Le temps des cerises

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Le temps des cerises

Message  Alexstrasza le Sam 28 Oct 2017 - 13:42


Adirondack Park, situé dans le nord de l’Etat de New York, est le plus grand parc protégé des Etats-Unis. En son sein, la forêt préservée d’High Peaks Wilderness contient 36 des 46 hauts sommets de la chaine de montagnes ayant donnés son nom au parc. Principalement boisée avec des feuillus et des conifères, la zone a une faune locale diversifiée à laquelle je me suis plutôt bien accoutumée. L’absence de sangliers aurait pu être dramatique si je n’avais pas trouvé bien mieux en la présence des orignaux venu du Canada voisin, connu en Europe comme les élans. Il est même un lac au sud de North Elba pour avoir été nommé d’après eux, le Moose Pond, et il n’est qu’entre une quinzaine et une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau du Mont Marcy, le plus haut sommet de la région. C’est sans doute parce que plusieurs kilomètres le séparent des habitations les plus proches que le point d’eau attire les timides cervidés ainsi que leurs cousins plus petits, comme les cerfs de Virginie. Avec une trouée dans les bois au nord-ouest du lac, laquelle encadre le plus large affluant, il est aisé de voir venir les prédateurs locaux, comme l’ours noir ou le puma pour ne citer que les plus intéressants. Mais, quelque soit le nombre d’animaux à user des cours d’eau pour s’abreuver, il y en aura toujours pour le faire sur les berges de l’étendue aqueuse, longue de quelques centaines de mètres et large d’une seule. Bien que placide, l’eau y est toujours trouble du fait des vagues et des courants ; chose qui n’empêche de percevoir lorsqu’elle se trouble sous l’avance et les lapements.

C’est ce qui arrive actuellement, la surface reflétant le soleil d’automne perturbée par le pataugement de plusieurs quadrupèdes. Une douzaine surement, relativement petits ; deux mètres de long, probablement moins. Ce ne sont donc pas des orignaux, lesquels sont solitaires la plupart du temps, même s’ils ne tarderont pas à vivre en couple puisque la période de rut a commencé, et surtout plus massifs. En effet, avec  cinq à sept cent kilogrammes pour les mâles et trois cent cinquante à six cent pour les femelles, c’est la proie idéale puisque deux-trois suffisent à combler mon appétit. Une dizaine de chevreuils comme ceux qui boivent actuellement n’en serait pas capable… mais ils sont l’un des grands mammifères les plus communs du continent. Un mammifère plus téméraire en automne, même s’il doit attendre novembre pour sa saison de rut, et réputé pour traverser les routes sans crainte des voitures. Il n’y en a aucune qui puisse nous atteindre ici mais ils semblent plus attentifs. Partiellement logés sur l’une des bandes de terre dégagée accompagnant le lit de la rivière citée précédemment, ils ne s’aventurent guère dans les eaux. Il y a quelques générations encore, les animaux du coin n’avaient aucune méfiance de la surface mouvante. Désormais, seuls les jeunes de l’année croient encore que le danger ne peut venir que de l’orée des bois.

Ils sont tendus et moi aussi, leurs têtes se relevant régulièrement tandis que mes griffes s’enfoncent dans le sol meuble pour tâcher d’y raffermir leur prise. Quelque chose les observe, ils le savent. Ils la cherchent, surement. Avec les rides qu’ils créent comme les images qu’ils projettent, il m’est possible de savoir lesquels ont des cornes et ceux-ci sont tout à la fois les plus gros et ceux réclamant le plus de précaution dans l’attaque, afin d’éviter de me retrouver avec une écharde dans la gueule. Avec une simultanéité effrayée, ils se redressent pour regarder quelque chose qui échappe à mon champ de vision. Qu’importe, je me saisis de l’occasion : mes pattes postérieures poussent sur le sol comme lors d’un saut et ailes comme queue alimentent une propulsion d’une puissance improbable. L’éclaboussure aveugle et renverse tout le reste du troupeau alors que son membre le plus avancé n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. Tous fuient chaotiquement pendant que lui se retrouve à plus d’une douzaine de mètres du sol, les pattes avant brisées par l’impact avec une gueule qui se referme brutalement sur son buste dans un broyage osseux et humide accompagné d’une électrocution.

Quelques instants après que l’éclaboussure soit retombée aux alentours, mes pattes en font de même sur la bande de terre qui tremble sous mon poids alors que les cerfs terminent d’évacuer la zone. Des gouttes de sang se joignent à celles d’eau, chutant d’un peu plus de huit mètres de haut avant de se mélanger à l’herbe détrempée qui sera bientôt boue végétale. Un tiers plus long qu’elle, le cervidé de près de deux mètres de long pendouille dans ma gueule alors que je m’extirpe complètement de mon embuscade, dévoilant l’entièreté de mon tronc et de ma queue. Me tendant de tout mon long, dépassant la quinzaine de mètres, je commence par me secouer la tête et le geste se propage sur l’entièreté de mon échine depuis mes deux paires de cornes jusqu’au bout de ma queue tandis que mes ailes membraneuses aux phalanges terminées par des griffes se déploient sur une dizaine de mètres, moins de la moitié de leur envergure. Cela fait, j’hume l’air par le museau couronné d’une petite corne, respirant pour la première fois depuis plusieurs heures. Les nombreuses odeurs des forêts montagneuses et de leur faune me parviennent, s’accompagnant d’une fragrance parfaitement inconnue.

Cachés derrière des membranes nictitantes rougeoyantes, mes yeux fendus parcourent les alentours à la recherche du responsable de cette odeur, probablement identique à la créature qui effrayait les cerfs précédemment. Elle se rapproche d’un félidé, sans être ni lynx ni puma, mais a également quelque chose de très familier, quasiment d’humain. Relâchant ma proie qui tombe dans un nouveau bruit de chair broyée, je tourne la tête de l’orée des bois d’où provient l’odeur et libère ma langue fourchue pour la capter au mieux malgré l’absence de vent, à l’affut du moindre mouvement. Et, afin d’en provoquer un, je fais un pas en avant.

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Re: Le temps des cerises

Message  Leandra Albarez Muñoz le Mer 6 Déc 2017 - 11:28

Dans trois mois j’suis majeure. Plus j’y pense, moins j’y crois. J’ai l’impression qu’y’a erreur sur la personne. L’droit d’voter. J’vois pas trop c’que j’en f’rai. C’est pas comme si j’allais r’tourner au pays pour les élections. Et côté procuration, encore faudrait-il que j’m’intéresse un tant soit peu à la question. Autant dire qu’c’est clairement pas l’cas. Pourtant, ça m’fait tout drôle. L’idée qu’tout d’un coup, sous prétexte que j’ai un jour de plus, mon avis compte. L’excuse du « t’es trop jeune pour comprendre » ou le sempiternel « ça t’concerne pas » pourront plus faire effet. J’s’rai un membre à part entière d’la société. Ç‘en est presque flippant.

Parce que ça suppose plein d’choses. Et la première d’entre elles qu’est pas la moindre : que j’ai un avis sur quoique ce soit. Jusqu’à maint’nant j’m’étais contentée d’vivre ma vie au jour l’jour, sans m’préoccuper d’grand-chose si c’n’est Nina. Mais, tout à coup, j’ai la sale impression que tout va changer. Qu’en contrepartie d’la majorité, va falloir que j’contribue au groupe d’manière productive. Sauf que c’est pas ma spécialité, loin d’là. J’suis plutôt du genre à aller voir ailleurs si j’y suis. Alors, penser qu’à la fin d’l’année scolaire ça va être le grand choix des études supérieures m’paralyse tout bonnement. Notamment parce qu’j’ai pas encore décidé si l’université c’était fait pour moi. J’m’explique : Pa’ et Man’ ont absolument pas les moyens d’me payer une fac américaine et j’ai clairement pas l’niveau scolaire pour avoir la moindre bourse. On m’a bien proposé d’rejoindre des clubs ici ou là pour viser la bourse sportive mais ça m’botte pas du tout. Côté sport co’ plutôt crever, j’finirai par massacrer mes coéquipières avant d’arriver au moindre résultat. Quant aux sports individuels, y’en a pas un seul auquel j’me vois accorder suffisamment d’temps pour intéresser le moindre recruteur. Alors quoi ?

A vrai dire, si j’suis honnête, la seule chose qui m’branche vraiment ces temps-ci, c’est les entraînements au Manoir. D’puis ma visite à Sage, la symbiose avec Nina s’passe beaucoup mieux et on a vachement avancé avec Logan. Sauf que j’suis pas encore sûre d’être prête à m’engager pleinement auprès des X-Men. Ça suppose trop d’choses. Faire une mission de-ci, de-là, pourquoi pas ? Mais signer définitivement, j’sais pas, j’me vois pas l’faire. En fait, y’a rien que j’me vois faire sur le long terme. C’est bien là mon problème. Parce que si j’avais une passion, j’pourrais toujours trouver les moyens d’l’assouvir. J’veux dire, j’suis sûre que l’Institut a des bourses pour les jeunes sans l’sou. Mais une bourse pour faire quoi ? L’angoisse…

C’qui explique ma situation actuelle. Paumée au beau milieu du plus grand parc des US. ‘Fin non, j’suis pas perdue, j’sais ptêt’ pas où j’suis mais c’est voulu. J’avais b’soin d’air frais pour pas péter un câble à force d’réfléchir, alors à défaut d’avoir les moyens d’rentrer au pays pour laisser libre cours à ma nature féline en pleine jungle, j’suis allé taper dans mes maigres économies pour m’payer un billet direction l’nord de l’Etat et l’Adirondack Park. C’est pas mon environnement habituel mais c’est suffisamment sauvage pour calmer ma soif d’verdure. J’ai juste pris d’quoi camper quelques nuits à la belle étoile et puis j’suis partie. J’ai même pas laissé d’mot. J’sens qu’ça va chauffer pour mes fesses en rentrant. Mais là, j’en ai rien à faire. Ni d’la tronche d’mes profs quand va falloir leur expliquer pourquoi j’ai séché les cours sans raison valable, ni d’la punition qui m’attend sans aucun doute à mon r’tour au Manoir pour m’être barrée sans prévenir personne. ‘Fin, à condition qu’ils s’en rendent seulement compte parce qu’on est un certain nombre et comme j’suis pas hyper sociable, si ça s’trouve y s’diront juste que j’suis dans « une de mes phases » comme j’ai entendu quelqu’un les appeler. Dommage que j’ai pas vu qui c’était sinon j’lui aurais expliqué c’que j’pense d’ses expressions d’mes deux. Avec mes poings.

Mais peu importe, j’suis au milieu d’nulle part, avec pas un humain à la ronde et c’est tout c’qui compte. J’me déshabille donc sans honte avant d’laisser la main à Nina. Main’nant qu’on partage vraiment notre esprit d’manière à peu près cohérente, j’le fais d’plus en plus. Parce que mes problèmes paraissent tout à coup insignifiants vus à travers l’filtre d’ses priorités à elle. Nous étirant, on pousse donc un rugissement pour l’fun et j’sens sa fierté lorsqu’on voit une nuée d’oiseaux s’enfuir, sans doute terrifiés par c’nouveau prédateur inconnu. Dans ma forme humaine, j’aurais sûrement souri. Sous cette forme, j’me contente d’me lancer à la poursuite de rien, profitant juste d’l’adrénaline qui affûte tous mes sens. L’moindre branchage contre mon flanc, l’moindre souffle dans mes moustaches, je sens tout, je vis tous tout, je suis tout.

Pour la première fois d’puis des semaines, j’me sens libre, réellement sans entraves. Pas d’exigences ni d’attendus, rien qu’le vent sur mon pelage, l’odeur du sous-bois dans mes narines et l’excitation d’Nina dans mes veines. J’la laisse donc s’fatiguer à courir dans tous les sens avant qu’la soif s’fasse finalement sentir. Sauf que j’ai aucune envie d’me transformer à nouveau. La terre sous mes pattes m’attire bien plus que l’toucher d’mes vêtements alors j’me dirige vers le plus proche des points d’eau toujours à quatre pattes.

J’ai en effet r’péré un immense lac tandis que j’courrais d’tà l’heure alors j’m’en approche sans peur. Jusqu’à c’que Nina s’arrête pour humer l’air. J’reconnais immédiatement l’odeur du chevreuil, les alentours du Manoir en sont plein. J’comprends donc qu’elle veut s’adonner à un peu d’chasse et j’y vois pas l’mal. D’façon j’avais pas pris grand-chose question nourriture alors un peu d’viande fraîche m’fera pas d’mal. M’collant contre l’herbe, j’cherche la position sous l’vent qui nous évit’ra d’nous faire remarquer. Puis, on attend l’moment propice.

Sauf qu’y vient jamais. A la place, la scène la plus terrifiante à laquelle j’ai assisté dans ma courte vie prend place : un putain d’dragon surgit d’nulle part. UN. PUTAIN. DE. DRAGON !!!! Mais dans quel monde vit-on ? C’est pas censé exister que dans les films d’Hollywood ces conneries ?! Sauf que l’odeur de sang qui envahit les lieux mêlée à la panique totale d’Nina qui n’comprend pas d’où sort ce super-prédateur qu’elle avait pas r’marqué jusqu’alors laisse hyper clair que j’suis pas en train d’rêver. Alors, j’fais la seule chose censée : on s’fait l’plus petites possible d’manière à s’faire oublier.

Mais, bien sûr, c’était sans compter sans l’combat entre mes instincts et ceux d’Nina. Et ces derniers sont totalement paradoxaux. D’un côté, elle veut imposer sa prédominance sur ce lieu qu’elle a choisi comme son territoire provisoire. De l’autre, elle veut s’aplatir jusqu’à disparaître du champ d’vision du reptile volant. Alors, lorsque ce dernier fait un pas dans notre direction, elle pousse un cri pathétique entre le rugissement colérique et l’appel à l’aide avant d’pencher la tête en avant comme pour montrer sa gorge en signe de soumission à un alpha plus puissant qu’elle. D’mon côté, mon cerveau est resté bloqué à PUTAIN. DE. DRAGON. Autant dire que j’donne pas cher d’not’ peau. Point positif : mes angoisses existentielles n’auront plus d’raison d’être si j’atteins jamais la majorité.

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Re: Le temps des cerises

Message  Alexstrasza le Ven 22 Déc 2017 - 5:21


J’ignore si ma technique pour chercher à faire bouger les choses est signe d’intelligence ou de bêtise. Sans doute l’est-elle des deux : d’intelligence car cela évite de simplement rester à chercher sensoriellement, comme la plupart des autres animaux l’auraient fait, et aussi de bêtise car ça doit provoquer la fuite de l’objet de ma curiosité, pour peu que mon entrée en matière ne l’ait pas déjà fait. Mais j’y pense pas avant d’agir et ça marche quand même. J’en serais pleinement satisfaite si je n’avais pas une autre raison d’être perturbée intérieurement. Oui, mon action a déclenché un cri mais quel cri est-ce là ? J’ai l’impression d’un gros chat qui s’est coincée la queue dans une porte, à la fois agressif envers elle et toujours plus en détresse à mesure qu’il lui donne des coups de pattes, puisque la porte se referme encore plus sur sa queue. Une belle situation à s’en mordre la queue, ce que fait la porte…

Mon attention visuelle se tourne d’instinct vers l’origine du son et c’est en effet un félidé qui ne fait pas le fier, tapis à l’orée des bois et faisant la carpette pour montrer sa soumission. Sa tête est robuste, ses oreilles sont rondes, ses pupille aussi. Son corps est trapu et semble encore plus court sur pattes qu’il cherche à paraitre le moins imposant possible, une réussite magistrale selon moi. D’où que je n’arrive pas à estimer sa hauteur au garrot d’ailleurs, là où il m’est clair que sa longueur est d’environ un mètre soixante-dix pour un poids entre les cinquante et les soixante kilogrammes ; soit dans les eaux d’un cerf de virginie comme celui que je viens de tuer. Je ne suis pas certaine de son espèce non plus, d’autant que jaguar ou léopard ne doivent pas présenter cette odeur trop proche de l’homme. Mais peut-être est-ce simplement une imprégnation, je ne suis pas encore capable de le dire. Ce que je suis parfaitement capable de dire en revanche, c’est qu’il me reconnait comme la chef.

Une chef qui commence à s’approcher de l’autre animal avec une grande lenteur. Je ne l’ai pas fait fuir les deux fois précédentes et espère bien qu’il respecte le dicton de jamais deux sans trois. Ainsi, j’en baisse la tête à mon tour jusqu’à ce que ma mâchoire, longue d’un mètre quarante environ et large d’un vingt au niveau de la jointure, frôle le sol des petites cornes qui s’en échappent, dont la taille est similaire aux dents d’une vingtaine de centimètres en moyenne qui dépassent également de ma gueule. Enfin, les deux canines inférieures sont deux fois plus longues et trois fois plus larges que les autres, s’avançant comme des défenses, mais je mise plus sur la peur de la fuite que mon attitude de curiosité pour éviter que l’autre animal ne s’échappe. Ou ne tente de s’échapper : sa soumission doit venir du clair sentiment qu’il n’y arriverait pas. Ce qui est entièrement vrai. Ma curiosité comme le fait que j’ai déjà une proie et n’en chasserait pas d’autres avant de l’avoir honorée comme il se doit me font savoir que je ne ferais pas de mal au félin mais lui n’en sait rien, pour l’instant.

Tout en m’approchant, mes narines témoignent des régulières inspirations afin d’analyser au mieux l’odeur et c’est pour cela que, une fois approchée, ma langue fourchue se joint à la partie. Les deux extrémités brossent un instant le pelage, offrant toute la douceur dont je suis capable, et me font constater ce que les pumas m’ont déjà appris : les félidés sont plus propres que la moyenne des bestioles, même si cela ne change rien à leur cuisson. Rappelant mon attribut reptilien à l’intérieur de ma gueule, je continue de quasiment loucher sur mon vis-à-vis un instant puis m’en relève la tête pour le voir de haut. Je penche à gauche puis à droite et m’assure ainsi que je suis bien la responsable de son cri précédent et qu’il ne soit pas coincé dans un quelconque piège ; une chose qui aurait expliquée son absence de fuite comme son bruit suscité. Mais non, je suis bien l’objet de tous ses ennuis. Je suis la chef.

Du coup, je n’en vais me comporter comme tel. Me fiant à mes sens draconiens, j’use du strobile écailleux tout au bout de ma queue pour pousser l’objet de mon repas vers celui de ma curiosité. Le cervidé traine ainsi dans la boue jusqu’à ce qu’il rejoigne l’herbe et je m’assieds alors. Un penchement des trois mètres vingt de mon cou me permet d’attraper ma barbaque par la patte et s’en suit un indélicat haut-bas de la tête. Le membre me reste dans le bec tandis que le reste atterrit une troisième fois dans la boue, continuant sa transformation en purée, puis c’est devant le félidé que je dépose mon cadeau. J’ignore si c’est moi qui l’aie appris des humains ou si ce sont les humains qui me l’ont appris mais, dans les deux cas, le meilleur moyen d’atteindre le cœur de quelque chose c’est par son estomac. Enfin, techniquement c’est à travers sa cage thoracique mais là j’essaie que la bestiole survive.

Mon don fait, je me retourne vers le cadavre et libère un instant de souffle ardant sur lui, l’huile lui collant aux restes et commençant la cuisson. C’est avec un instant de retard que je me rappelle que la plupart des animaux ont peur du feu et c’est donc un peu lourdement que je m’allonge entre celui qui m’intéresse pour la science et celui qui m’intéresse pour la gastronomie. Ouais, on a connu plus rassurant que faire trembler le sol en se laissant tomber dessus mais au moins l’autre ne voit plus les flammes. Il doit juste avoir l’odeur mais qui résiste à la viande en train de cuir ? A part les herbivores, je veux dire.

Arquant le cou une nouvelle fois, j’en reviens donc au félidé et penche la tête sur le côté afin de changer mon point de vue et d’audition sur son cas. C’est définitivement lui dont l’odeur est mélangée entre le félin et l’humain, il n’y a pas d’imprégnation ; enfin, autre que celle de la cuisson. Mais comme ce n’est pas la sienne, je tâche de faire abstraction. C’est dur, l’odorat ne pouvant être filtré comme l’ouïe. Et puis j’ai faim, on ne va pas se mentir. Et quand l’estomac d’une créature de dix tonnes se manifeste, c’est d’un autre timbre que le ronron d’un chat. Ronron d’un chat que je sais faire d’ailleurs, chose qui m’a même permit de faire pas mal de vue sur Youtube ! Mais reproduire le ronronnement sous forme humaine ça va, sous forme draconienne la caisse de résonnance est telle que ça donne parfois le mal de mer. Après, j’essais tout de même et attends de voir comment le gros chat y réagit.

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Re: Le temps des cerises

Message  Leandra Albarez Muñoz le Mer 10 Jan 2018 - 13:36

Il s’approche. IL. S’A.PPRO.CHE. Et nous, on reste bloquées. Comme deux crétines incapables d’bouger pour sauver leurs miches. Paralysées sur place, j’vois not’ mort arriver à pas lents et j’peux rien y faire. L’pire c’est qu’le foutu monstre s’presse même pas. Y voit qu’on est bloquées et prend son temps pour en finir. Après tout, pourquoi s’fatiguer quand l’est clair qu’on va nulle part ? Putain ! J’veux pas mourir ici. J’veux pas mourir tout court. Sauf qu’je vois pas quoi faire contre un monstre à côté duquel un éléphant fait figure de fourmi. L’temps qu’je me décide à bouger, y l’aura fait qu’une bouchée d’nous. Alors, tel l’animal ébloui par les feux d’la voiture, j’reste immobile, fixant la mort dans les yeux. Ou en l’occurrence les dents parce que c’est c’qu’est à hauteur d’mon regard alors que l’reptile volant approche sa gueule pour en finir avec mes jours et ceux d’Nina.

Puis, alors qu’la langue fourchue s’approche d’not’ pelage, j’peux pas m’empêcher d’me plaquer encore plus cont’ le sol dans un mouvement instinctif pour échapper à la mort. L’cri plaintif qui m’échappe est tout bonnement pathétique et j’me surprends à fermer les yeux, finalement pas fichue d’faire face à not’ fin. Et, soudain, alors que qu’que chose d’humide et chaud m’parcoure l’échine de haut en bas, un frisson s’empare d’tout not’ être. Mais, à ma grande surprise, ce premier essai pour savoir quel goût on a n’est pas suivi de la douleur fulgurante d’canines d’la taille d’un bras d’lutteur s’enfonçant dans ma chair. N’comprenant pas c’qui s’passe, j’ouvre un œil et voit l’monstre qui nous observe sous toutes les coutures. On n’est pas assez bien pour lui ou bien ? Oui, j’sais, j’devrais m’réjouir plutôt que m’vexer mais la logique est partie en vacances au moment où le dragon est entré en scène alors allez vous faire…

Vous en voulez une aut’ preuve ? Bah ouvrez les yeux et r’gardez un peu c’qu’est en train d’se passer. Au lieu d’nous bouffer, l’dragon dépèce son chevreuil d’vant nous et même la boue qui l’recouvre arrive pas à m’en dégoûter. Est-ce que c’est une sorte d’dernier dîner du condamné ? Sûrement pas si j’y pense, après tout, jusqu’à nouvel ordre les animaux ont pas l’concept de charité donc donner à bouffer à une future proie n’a aucun sens. Soit elle est déjà assez fournie en chair et on attaque, soit on passe son ch’min. Mais engraisser sa nourriture c’est un truc d’humain. Reste que j’sais pas vraiment dans quelle catégorie placer les dragons alors j’sais pas c’qui marche ou pas dans la situation présente. Tout c’que j’sais c’est que c’est pas moi qui décide. Alors j’suis les directives pour autant que j’puisse les comprendre. Et déjà faut qu’j’arrive à déterminer si on a l’droit d’manger ou pas. Nina semble penser qu’non. Qu’tant qu’le dominant du groupe - en l’occurrence pas nous - n’a pas mangé, mieux vaut attendre son autorisation. Sauf que l’dit dominant est c’lui qui nous a fourni la nourriture alors…

On en est là d’nos débats internes qu’soudain l’dragon s’met à rôtir sa part. La vue du feu sorti d’nulle part panique Nina qu’est sur l’point d’fuir mais j’arrive à r’prendre l’contrôle en lui rappelant qu’on irait pas bien loin en vie. On observe donc l’maître d’not’ destinée avec attention – et pas qu’un peu faim maintenant qu’l’odeur d’viande grillée arrive jusqu’à nos narines – attendant d’savoir c’qu’il convient d’faire. Et autant dire que j’sais pas trop quoi faire du bruit qu’y s’met soudain à émettre. Ça r’semble à une troupe d’hélicoptères à l’arrêt. L’monde s’met à trembler et Nina l’imite très bien, incapable d’réagir autrement maintenant que l’option d’la fuite est impossible. D’mon côté c’pendant, j’décide que perdues pour perdues, on partira pas l’estomac vide. Sauf que maint’nant qu’j’ai constaté qu’il existait une option grillades, l’tartare d’chevreuil m’tente vachement moins. Alors, faisant preuve d’une stupidité sans nom – ou d’un grand courage diraient d’autres mais perso j’a fait assez d’conneries dans ma vie pour savoir en r’connaître une et là ç’en est une de catégorie olympique – j’prends l’bout d’chevreuil dans ma gueule et en quelques foulées fait l’tour du monstre pour m’retrouver côté feu d’camp. J’y lance alors mon r’pas avant d’le récupérer la s’conde d’après. J’ai toujours aimé la viande saignante, à la limite du bleu, et ce avant même Nina.

Puis, dans un geste complètement idiot parce que, un c’est l’dragon qui m’a donné c’te viande, et deux j’vsoi pas comment j’l’empêcherais d’me la r’prendre si l’envie lui en prenait, j’protège mon butin entre mes pattes de d’vant avant d’commencer mon festin. Et pour finir d’tenter l’destin – on a d’jà dit que à situation d’merde, solutions d’chiasse, vous vous souv’nez ? – j’jette un r’gard d’défi au lézard surdimensionné. Bon à vrai dire c’est Nina qui lui jette parce que moi, si j’étais totalement honnête avec nous-même, j’serais plus tentée d’le remercier. Sauf que j’ai pas la moindre idée d’comment m’y prendre. Mais, vu que ça m’a jamais arrêtée avant, sans faire l’moindre cas des protestations on n’peut plus vocales d’Nina dans not’ esprit partagé, j’déchire la moitié d’l’offrande qui nous a été faite et la rend à son légitime propriétaire. Chez certains animaux ça s’rait considéré comme d’la faiblesse – on n’lâche pas sa proie, même face à plus fort qu’soi – mais pour l’instant, l’dragon a plutôt fait preuve d’un comportement atypique et j’dirais même proche d’l’humain alors quitte à tenter not’ chance, autant aller jusqu’au bout non ?

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Re: Le temps des cerises

Message  Alexstrasza le Sam 20 Jan 2018 - 5:44


Mes dents peuvent-elles servir de défibrillateur ? C’est à l’aide d’un arc électrique que j’enflamme mon huile pour générer mon souffle et que je peux électrocuter une proie se trouvant dans ma gueule donc ne pourrais-je pas m’en servir pour relancer le cœur d’un être vivant ? Il faudra que j’essais. Après, connaissant mes tentatives de résurrection, si le gros chat meurt d’un arrêt cardiaque il est plus probable que je le cuise que je le sauve ; à croire que tout finit toujours par la cuisson. Il ne fait pas de crise cardiaque pour l’instant donc je n’en saurais rien et c’est sans doute mieux. Il fait un autre cri pathétique par contre mais cette fois c’est juste plaintif, genre la porte a gagné. A moins que ça ne soit moi, la porte. Sauf qu’on a déjà convenue que je suis la chef, je ne peux pas tout faire. Et comme je fais surtout des conneries, ça occupe bien.

Cela étant, le félin réagit plutôt bien à la présence du feu : il pue la peur mais c’est pas nouveau et il arrive mieux à se ressaisir face à la flamme que face à moi. Intéressant, très intéressant. Ce n’était peut-être pas tellement une ânerie que de ne pas cacher mon souffle tout de suite. Ouais, on va même dire que c’était une bonne idée, comme ça j’en aurai eu une rétroactivement. Je suis trop forte. Je suis la chef. Une chef que l’autre animal regarde avec attention, dans l’expectative et l’odeur de viande en train de cuir. Ce qui nous fait un point commun. Voir deux. Le moment idéal pour ronronner, en somme. Le ronronnement, niveau social, c’est comme le rire : ça détend tout le monde. Sauf que face au ronronnement draconien, le félin gagne encore un niveau de tension. Il tremblerait pas plus si je l’électrocutais, je crois, même si je prévois pas de le savoir, encore une fois. Sauf en cas d’arrêt cardiaque. Histoire de l’éviter, donc, je m’en arrête aussi vite de ronronner.

Mais, plutôt que de continuer dans sa frayeur, mon interlocuteur finit enfin par agir et mon cou s’arque alors que je le regarde faire avec attention. Le ronronnement a marché : voici que le gros chat s’en ose bouger et va mettre l’offrande de paix dans le feu… ce qui me fait pencher la tête d’incompréhension. Okay, je suis peut-être plus imposante que la peur primaire de l’élément flamboyant mais, à ma connaissance, y’a que deux animaux qu’ont compris l’utilité de cuir leurs aliments ; enfin, qu’on prise l’habitude parce que je sais pas si tous les humains savent que la viande se digère plus facilement une fois cuite et que c’est la diminution du système digestif depuis la découverte du feu qui leur a permis d’allouer plus de ressources au développement de leur cerveau. Cela étant, le félin sent l’humain et c’est peut-être parce qu’il en possède des traits. Physiquement, ça ce voit pas. Mais peut-être qu’intellectuellement… encore que vu le temps de cuisson, la digestion va pas être beaucoup facilitée là.

Etonnant. Le félin-humain est étonnant. Bon, sa manière de signifier que son manger est à lui et de le tenir me semble parfaitement logique mais j’en suis encore à cette histoire de faire cuire un instant sa nourriture. C’est une telle surprise que ça m’en ferait presque oublier mon manger, c’est dire l’exploit ! Après, faut pas qu’il s’y croit trop non plus gros-minet parce que son regard de défi il me faut doucement glousser. Enfin, "doucement" ; même niveau que le ronronnement quoi. J’en redresse au moins la tête à l’horizontale, relevant le cou et le rentrant pour rappeler un point incontestable – enfin si, il est contestable mais je crois pas qu’il sera contesté : je suis la chef. S’il est pas content, qu’il vienne, je l’attends. Y’a de la place pour une quinzaine de comme lui dans mon estomac, une fois un peu digérés. Chez les dragons aussi le cerveau s’est développé grâce à la cuisson des aliments mais il restait pas mal de place pour un gros système digestif aussi. Encore plus chez moi, vu que j’ai toujours été une taille supérieure à ma fratrie. Le gros chat peut faire son fier, ça reste un chat ; moi je suis un gros dragon.

C’est peut-être ce qui contribue à faire qu’une partie de l’offrande me soit rendue, d’ailleurs. C’est moins étonnant que précédemment et j’accepte la demi-patte cassée avec la langue, enroulant les deux extrémités autour de la viande saignante. Je rétracte langue et manger dans ma gueule dans un bruit de succion qui s’accompagne rapidement d’une déglutition, le met étant ingéré et avalé d’un même mouvement. Mes deux crêtes membraneuses descendant de mes bajoues s’écartent un peu de mon crâne par contentement alors que je relève celui-ci et rentre un peu le cou de manière à avoir un port altier pouvant être pris pour du mépris félin. Après je suppose qu’un félin sera particulièrement compréhensif du sentiment que je manifeste là. J’ai déjà essayé de sourire sous ma forme naturelle par le passé mais, même avec des humains, cela faisait rarement l’effet voulu ; et puis une bonne partie de mes dents dépasse déjà de ma mâchoire. Du fait, je me contente des réactions qui me viennent instinctivement et, comme chez beaucoup d’espèces, mes oreilles sont un bon indicateur de mon humeur. Reste à les identifier comme des oreilles, cela dit.

Le félin-humain semble commencer à se détendre, pour ne pas dire qu’il tente de prendre ses aises ; j’ai déjà croisé suffisamment de chats pour savoir qu’ils le font très vite. Les chiens ont des maitres, les hommes ont des maîtresses et les chats ont des serviteurs comme dit le dicton mais j’y rajouterai qu’à méchant chat méchoui. Un peu de respect pour la chaîne alimentaire ! C’est peut-être contreproductif de penser ainsi mais c’est pas grave, les choses se passent bien pour l’instant : pas de fuite, pas d’arrêt cardiaque, même pas d’odeur d’urine. Ou alors elle est totalement surplombée par celle de la cuisson. Histoire de vérifier, j’en lèche une nouvelle fois mon petit vis-à-vis mais c’est plus expéditif, juste pour confirmer quoi. Et puis cela peut aussi signifier que je l’apprécie, gustativement comme affectivement parlant. Comme je ne me lèche pas les babines après, on restera à de l’affectif. On ne mord pas la main qui nous nourrit sauf si c’est parce que c’est là-dite main qui nous nourrit, littéralement, mais ce n’est présentement pas le cas.

Me détournant un instant de l’intérêt scientifique, je m’intéresse à l’intérêt culinaire et l’attrape par la langue comme précédemment, indifféremment aux flammes qui lui collent aux restes. Je soulève le tout en ouvrant ma gueule afin d’enfourner alors même que mon cou se tend et que ma tête se penche en arrière. Le trajet à la verticale, huile enflammée, chair, os et boue s’en descendent au rythme des muscles et de la gravité. Cela terminé, mon cou s’arque de nouveau et ma gueule redescend vers le sol encore imbibé d’huile enflammée. A quelques centimètres de celle-ci, je commence à souffler et cette action s’accompagne d’un chant indistinct au son duquel danse le feu, s’éteignant pour laisser place à de l’herbe et des fleurs qui poussent rapidement. Là où se tenait un cadavre précédemment, la vie reprend ses droits en une sépulture fleurie que j’aurais tôt fait de fertiliser de mes défécations. La vie et la mort sont un cycle, sans l’une il ne peut y avoir l’autre même si ni l’une ni l’autre ne doit être gratuite ou vaine pour que l’équilibre se conserve.

En paix à défaut d’être repue, je me redresse se mes quatre pattes et envisage un instant de retourner en embuscade dans les eaux troubles. Cette technique de chasse est la plus appropriée à mon gabarit mais elle exclurait le félin-humain hors je n’en ai pas fini de ma curiosité envers lui. M’asseyant et ramenant ma queue contre mes pattes, j’attends que lui en ait terminé avec son repas pour me réapproprier l’os et l’ingurgiter comme le reste tout en réfléchissant ; ce qui ne me laisse pas beaucoup de temps pour le faire. C’est cependant suffisant à ce que je pousse un instant du museau le gros chat avant de me relever puis de me diriger à la manière d’un félin en chasse vers l’orée des bois. Ma répartition musculaire est semblable à celle des grands félins ainsi la démarche est parfaitement naturelle.

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Re: Le temps des cerises

Message  Leandra Albarez Muñoz le Mer 7 Fév 2018 - 14:21

Mais qu’est-ce qu’il a ce foutu lézard à nous lécher tout l’temps ? Au début j’croyais qu’y voulait nous bouffer mais ça a pas l’air d’êt’ la cas alors quoi ? Qu’est-ce qu’y cherche à comprendre d’cette façon ? Il a des capteurs particuliers sur la langue ou bien ? A moins qu’il m’prenne pour une serviette ? Mouais … peu probable. Déjà parce que vu l’sang qui coule d’ses babines et la boue dans ses gifes êt’ sale ça a pas l’air d’trop l’gêner. Et puis parce que qui lèche une serviette ? La logique a beau avoir pris des vacances, y’a des limites…

Bref, tout ça pour dire que j’sursaute d’nouveau lorsqu’il m’repasse l’pelage une nouvelle fois. C’est étrange, un peu comme une douche imprévue. Pas désagréable une fois qu’on s’y fait mais pas forcément un événement appréciable sans être prév’nu. Comme la pluie soudaine un jour d’grosses chaleurs. D’un côté, c’est insupportable d’se r’trouver trempée sans avoir rien d’mander mais de l’autre l’rafraîchissement d’l’atmosphère est plus que bienvenu. Alors, bien sûr, là j’irais pas jusqu’à dire qu’la léchouille est agréable mais la deuxième fois est moins traumatisante qu’la première. Plus courte aussi soi-dit en passant, alors p’têt qu’ça joue. J’ai à peine l’temps d’comprendre c’qui s’passe que c’est fini.

D’façon j’ai pas l’temps d’m'attarder sur la question parce qu’un nouveau miracle a lieu sous nos yeux, attirant not' attention fascinée. D’la mort apparaît la vie. Pour un peu j’me f’rais croyante. Bon j’le suis déjà juste pas comme les gens l’entendent habituellement. J’ai été élevée dans la spiritualité animiste d’Abuela et j’sais qu’y’a des forces qui nous dépassent en c’monde. Et non j’parle pas d’dragons débarqués d’nulle part, j’parle de réelles puissances qui, à défaut d’être supérieures ou divines, sont tout au moins primitives. En lien profond avec la nature et son fonctionnement. C’qui en jette quand même un peu plus qu’un type suffisamment alcoolique pour transformer l’eau en vin et croire qu’il marchait sur l’eau…. Bon OK, j’ai le blasphème facile et Mama m’tuerait d’ses propres mains si elle m’entendait être aussi irrespectueuse envers la r’ligion catholique mais j’y peux rien si j’suis fondamentalement opposée à toute forme d’autorité et l’Eglise c’est un putain d’pouvoir. J’parle pas du curé d’paroisse, ça peut même êt’ un type bien – Padre Augusto en est un par exemple – mais de l’Eglise avec un grand E, l’institution qui s’est immiscée partout et au nom d’laquelle tant d’horreurs ont été commises.

Perdue dans ma contemplation des fleurs j’en oublie presque d’finir not’ repas mais Nina s’empresse d’me ramener à la raison en prenant l’contrôle et dévorant c’qui reste du chevreuil. Puis, comme si d’rien n’était l’dragon avale l’os qu’on avait laissé. J’veux vraiment pas imaginer l’système digestif qu’il doit s’taper... Et ne parlons même pas d’la fringale qu’il doit avoir s’il est prêt à s’contenter d’restes pareil. Raison d’plus pour rester dans ses bonnes grâces et l’suivre quand y fait clairement signe d’prendre sa suite. Alors j’lui emboîte le pas sans faire de chichi mais non sans m’surprendre d’la façon dont y s’déplace. On dirait vraiment un gros félin, c’qui colle pas du tout à son physique. ‘Fin Nina a pas l’air d’sen inquiéter. Au contraire, ça semble conforter sa théorie : monstre = alpha à contenter. J’laisse donc ses sens imprégner les miens, par peur qu’ma trop grand rationalisation d’la situation nous mette dans la merde. Ou p’têt bien que j’crains juste d’réaliser pleinement c’qui s’passe et d’faire un infarctus sans prévenir.

Quoiqu’il en soit, y semble bien qu’on parte en chasse direction les bois. C’qui m’arrange grandement vu qu’l’encas d’t'à l’heure m’a singulièrement ouvert l’appétit. J’me mets donc à trottiner aux côtés du dragon – pour un d’ses pas, j’en fais trois alors forcément ça aide pas – et on arrive bien vite à l’orée d’la forêt. Sauf que là j’sais pas trop comment y veut s’y prendre. D’jà parce que j’vois difficilement comment y va cacher sa présence aux potentielles proies – il est pas franchement passe-partout – et puis parce que j’ai aucune idée d’comment chasse un dragon. Bon j’ai eu une p’tite démonstration mais j’étais trop tétanisée pour vraiment réaliser. La seule chose que j’peux dire c’est qu’pour un animal d’sa taille, il est étonnamment doué pour pas s’faire r’marquer. Et j’parle pas que d’se cacher sous l’vent, ça tout l’monde peut l’faire. Non j’parle du fait qu’avant qu’il fonce sur l’troupeau, j’avais même réalisé sa présence. C’qui en dit long vu qu’avec les sens d’Nina en prime j’me fais rarement surprendre.

Bref tout ça pour dire que, pour reprendre une expression d’Nina – enfin si tant est qu’on puisse considérer qu’elle ait des expressions bien sûr mais mieux vaut pas rentrer dans c’débat-là maintenant c’est ni l’moment ni l’lieu, j’ai b’soin d’être à 200% concentrée – alpha décider, bêta suivre. Ou d’comment attendre qu’le chef montre la voie.

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Re: Le temps des cerises

Message  Alexstrasza le Mer 28 Fév 2018 - 14:28


L’intérêt du félin-humain pour mon utilisation de la magie est aussi bref que ladite utilisation, très vite il en revient à son manger ; comme je le comprends. Il doit y avoir une preuve de quelque chose dans cette action mais je saurais dire quoi : la curiosité n’est pas le propre de l’homme et la priorité à l’ingurgitation n’est pas réservée aux animaux ; sauf si on considère l’Homme comme un animal, ce qu’il est mais y’a des gens qui n’aiment pas l’idée. Et comme ils ne sont pas là, inutile de s’attarder : il y a plus important à faire. Genre manger. Qu’on se rassure, je ne mange jamais entre les repas ; la notion "entre les repas" n’existe pas chez moi. "Je mange", c’est autant une action qu’un état. Un peu comme "je chasse". Et d’ailleurs, j’y retourne. Enfin, on y retourne.

Le félin-humain me suit comme réclamé, pas besoin de le rappeler à l’ordre pour qu’il y obéisse, et c’est vrai que c’est drôle de le voir essayer de tenir le rythme. Je fais quoi, du 12km/h de moyenne ? Vis-à-vis de ma forme humaine, ça doit faire deux fois plus qu’en footing et trois fois plus qu’en marche normale, je pense. Je sais pas, je me suis jamais vraiment pressée. Et je ne le suis pas tellement non plus présentement, partagée entre l’attention que je porte à mon compagnon de chasse et la réflexion à la chasse elle-même. Car oui, je sais réfléchir à deux choses à la fois : ça équilibre avec tout le temps que je passe à le faire pour aucune. En l’occurrence, on a une dualité qui va me permettre de tester les instincts ou l’intellect du trottineur ; ou de la trottinette d’ailleurs, j’ai pas vérifié. Après, ça ne m’importe pas vraiment ; je mettrais félumain sur le dos histoire de voir s’il y a des choses qui dépassent tout à l’heure, quand il aura plus trop peur de moi. De mon côté d’ailleurs, il doit pouvoir voir que chez les dragons c’est comme chez les dinosaures : y’a rien qui pend. Mais cela n’apporte rien à la chasse.

L’embuscade aquatique est la stratégie la plus intelligente que je puisse employer, considérant ma taille comme ma couleur, néanmoins cela ne signifie pas que je puisse faire des actions plus bête ; au contraire même, je suis une spécialiste. Plus que de la chasse en… je sais pas comment on peut dire pour mon espèce, d’ailleurs, d’un autre côté on est pas connus pour chasser en groupe. Qu’importe le mot, je suis plus une spécialiste des bêtises que de la chasse en équipe mais les choses me semblent relativement logiques dans la manière de procéder. Reste à savoir ce qu’en pensera mon coéquipier et il n’est qu’un moyen de le faire : essayer.

M’immobilisant, je commence à me tasser sur mes pattes tout en clignant des paupières pour laisser apparaitre des membranes nictitantes aux couleurs de lave. Ma langue fourchue s’échappe une nouvelle fois, se rétractant dans une inspiration laissant clair que je sens, puis je bondis sans prévenir, franchissant en un instant deux dizaines de mètres avant de déployer mes ailes dans un battement dont la bourrasque saura faire sécher instantanément toute trace de bavouille restée dans le poil du félumain.  Félumain que je laisse sur place d’ailleurs, en connaissance de cause. Je suis la chef, je fais ce que je veux.

Accompagnée de ma perception radar, de mon odorat et de ma vue, je scrute les horizons alors que je fais des ronds dans le ciel, gagnant en altitude. Changeant aussi brusquement de direction qu’une créature de ma taille est capable de le faire, je me dirige vers le sud-est et n’ai pas besoin de parcourir plus de cinq ou six cent mètres que je survole une clairière, apparaissant pleinement à de nouveaux cerfs de virginie occupés à y paitre. La panique est de mise alors que je perds de l’altitude pour prendre en vitesse et je longe la lisière opposée à celle d’où je viens en un virage sur l’aile, rabattant les proies vers le nord-est et le Moose Pond. Dans une chasse en équipe, il me semble logique cependant que je sois plus apte à la levée du gibier et à sa poursuite qu’à l’embuscade. La difficulté reste de le guider au bon endroit sans foutre le feu à la forêt mais si le félumain n’a suivi ne serait-ce qu’un quart de ma direction ça devrait le faire.

A travers les arbres, je suis plus mes proies à l’odeur et au radar qu’à la vue et de légères déviations de mon vol accompagnées de moins légers rugissements me permettre de diriger à peu près la majeure partie de la harde vers la mineure partie de mon équipe. Je me souviens m’être entrainée une fois sur un troupeau de mouton, pas loin de Nebra… ça avait super-bien marché mais je m’étais super-bien faite engueuler après. D’un autre côté, les moutons ils sont moutons donc ils avancent groupés. Les cerfs de virginie, ils ont le réflexe de se séparer pour forcer le poursuivant à choisir. Et comme c’est pas moi qui vais choisir lequel attraper, je perds des cerfs. Déjà que perdre des miettes ça me plait pas forcément, alors perdre des cerfs… le félumain a intérêt à en choisir un bon. De toute façon, sa part en dépend ; je reste la chef. Je dirais même plus, je suis la chef d’équipe !

Une chef d’équipe qui s’en ira se poser au niveau de l’embouchure du lac où elle a fait connaissance avec l’autre moitié de son équipe, même si moitié ne correspond pas aux proportions. Reste à savoir si l’on doit compter en fonction de la masse ou de la participation. Tout dépendra de la taille de la proie que le félumain rapportera, sous réserve qu’il en rapporte une. Ce qui, alors que je commence un vol stationnaire pour me laisser tomber sur mes pattes et atterrir ainsi, me fait considérer que le félumain risque de s’enfuir s’il n’a attrapé aucune proie, de peur d’en être une lui-même. J'avais raison : je suis vraiment plus douée à faire des conneries qu’à faire de la chasse en équipe…

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Re: Le temps des cerises

Message  Leandra Albarez Muñoz le Ven 27 Avr 2018 - 12:32

Peut-on dire qu’son envol est une surprise ? Pas vraiment. Faut pas être un génie pour comprendre c’qu’il veut faire. Il… ou elle ? A vrai dire j’en ai aucune idée et c’est pas vraiment comme si c’était une information cruciale pour ma survie. Or ce sont les seules infos qui m’intéressent pour le moment. Bref, tout ça pour dire qu’le dragon est clairement parti rameuter l’gibier vers moi. C’qui tombe très bien parce que, contrairement à c’que beaucoup d’gens croient en confondant jaguar et guépard – la foutue marque d’bagnole aidant pas – les jaguars sont pas des grands coureurs. On nage comme des dieux, mais sur terre on s’fatigue vite. Autrement dit, courir des heures après une proie c’est pas ma spécialité, loin d’là. J’suis plutôt du style à m’planquer en embuscade et à faire un effort intense une seule fois. La seule différence avec un vrai jaguar c’est qu’j’ai pas une grande patience. Nina non plus d’ailleurs, mais j’me demande si ce s’rait pas mon influence qui a joué dans ce cas précis.

Heureusement pour nous, on a pas longtemps à attendre pour comprendre c’qui s'dirige vers nous. En effet l’vent apporte l’odeur délicieuse de cervidés dans la force de l’âge. J’les vois certes pas encore mais j’entends déjà toute leur panique. Et dans l’fond j’peux pas vraiment leur en vouloir, j’les prendrais même presque en pitié. Parce que j’en menais pas large non plus quand j’ai fait la rencontre d’mon compagnon actuel. J’suppose qu’on peut en conclure qu’il a cet effet sur tout le monde : quand on l’voit, on fuit. Dommage pour nos proies actuelles que ce soit droit dans mes griffes et mes crocs qu’elle fuient. Parce que j’ai la dalle et Nina aussi. Or, si j’ai rarement eu l’occasion d’la laisser chasser à son aise puisque, tant que j’la contrôlais pas, j’préférais pas prendre d’risque inutile, ces derniers temps, on l’a déjà fait et j’ai pu constater qu’c’est loin d’être une incapable. Plutôt même le contraire.

Soudain, l’troupeau débarque et un seul coup d’œil m’suffit à r’marquer les proies les plus appétissantes. Y’en a clairement trois. J’délaisse immédiatement l’cerf principal. Vu leur taille, j’ai pas envie d’me frotter à ses bois merci bien. Parce que qui dit grand bois dit vieux cerf et si on apprend pas au vieux singe à faire la grimace on apprend pas au vieux cerf à servir de ses bois. CQFD. A la place, une biche plus grosse qu’les autres et plus lente aussi attire mon attention. Mais j’comprends bien vite la raison d’son handicap et l’humaine d’not’ duo s’insurge à l’idée d’attaquer une femelle enceinte. Or d’question que j’bouffe du fœtus d’herbivore ! J’serais foutue dégueuler. Alors, pour m’changer les idées, j’me concentre sur un jeune cerf adolescent qui semble plus désorienté que les autres. Il est même à la traîne, comme s’il ne savait pas vraiment comment réagir. Pour sa défense, je savais pas non plus quand j’étais à sa place. Fuir oui ? Mais est-ce suffisant vu la vitesse de vol du lézard ailé ?

Enfin, en l’occurrence, sa désorientation est mon aubaine. J’me dirige donc droit vers lui en m’assurant d’éviter ses coups d’bois. Parce qu’ils sont p’têt petits mais y z’en restent pas moins puissants dès qu’il comprend qu’il est passé d’une situation merdique à une autre. Il commence en effet à essayer d’m’empêcher d’approcher mais c’est sans compter sur l’agilité de Nina et sa puissante détente. En effet, alors qu’on est sur son flanc droit, tandis qu’il cherche à se r’positionner face à nous, j’bondis sur lui et m’accroche à son dos.

Sans surprise, y commence à sauter dans tous les sens pour essayer d’se débarrasser d’nous mais j’ai les griffes bien plantées dans sa chair et peut tenir longtemps à c’petit jeu d’rodéo. Enfin, si j’en avais envie parce que j’en ai aucune. A la place, j’lui mords le cou d’un grand coup d’dents, arrachant une partie d’la chair et laissant apparaître une partie des cervicales. L’exsanguination est immédiate et le coup fatal. Sentant ma proie perdre l’équilibre, je lâche ma prise et retombe sur mes pattes.

J’réalise alors qu’j’ai encore la bouche pleine et ce qui excite Nina m’dégoûte un peu, à savoir l’goût métallique du sang dans not’ bouche. Nina en r’partirait d’ailleurs presque en chasse si l’troupeau n’avait pas profité d’not’ attaque pour s’éclipser au plus vite. Dommage, il aurait suffi d’couper les jarrets d’un autre animal pour en finir rapidement avant qu’ils ne se dispersent tous. J’aurais alors eu d’quoi nous rassasier et apporter une autre prise au dragon. Efin, pas dit que même avec deux cerfs ça lui aurait suffit dans l’fond alors tant pis. J’attrape donc une patte d’ma proie et m’dirige dans la direction prise par l’alpha, à savoir de là où on est originellement venues.

J’mets pas longtemps à arriver et jette alors mon trophée à ses pieds. Bon sauf l’morceau d’son jarret qui m’est resté dans la gueule. Celui-là j’l'avale d’une seule gorgée. Ok c’est pas hyper poli mais bon les bonnes manières dans l’règne animal, on peut s’en passer non ?

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Re: Le temps des cerises

Message  Alexstrasza le Dim 20 Mai 2018 - 12:35


Assise de façon analogue à celle des félins, avec la queue repliée devant mes pattes, je regarde le félumain rapporter sa prise en penchant la tête sur le côté lorsque je vois la manière dont il s’y prend. Mon bon sens me dit qu’il aurait été plus aisé de le trainer par la gueule que par la patte mais, outre que celle-ci est pleine, c’est une manière très humaine de se servir de ses pattes pour tout et n’importe quoi. Par contre, celle de me narguer en avalant la pièce de viande occupant la gueule suscitée uniquement après m’avoir rapportée la proie, c’est une habitude bien plus féline : il fait ce qu’il veut, qu’importe ce que j’en pense, tant que je ne lui ordonne pas l’inverse. Encore qu’un certain nombre de félins domestiques font même si leur maître ordonne l’inverse. Sans être domestique, le félumain ne fera pas une telle provocation je pense : je suis pas le genre de chef avec laquelle on joue je pense qu’il pense. Mais il teste quand même la limite et, franchement, pour une de ses bouchées de viande à lui je relève pas vraiment. Si elle était à moi oui mais à lui… c’est pas tellement comparable.

Une fois la prise à mes pattes, j’arque le coup pour la saisir par la jambe et la secouée de façon analogue au précédent cerf que j’ai partagé. Le félumain se retrouve donc à nouveau avec une jambe pour lui pendant que je fous le feu au reste, attendant d’observer s’il vient à nouveau cuir sa proie. Qu’il le fasse ne signifierait pas une preuve d’intelligence et qu’il ne le fasse pas ne signifierait pas le contraire, c’est juste histoire de le regarder en fait. Et de voir s’il me refile une offrande de paix comme la dernière fois ou pas ; il n’y a pas de rien quand on mange. De mon côté, en bonne cohérence avec moi-même, j’utilise de nouveau ma langue bifide pour me saisir de la carcasse incandescente et l’ingurgiter avant de redresser le cou et de temps la tête en arrière, l’avalant d’une traite.

Ce n’est que le manger mangé et l’huile enflammée magiquement éteinte pour laisser place à de l’herbe et des fleurs que je me redresse et, ayant confirmé que notre technique de chasse fonctionne, m’en retourne pour un second passage. Je m’envole de nouveau et m’en vais chercher une proie à rabattre de nouveau vers le Moose Pond. Et, quitte à chasser, autant y aller sur des proies plus adéquates à mon goût histoire d’en finir avec la nutrition du jour ; des proies qui ont donné son nom à l’endroit. Il ne me faut pas trente minutes pour affoler et diriger un élan, ou un original selon, vers le félumain. Et ce n’est bien évidemment que lorsque je le fais que la question de savoir si un félin de soixante kilogrammes sera aussi efficace à arrêter un bestiau de quatre vingt et un autre de six cent cent me vient à l’esprit. Dans le doute, j’agis de la première façon qui me vient à l’esprit et, comme pour la plupart des créatures, elle n’est pas forcément la plus délicate.

Le fracas du bois brisé précède un instant une pluie de celui-ci et surtout dix tonnes de muscles et d’écailles dont les pattes griffues sont tendues vers l’avant de manière à amortir un atterrissage qu’il serait aisé de qualifier de crash. Il s’agit cependant d’un atterrissage, gueule et gorge frôlant le sol pour faucher la tête du gibier avec une précision guidée par mes sens draconiens tandis que membres antérieurs puis postérieurs labourent le sol afin d’y disperser l’élan gagné à replier ses ailes en plein vol. Plusieurs arbres se transforment en chablis alors que le train arrière, queue incluse, dérape un peu plus que l’avant mais ce n’est rien comparé à la fermeture des mâchoires ; une décapitation en bonne et due forme, ainsi qu’un broyage de bois assez douloureux.

Une douleur qui me conduit à rester crispée même une fois que je me suis stabilisée, quelques mètres plus loin de mon atterrissage et du cadavre décapité qui y git. Paupière closes, j’incendie tout ce qui se trouve au sein de ma gueule afin de réduire l’écharde en cendre et laisse de la fumée s’échapper d’entre mes crocs comme de mes naseaux. Ma perception de mon environnement n’en diminue guère, même s’il est indiscutable que j’y accorde moins d’attention, mais ce n’est que lorsque je rouvre des yeux vendus verticalement que je cherche à voir le félumain et l’état dans lequel il a fini avec cette histoire ; état que j’espère moindre que celui que lui aurait infligé le grand cervidé, même si je suis sûre de lui avoir fait plus de peur que de mal. Au félumain, pas au cervidé. Les deux crêtes membraneuses descendant de mes bajoues s’abaissent un peu alors que j’approche la tête de mon compagnon, la gardant aussi basse que possible pour être aussi peu menaçante que possible. Et c’est à ce moment là seulement que me vient l’idée du fait qu’il serait plus facile, pour moi, de guérir ses blessures que de lui épargner de la peur. J’en relève légèrement la mâchoire et complètement les yeux au ciel.

Si blessure il y a, je recommencerai un chant indistinct différent de ceux me permettant d’éteindre mes flammes ou de faire pousser les végétaux plus rapidement mais ce seront les chairs endommagées qui, caressées de mon souffle doré, cicatriseront à une grande vitesse. Cela fait, je répèterais le processus de partage et de cuisson afin de rassurer le félumain avec la familiarité de nos actions, s’il y a besoin de le rassurer, comme de manger plus d’une demie-tonne de viande. Ça plus les cerfs précédents, j’ai mon compte pour la journée et je serais étonnée que le félumain ne l’ait pas ; pour ne pas dire que j’espère bien une troisième offrande, possiblement même plus grosse que les autres. Je suis du genre à finir les assiettes et les fonds de plat, oui, et des fois les assiettes et les plats aussi.

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Re: Le temps des cerises

Message  Leandra Albarez Muñoz le Jeu 21 Juin 2018 - 14:08

Quand l’dragon m’fournit à nouveau une patte, j’m’embarrasse pas à la braiser cette fois-ci. Petit un, j’ai pas la patience. Petit deux, les goûts d’Nina sont en train d’prendre l’dessus et l’idée d’une bonne cuisse sanglante m’met l’eau à la bouche. J’en finis donc avec mon festin en trois bouchées, n’faisant pas particulièrement attention au sang qui m’coule le long d’la gueule. C’est pas comme si j’allais inquiéter mon compagnon.

Compagnon qui semble n’avoir pas eu assez – c’qu’est pas franchement surprenant : vu sa taille et celle d’ce qu’il a englouti jusqu’ici, ça a dû lui servir tout au plus de vague apéritif – puisqu’il est déjà r’parti pour une deuxième battue. J’le suis donc, n’ayant pas trop d’autre choix que d’me conformer à ses désirs au vu d’la différence plus qu’évidente entre nos deux volontés. Sans compter bien sûr, le léger détail d’nos poids et puissances respectifs. Non parce que vous avez déjà écouté les désirs d’un hamster vous ? Moi pas trop.

Pourtant, j’me dis que si j’l’avais fait, j’lui aurais p’têt bien évité une ou deux attaques cardiaques. Parce que quand j’vois un élan m’arriver droit d’ssus j’réalise que mon compagnon a oublié que j’pèse dix fois moins lourd que la proie du moment. C’est comme si, pour continuer ma métaphore pourrie du hamster, j’lui donnais à bouffer une carotte capable d’l’achever en lui tombant d’ssus. Sauf que, dans l’cas présent, l’élan est conscient d’ce qui s’passe et m’fonce volontairement d’ssus pour échapper au prédateur alpha du groupe. Alors que j’vois pas trop la carotte d’venir soudain un être pensant et s’écraser sur mon hamster imaginaire. Elle pourrait tomber involontairement mais c’est pas la même chose. Quoique… est-ce que l’élan s’est seulement rendu compte que j’étais sur sa route ? Pas dit.

Heureusement pour ma santé mentale, mes délires animaliers sont stoppés nets quand l’dragon prend les choses en pattes. Ou plutôt en gueule. Et c’est un carnage, un putain d’massacre ! La forêt en prend pour son grade mais alors méchamment. Quant au pauvre élan, il a pas l’temps d’comprendre c’qui lui est arrivé qu’il est plus d’ce monde, sa tête disparaissant entre les crocs terrifiants du lézard volant. Et autant vous dire que devant cette scène apocalyptique, y’a pas qu’Nina qui pousse un cri pathétique et terrifié. J’fais intimement partie dudit son.

Son qui n’fait que s’amplifier lorsque l’reptile géant s’approche d’nous. Sérieux… qu’est-ce qui lui prend maintenant ? J’avais parlé d’arranger ma santé mentale n’est-ce pas ? Ben j’retire tout c’que j’ai dit, c’était de conneries ! Elle est dix fois plus bousillée désormais qu’un monstre de plusieurs tonnes va me faire… lui seul sait quoi ! Pourtant, alors que j’m’attends à tout et son contraire, en penchant clairement pour le terrible et brutal, à l’inverse d’mes prévisions j’ressens plutôt un souffle chaud me parcourir l’échine. Puis, à la suite de l’air, je réalise soudain l’absence d’une légère douleur sur mon flanc droit. Jetant un coup d’œil sur ledit côté, j’réalise en effet qu’une écharde avait dû m’égratigner lors de l’atterrissage forcé d’ta l’heure parce que si j’suis désormais guérie j’ai encore la trace du sang sur l’pelage. C’est d’ailleurs un peu bizarre sachant qu’ya plus d’blessure. L’fait qu’je l’ai pas r’marqué quand elle existait, lui par contre, est assez habituel. J’suis pas exactement douillette et c’est courant qu’je réalise pas qu’je me suis blessée jusqu’à bien après. Bon sauf dans l’cas d’une grosse blessure bien sûr mais là c’était pas vraiment l’cas. Sans compter qu’j’étais bien trop occupée à paniquer pour réaliser mon état.

Bref, tout ça pour dire que, quand l’dragon m’offre à nouveau à manger, après avoir cuit ma part cette fois-ci, j’suis encore sous l’chock mais pas assez pour pas l’remercier comme il s’doit. D’abord, parce que j’suis polie quand j’veux. Et puis parce qu’Nina a soudain un nouveau respect pour celui qu’elle voit d’plus en plus comme un alpha digne d’ce nom. Assez puissant et attentionné pour prodiguer la protection nécessaire en cas d’attaque et par conséquent être digne qu’on l’serve. Parce qu’y faut savoir qu’les jaguars sont des êtres solitaires et plutôt territoriaux, alors il en faut beaucoup pour qu’l’un d’entre eux accepte d’reconnaître qui que c’soit comme digne d’son respect. Après tout, dans leur milieu naturel, y sont en haut d’la chaine alimentaire. Mais, dans l’cas présent, l’est assez clair qu’on l’est pas.

Découpant l’meilleur morceau d’l’offrande qui m’a été faite, j’l’apporte donc d’nouveau à not’ médecin personnel et lui dépose d’vant l’museau tout en lui présentant mon cou dans l’geste universel d’soumission. Parce que si rencontrer un dragon faisait pas partie d’mes plans en m’levant c’matin et encore moins en m’barrant d’l’Institut avant-hier – à vrai dire j’savais même pas qu’ils existaient vraiment – maint’nant qu’c’est fait, autant faire avec. Et en l’occurrence, admettre qu’mon dragon actuel a l’air d’m’avoir adopté, vu comment il m’traite avec l’attitude d’un chef envers son subordonné. Alors bon, j’envisage pas d’rester là indéfiniment, va bien falloir qu’je rentre un jour, mais en attendant qu’y s’lasse d’ma présence, autant m’assurer sa bienveillance encore un peu plus longtemps.

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