuis 2012 : en présence d’un son continu dans des fréquences qui correspondent à un mouvement d’eau, les racines se dirigent vers la source sonore. De même, ils se positionnent à la lumière quand ils le peuvent, afin de recueillir de leurs feuilles l’éclairage disponible ; c’est pour cela que chez les arbres adultes, les houppiers sont aussi importants tandis que les branches basses sont rares. Quand ils sont encore enfants, les arbres survivront au manque de lumière grâce à leur mère, auprès de laquelle ils seront tombés ; c’est donc le réseau racinaire qu’ils chercheront à établir, réseau qui s’étendra à terme avec tous les membres de leur espèce à proximité. Cette recherche d’eau, de nourriture et de contact social est un mouvement, discret et lent, qui n’est pas si différent de ceux des animaux ou des humains.

C’est bien beau mais cela ne change rien au fait que les plantes n’ont pas de cerveau. Sachant cela, tout ce qu’elles peuvent faire ne doit être que réaction automatique à des stimuli extérieurs. On ne peut pas avoir de conscience sans un organe pour la générer. Pourtant, sachez que l’on a déjà réussi à rendre des plantes inconscientes en laboratoire. C’était très simple à faire, nous leur avons injecté des anesthésiants, les mêmes que ceux que l’on utilise sur les animaux et les humains, et les effets d’empêchement des réactions ont été là. Egalement, nous avons cherché à savoir si une plante pouvait ressentir de la douleur, chose qui nécessite là-aussi un cerveau. Quelque soit l’agression, depuis l’arrachage d’une branche au grignotage des feuilles, nous avons pu suivre un message électrique se répandant dans le sujet à la vitesse d’un mètre par minute. C’est plus lent que pour les humains mais c’est le même message.
J’ai évoqué tout à l’heure, brièvement, le réseau racinaire des végétaux. En plus des nutriments et des messages chimiques, celui-ci permet de transporter des messages électriques. Les plantes sont donc capables de transmettre des messages chimio-électriques non seulement en elles mais aussi envers les autres. Ce n’est pas un processus inédit, il est même plutôt connu : les synapses de notre cerveau, à l’intérieur même de nos neurones, fonctionnent ainsi. Du fait, les plantes ont une sorte de cerveau diffus, sur toutes les cellules de leur corps, alors que les animaux, et les humains, le concentrent en un seul organe.

Notre cher Jo ci-présent communique, se déplace et est capable d’assurer les fonctions de base d’un cerveau. Non, il n’a pas de langage articulé complet, de jambes ou d’organes comme nous. Cependant, il a tout de même une sensibilité qui n’est pas si différente de celle des animaux, de la nôtre.
Aujourd’hui, je ne suis plus la seule à remettre en question la frontière idéologique entre animaux et végétaux : les recherches scientifiques de nombreuses institutions le font également.
Je ne sais pas si cela veut dire que je suis guérie. Ce que je sais, en revanche, c’est que l’histoire partagée de l’homme et de l’animal a pris un tournant positif ces dernières années. Nous savons aujourd’hui que les animaux présentent en de multiples domaines la même sensibilité que les humains et cherchons des moyens de les traiter mieux. Même si leur vie sensorielle et leurs capacités cognitives sont encore méconnues, les végétaux en ont également. Nous ne devons pas les oublier dans l’évolution positive actuelle. Merci !
»

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