Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

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Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Jubilation Lee le Jeu 31 Aoû 2017 - 18:55


« Le colonel Hanser était un homme de grande carrure, nordique  au fort caractère et chargé dans la région de New York, du recrutement et de la formation de nouveaux éléments aux techniques d’intervention du BPRD. Il avait, depuis sa prise de fonction, augmenté l’efficacité d’intervention du groupe grâce à ses techniques de formation militaires jugés par beaucoup comme obsolètes. Autoritaire, violent, sans limites, insultant ; les nouvelles recrues ont toujours eu l’embarras du choix quant aux adjectifs possibles alimentant leur mépris pour ce personnage. Sa promotion fit, à l’époque, beaucoup de remous dans l’organisation même. Protégé, d’une certaine manière, il fut érigé à cette position de tyran lorsque la discipline du groupe se laissait trop aller. Après plusieurs accrochages violents, il fut affecté uniquement à l’entraînement et la formation de recrues spéciales, destinées à des interventions sur le terrain. Ces recrues, contrairement à d’autres groupes comme l’armée ou même la confrérie, ne sont que très rarement des jeunes en perte de repères. Pour beaucoup, le BPRD est une reconversion et vocation. Pas étonnant dans ce cas que des conflits de caractères soient inévitables. Cependant, malgré tout ce qu’on peut reprocher à Hanser, malgré tous ces défauts, ces extrémismes continuels dans son approche de son rôle et son métier ; il y avait quelque chose qui le rendait légitime. Ce n’était pas vraiment son charisme ni ses faits d’armes. Ce n’était pas ses copinages possibles avec des personnes plus hautes placées ou ses relations avec d’anciens vétérans qui en faisaient un bon informateur, non. C’était autre chose. Un sentiment qui, pour beaucoup de nouveaux membres, ne pouvait être nié. Celui de la vérité.

Aujourd’hui est le jour où Jubilation Lee va être témoin de cette vérité propre à Hanser. Elle avait rejoint une session d’entraînement après y avoir été fortement conviée. Il était question de tests physiques et athlétiques. L’objectif était de mettre à jour les fichiers des différents agents et permettre aux pôles intelligence d’affecter les missions au mieux en fonction des risques et compétences de chacun. C’était également nécessaire pour déceler des améliorations ou pertes de régime de certains agents. Les synergies possibles dans chaque composition d’équipe étaient un facteur absolument non négligeable pour tout bon stratège. De fait, et parce que le monde évoluait à une vitesse où un groupe comme le BPRD ne peut se permettre de ralentir ; des phases intensives d’entraînements et de suivi des équipes d’interventions étaient mises en place.
Il est logique de penser qu’une ancienne X-men, vampire et athlète aux capacités surhumaine n’ait aucune raison d’avoir une appréhension quelconque envers une telle formalité. Cependant, comme tout sportif ou artiste voit sa performance conditionnée par de nombreux paramètres personnels ; Jubilee voyait ses capacités physiques conditionnées par bien plus qu’un simple caractère de vampire ou qu’un simple historique en tant qu’athlète hors du commun.
Le doute, l’acceptation, la peur. Ces trois choses hantent Jubilee depuis des années. Et de récents événements n’ont fait qu’en accroître le ressenti. Jubilee ne s’est jamais considérée vampire et a toujours vu cette condition comme une malédiction. Cette transformation lui a enlevé son empathie, l’éloigne jour après jour de son humanité et la réduit de plus en plus à un instinct meurtrier et dévastateur. Mais lorsque vous ne voulez ou ne pouvez accepter cette condition. Lorsque vous retenir de pulsions animales vous consomme votre énergie et votre force. Vous n’êtes rien d’autre qu’une coquille vide : ni identité ni avenir, si ce n’est celui d’une lutte intérieure sans fin, sans relâche. Ad vitam aeternam.

Le gymnase n’était pas si grand. C’était sûrement dû à la surabondance d’appareils de musculation, d’appareils électroniques et autres joyeusetés sportives qui rendaient le tout oppressant. À moins que ce ne soit l’atmosphère tendue du fait de l’importance de ces tests pour l’avenir de certaines personnes au sein du groupe ?
Quoi qu’il en soit, lorsque ce fut le tour de Jubilee, une batterie d’électrode et de capteur fut fixée sur son crâne, sont thorax, ses biceps et cuisse. Le tout était relié à un boîtier attaché à sa ceinture qui broadcastait les informations directement à l’ordinateur à côté. Toutes le données étaient décryptées, analysées et étudiées à la loupe par des algorithmes à apprentissage profond déjà bien rôdé. Les résultats étaient imprimés en deux exemplaires. Un pour le candidat, avec des informations de bases. Et un autre pour la direction des opérations d’interventions. Cette version, plus longue et détaillée, faisait plusieurs pages d’analyse croisées avec les autres candidats et d’études prédictives sur le comportement, les capacités physiques et les synergies possibles lors de missions classées par groupe de difficulté ou d’intensité.
Course à pied, épaulé-jeté, presse, tractions avec poids… Les exercices demandés sont nombreux et la jeune vampire les exécute le regard vide. Essoufflée, elle se dirigea vers l’imprimante accolée à l’ordinateur. Et y retira machinalement la feuille qui en sortait.

- Jubilation Lee.
Développé couché : 450Kg
Épaulé jeté : 279Kg
Tractions : 298Kg
Vitesse maximum : 61Km/h
Détente sèche  : 1,63m
Temps au kilomètre : 2 minute(s) 10 seconde(s)
Récupération : 58 seconde(s)
Amplitude cardiaque :  18 bpm ->  483 bpm

Elle va pour jeter le papier dans la corbeille la plus proche. Mais c’est à ce moment qu’une main lui agrippe le poignet.

« Lâchez-moi…" dit-elle avant de se répéter, plus insistante. Il ne répondit pas, la fixant d’un regard glaçant. Tous les yeux de la salle  se tournèrent progressivement vers l’ancienne X-Woman.
« - Lâchez-moi !
- C’est quoi cette merde ?” Retirant son bras de sa poigne grâce à une torsion du bras, elle fit face à Hanser.
« - Qu’est-ce que tu fous encore ici ? C’est de pire en pire Jubilation.
- …
- Quoi ? Dis quelque chose ? Qu’est ce que c’est que ces perfs de merdes. C’est pas ce qu’on m’a vendu. T’essaies de te foutre de ma gueule en faisant le minimum ? C’est ça ? »
Sa voix devient de plus en plus insistante. Il approcha son visage de celui de la vampire, plongeant ses yeux bleus dans les pupilles rouges de Jubilee.
Reculant alors son visage du sien, Jubilee sentit que le conflit était inévitable et que Hanser fera tout pour le provoquer. Elle sait ce qu’il veut. Il a toujours voulu cela depuis les évènements de l’année dernière. Il veut l’humilier, la briser. Émotionnellement, physiquement et psychiquement.
Ne la laissant pas partir si vite, Hanser tente de l’agripper par l’épaule. Jubilee pivota alors son torse et agrippa le poignet de l’homme pour le serrer et l’amener au niveau de sa taille pour le déséquilibrer.
C’est à ce moment qu’elle comprit.
Elle saisit la différence. Une différence de force, de vitesse et de réactivité écrasante. Comment son instinct avait pu lui jouer autant de tours ? Il n’était pas censé plus rapide ni même plus fort qu’elle, alors comment ?
Elle comprit la vérité. Implacable, indéniable.
Alors qu’elle perdit le contrôle qu’elle pensait avoir sur son bras, elle sentit la paume de la main de Hanser s’abattre sur son visage. Ses grands et épais doigts serrant son crâne et la propulsant, sans la lâcher, sur le mur à gauche d’eux en une fraction de seconde.
Les yeux écarquillés, elle observa le flegme avec lequel il la maîtrisait. Capable de la briser avant qu’elle ne puisse réagir. L’impact avait effrité la brique du mur et rendu le gymnase à l’écoute d’un silence pesant.
Elle n’était plus ce qu’elle pensait être. Elle était faible. Elle l’était devenue.

« Je ne veux plus revoir un cheveu de ce déchet. » Dit-il directement à Jubilee, en la fixant droit dans ses yeux. Il lui parlait. À elle.
Après quelques secondes, il lâcha prise, laissant une marque rouge sur la peau blanchâtre de la vampire qui avait l’arrière du crâne fêlé et le nez brisé.
Bénignes blessures qui mettront moin’une minute à cicatriser et guérir complètement.

Fixant le vide quelques instants, visiblement sous le choc, elle se précipita en trombe en direction de la sortie, heurtant quelques épaules pour parvenir à se frayer un chemin sous les pouffements et sourire à la fois moqueur et satisfait de l’assemblée.
Jubilee sentait rugir en elle la colère, la rage. Elle ne pouvait rester dans ce gymnase. Elle ne pouvait se laisser emporter et risquer de commettre l’irréparable.
Car si l’instinct s’éveille, les sueurs se teinteront de rouge.   »

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Re: Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Cereza de l'Umbra le Ven 1 Sep 2017 - 6:21



Hartman, si tu veux apprendre à parler à une femme, demande à ta mère.

Son nom n’est pas Hartman mais s’il n’est pas capable de comprendre pourquoi je le nomme ainsi il n’a aucune chance d’un jour être appelé Hanser. Décollant le combiné de mon oreille, je le laisse gueuler comme le sergent-instructeur qu’il est tout en portant mon verre à ma bouche. L’alcool me désinfecte bouche puis gorge et ce n’est que lorsqu’il n’y en a plus que je repose le verre à pied sur le comptoir où attend également le cadran téléphonique tout aussi stylisé que le reste du lieu. Mes collègues savent qu’il faut appeler le Gates of Hell lorsqu’ils ont besoin de me dire quelque chose, où que je sois dans le monde j’atterrirais toujours ici avec la vermine de mon espèce. Et je ne parle pas de Chimp, il n’est pas de mon espèce, mais plutôt des journalistes véreux et des mafieux légèrement tournés vers l’occultisme. La Justice League et la redécouverte de ma mémoire ont changé beaucoup de choses dans ma vie mais pas ce lieu. Je lève la main pour attirer l’attention de Rodin, accoudé tout autant que moi à son bar et lisant tranquillement au côté de son phonographe, puis lui désigne mon verre avant de reporter son téléphone à mon oreille.

Je n’ai jamais compris pourquoi ils ne t’ont pas mis en équipe avec Chimp et moi, tu as toutes les qualités requises.

Le Bureau de Boston espérait sans doute obtenir un peu plus de discipline dans les rangs de ses subordonnés en plaçant quelqu’un comme Hanser au recrutement et à la formation des nouveaux éléments d’intervention, histoire d’éviter de nouveaux cas aussi compliqués qu’Hellboy ou moi-même, mais, pour ma part, l’entretient d’un conflit est plus satisfaisant encore que la victoire. Après, je n’apprécie pas franchement les gens qui parlent trop et je finis toujours par les interrompre.

Soit, je te ferais la faveur de ma présence ; j’aime qu’on me soit redevable.

Sans accorder la moindre attention à son regain d’énergie débordante et colorée, je laisse tomber le combiné sur son cadran comme on se débarrasse d’un mouchoir usé. Mon verre et une bouteille dans les mains, Rodin me sourit, sa peau sombre aux tatouages plus sombres encore se plissant d’amusement tandis que sa voix grave et sourde raisonne en un ricanement.

***
New York City est peut-être la ville avec la plus de concentration de surhumains au monde ; entre les Vengeurs, la Young Force et les indépendants, c’est une foire d’une telle intensité qu’il ne faille pas s’étonner qu’un centre de recrutement du BPRD s’y trouve également. Il n’aurait plus manqué que Gotham soit l’un des surnoms de la ville et que l’Institution Xavier soit moins campagnarde pour qu’on n’ait pas moins de cinq groupes majeurs concentrés ici… mais bon, on se contentera de deux à Manhattan. Heureusement, le Gates of Hell ce trouve aussi dans cette métropole qui se vend comme le centre du monde, plus au monde lui-même qu’à l’extérieur d’ailleurs. Joindre le centre n’a donc pris qu’un court laps de temps, quand bien même je n’ai rien fait pour le réduire, et je suis donc arrivée parfaitement en retard. Tout se serait passé comme prévu si j’avais été plus saoule que je ne le suis mais bon, je ferais avec.

Mettre à jour mon fichier par des tests physiques et athlétiques ne m’intéresse pas le moins du monde, mes performances n’ont pas été amoindrie par mon séjour humanitaire à Vigrid et je considère que mes interventions à Paris comme à Quito le prouvent, même si aucune d’elle n’était à ma mesure. Maintenant ma chaise en équilibre sur ses deux pieds arrières et croisant sur le dossier de la chaise de devant mes escarpins qui, pour une fois, ne servent pas de support à de mes armes-démons, je regarde les agents passer sous les amabilités d’Hanser en dégustant avec petit doigt levé une simple sucette. Mon autre main, couverte d’un long gant blanc à paume rouge, me maintient l’arrière de la tête de façon plus confortable que mon siège ne saurait le faire. Les panaches de cheveux qui s’échappent de mes "manches courtes" pendent en compagnie des symboles dorés des phases de la lune comme de celui des Umbra, qui y sont attachés par des chaines en or, et du ruban rouge gravé d’inscription en alphabet démoniaque. Chaînes et ruban remontent jusque dans ma coiffure en ruche et seules les premières en descendent sur mon buste comme dans mon dos pour s’en aller jusqu’à mes chevilles, intégrées à la combinaison magique qui couvre le tout. Enfin, le tout… le dos nu s’en va de la nuque aux reins tandis que mon décolleté qui laisse bien voir la montre à gousset que je porte sur le cœur. Entre deux attentions à la friandise qui entretient ma patience, je chantonne une chanson qui me semble parfaitement appropriée, la musique raisonnant dans mon esprit.


Libera me, Domine, de morte aeterna
In die illa tremenda

Ma tête se penche un peu sur le côté alors que Jubilation Lee en termine de ses exercices, s’en repartant pour être interrompue par un sergent-instructeur aussi content qu’à l’habitude.

Quando coeli movendi sunt et terra,
Dum veneris judicare saeculum per ignem.

Derrière mes lunettes aux branches stylisées en aile de papillon, mes paupières se plissent autour de mes pupilles d’un gris lunaire. L’échange ne m’intéresse pas et les résultats de la jeune vampire me sont rapidement connus, non par cette feuille dont elle a cherché à se débarrasser mais par cet instructeur dont elle n’arrive pas à se débarrasser. C’est encore pire ?

Tremens factus sum ego et timeo,
Dum discussion venerit atque venture ira :

La confrontation est rapide et sans appel, sans véritable effort même. C’est encore pire, donc.

Notre collaboration en 2015 a permis d’apporter un respect mutuel dépassant celui, déjà démontré, de simples collègues même si c’est en définitive ce que nous sommes. Les tensions entre nous sont présentes et c’est plus le travail pour aller à l’encontre de nos instincts naturels qui a forgé notre relation, justifiant parfaitement qu’on ne l’approfondisse pas plus.

Quando coeli movendi sunt et terra.

Hanser ne veut plus revoir un cheveu de ce déchet, voici qui me fait sourire. Il cultivera la colère contre lui pour amener l’autre parti à se dépasser et à faire disparaitre le "déchet" suscité, c’est comme cela qu’il fonctionne. C’est comme cela qu’il réussit, dans une certaine mesure, même si la discipline n’est pas plus inculquée du fait.

Après quelques instants de battement, Jubilee fuit. Une partie des présents se croit chez les Vengeurs mais leur tour viendra aussi, Hanser n’a ni favori ni dispensé. Seulement des adversaires qui lui répondent plus ou moins bien. Cela étant, je n’ai pas l’intention d’en répondre à lui et si Strange ou ceux qui lui servent d’administrés souhaites décomposer l’équipe des insupportables, qu’ils viennent me voir eux-mêmes. Regardant ma sucette avec grand intérêt, j’attends que les hurlements reprennent à défaut d’attendre mon tour. Je sais à quel point cela peut être difficile de lutter contre des instincts, ce qui me fait savoir également qu’il n’est pas le bon moment pour intervenir. La Justice League comme ma mémoire ont vraiment changé ma vie, même les sucettes n’ont plus la même signification qu’avant.

***
Et bien, il semblerait que tu te laisses aller.

Je ne devrais pas la surprendre dans mon approche, les sens vampiriques n’étant pas utiles à entendre les claquements de mes talons, même s’il est possible que je la surprenne par mon approche. M’arrêtant à quelques mètres d’elle, je pose les mains sur mes hanches et parle d’une voix exagérément légère.

Ça ne va pas du tout, aucune femme ne devrait se laisser traiter ainsi par un homme.

Marquant une pause, je lui laisse l’initiative de répondre. Je n’ai toujours pas de surnom réellement approprié pour Jubilation mais il ne faut pas qu’elle s’en aperçoive.

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Re: Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Jubilation Lee le Sam 16 Sep 2017 - 6:59


« À quoi bon ?
Dans ce monde où l’exceptionnel est quotidien, où la normalité perd toute notion tangible, où les êtres côtoient les divinités ; la raison même perd tout son sens.
Dans ce monde où l’évolution ne se compte plus en génération, mais en jours, où le progrès n’est plus une succession de découvertes, mais une découverte constante ; la petitesse de l’individu s’écrase devant la grandeur collective.
Mais surtout. Dans ce monde où l’atrocité se banalise, se médiatique, où la terreur est voisine de l’oppression et l’apocalypse à la porte de notre époque ; les souffrances des uns sont les geignements des autres.
La grande cruauté de cette époque, la grande injustice : ce n’est ni les mots, ni les actes, mais la banalisation face au désormais possible-impossible de ce qu’elle apporte.
Lorsque votre voisin peut soulever des montagnes, lorsque votre boulangère a fui son pays détruit par les conséquences d’invasion extra-terrestre, lorsque les journaux télévisés parlent de possible guerre intergalactique et de conflits par delà les étoiles ; la notion même d’impossibilité, d’anormalité, de fiction… disparaît.
Et malheureusement, puisque tout devient possible, plus rien n’a d’importance.
Alors à quoi bon ?
À quoi bon raconter cette histoire ? À quoi bon témoigner des sentiments enfoui d’une jeune agente du BPRD, touchée dans son égo, touchée dans son orgueil ?
À quoi bon.
Il ne reste à la conscience que le nihilisme. Non pas celui de ne croire en rien, mais celui de ne plus croire en ce qui est. Puisque tout est désormais possible, ce qui est, peut donc très bien ne pas être.
Elle a pourtant envie de hurler, Jubilee. Hurler contre cette fatalité qui l’incombe. Hurler contre cette malédiction inévitable, inévitée, irréparable. Elle a envie de se venger, d’écouter la pulsion de son coeur monstrueux lui ordonnant d’assassiner et dévorer ceux qui se dressent sur son chemin. Elle a envie de se libérer de cette douleur, de cette souffrance. Elle a envie de respirer, enfin, sans avoir la sensation de disparaître derrière le masque sanglant de son instinct.
Mais à quoi bon ?!

Fixant ses mains - sur lesquelles des veines ressortent affreusement, sur lesquelles des griffes aiguisées s’étaient allongées sous l’effet de la colère - elle songe. Assise sur les dernières marches d’un escalier, un peu plus loin du tumulte du gymnase, elle plante ses griffes dans son visage : se tailladant la chair dans un élan masochiste sanglant. Les pulsations de son cœur font affluer le sang vers les lacérations, le déversant sur ses mains, son torse et ses genoux, mais aussi activant sa régénération naturelle ainsi que celle héritée de Wolverine. Son sang n’est même plus le sien, que lui reste-t-il donc ?
C’est alors que les bruits de pas dans son dos la heurtent en pleine réflexion. Elle n’a qu’une envie, se retourner et sauter au visage de qui ose l’approcher. Et qu’est-ce qui lui empêcherait de le faire, d’ailleurs ?
Personne.
Car si rien n’est impossible, tout devient aussi possible pour elle.
Ce qui est, peut très bien ne pas être… Pensait-elle jusqu’à maintenant. Mais ce n’était pas le cas. Ce qui est, peut très bien ne pas être, mais ce qui n’est pas : peut le devenir. Il n’en dépend que d’elle. Combien de temps lui faudra-t-il pour le remarquer ?
Combien de temps lui faudra-t-il pour comprendre qu’à la question récurrente la réponse n’en est que trop simple :
À quoi bon ?
Tout. Tout est bon à prendre, car tout peut le devenir.

Elle passe sa manche devant son visage, essuyant grossièrement et étalant le reste de sang dégoulinant. Sa régénération fait petit à petit effet et elle retrouve la vue de ses yeux tailladés juste avant de se retourner. De grandes marques de lacérations sur le visage.

« Ah ouais ! Bien évidemment ! J’suis conne… C’est vrai qu’un homme qui se fait péter le nez et le crâne par une femme c’est bien plus acceptable ! »

Les pulsions vampiriques font trembler violemment son avant-bras qu’elle est obligée de maintenir fermement avec son autre main. Elle serre son poignet si fort qu’elle manque à peine de le briser. Elle fixe alors, plus calmement, Cereza. Sa voix possédait une teinte rauque et un fond tremblant dû à l’excès d’hormones de toute sorte et d'adrénaline dans son organisme. Le seul combat qu’elle était en train de gagner aujourd’hui n’aura pas été face à son supérieur, mais simplement face à elle même, capable de contenir les pulsions vampiriques connues comme étant les plus violentes et meurtrières de ce monde. Mais contenir est-ce seulement la solution ?

« Bon… Heu… Ouais, avant que tu commences à jouer les chieuses je préfère t’arrêter tout de suite. C’est pas vraiment le bon moment alors excuse-moi pour ma vulgarité, mais… juste… Cassez-vous. Toi et ton gros cul. »

»

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Re: Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Cereza de l'Umbra le Lun 18 Sep 2017 - 8:17


Que veux-tu, Rodin ? Je suis une femme responsable.

"Plus une chienne de chasse" me répond-t-il alors qu’il me rend mon verre, toujours aussi amusé de voir "comment j’ai tourné".

Sois prudent, sauf si tu désires un nouvel affrontement dans l’arrière boutique de ton magasin. Une chasseuse, à la limite.

Il est vrai que mes investigations, en l’absence de Chimp, visent plus à remonter la piste d’une proie qu’à rassembler les preuves contre un coupable. Mais je ne rapporte pas toujours ma cible à un quelconque "maître", l’accord est tacite que, seule, je m’occupe bien mieux des missions où le responsable n’a pas à être emprisonné par la suite ; enfin, pas sur Terre. Cela arrive, parfois, mais les missions que j’accepte sont plus proches de celles d’un chasseur de primes que d’un policier. Après tout, même dans la mafia, j’étais exécutrice. La Justice League c’est peut-être occupée de mon cas entre temps mais même ses membres reconnaitront qu’il n’est pas l’entièreté des créatures de l’univers qui peuvent être rééduquées et qu’il est parfois plus simple de les renvoyer dans leur dimension d’origine… ou une autre. Et puis, s’il faut être tatillon, je ne tue pas forcément les créatures que j’envoie dans mon enfer, sous réserve que lesdites créatures soient mortelles.

Portant mon verre à mes lèvres, je le bois cul sec avec l’espoir que cela me tranquillisera un peu pour les tests à venir. Hanser n’a pas besoin de ça pour gueuler mais il saura réagir correctement à ce petit coup de pouce. Et dans l’optique où cela ne suffirait pas, j’interpelle de nouveau mon armurier.

Quelles sucettes as-tu en réserve ?

***
Laissant s’échapper la sucette de mes lèvres, je regarde sa taille en constatant que j’arrive bientôt à la fin. Il est donc temps de passer à la suite et, la reprenant en bouche, je décroise mes pieds de la chaise de devant pour me relever, laissant tomber ma propre chaise pour attirer l’attention. Evidemment, avec Hanser pour compétition, il n’y a qu’une partie des gens attendant leur tour qui réagit et le sergent-instructeur n’en fait pas immédiatement parti. Ses cris s’interrompent néanmoins, laissant anticiper qu’il réagira exactement comme il en a l’habitude et je saurais tirer parti de cela.

Quel est la petite merde qui a fait la maline et s’est retrouvée à sa place ? J’hôte de nouveau ma sucrerie de ma bouche avant de plisser celle-ci en un sourire amusé. Je ne prends même pas la peine de répondre, toutes les attentions se tournant vers moi et le défilé commence alors. Le défilé des joyeusetés d’Hanser auquel je ne prête pas plus d’attention qu’au fait qu’il vienne me les dire en face comme le défilé que j’entreprends en observant les auras magiques des témoins de tout cela, marchant en me dandinant vers la plus importante d’entre elles.

Une fois face à son porteur, je pointe l’agent de ma sucette et lui sourit de plus belle.

As-tu un sort de téléportation ?

Face à son hésitation, je tourne sur moi-même avec théâtralité, la main tenant la sucette désignant tour à tour chacun des impliqués potentiels.

Y a-t-il quelqu’un qui ait un sort de téléportation ?

Hanser finit par atteindre la perturbatrice à laquelle il donne des noms d’oiseau depuis tout à l’heure et je replace ma sucette dans ma bouche pour lui faire face. Un coup de dent permet d’en terminer bruyamment.

***
Le masochisme est une chose étrange, pour moi. Car, non, je ne suis pas sadomasochiste. Juste sadique. Mais pas d’un sadisme qui me fait apprécier ce que je vois là, cette jeune fille qui s’automutile parce qu’elle se déteste. Non, mon sadisme ne prend pas plaisir de la souffrance d’autrui. Mon sadisme se nourrit de la souffrance que je fais partager à autrui. C’est bien pour cela que je trouve le masochisme étrange : il se nourrit de la souffrance qu’on subit. Je n’ai pas l’intention d’offrir à qui que ce soit l’occasion de me faire souffrir et suis relativement perplexe à ceux qui réservent se privilège à eux-mêmes. Comme Jubilation. Heureusement pour elle, ce n’est qu’une question de secondes, peut-être de minutes, avant que les traces physiques ne disparaissent. Cela aide peut-être dans le masochisme, je n’en sais rien.

J’écoute la réplique de celle qui se fait un masque sanguin sans réellement bouger, m’abstenant de confirmer qu’elle est conne puisque ce n’est pas encore prouvé. Et cela ne m’intéresse pas à savoir d’ailleurs. Quand à ce qu’un homme se faisant péter la gueule par une femme soit plus acceptable…

Et bien, cela dépend de ta définition de féminisme.

Le féminisme peut renvoyer à l’égalité homme-femme mais sa formulation même renvoie plus à une supériorité de la femme ; dans un tel cas, oui. La violence du sexe "fort" envers le sexe "faible" a toujours été plus acceptée que l’inverse. Mais c’est primaire de se rendre compte que cela n’a rien à voir avec le sexe, juste avec la puissance. Cette même puissance dont certains préfèrent s’abstenir d’user mais qui fait trembler leurs êtres à un moment ou à un autre. Pour Jubilation, c’est maintenant. Mais elle n’en jubile pas plus que moi, voir beaucoup moins.

Conservant ma nonchalance, j’attends simplement qu’elle se calme puisque j’estime ne pas être intervenue trop tôt ; sinon, j’aurai risqué d’interrompre son élan de masochisme et, pour me trouver de l’autre côté du spectre, je sais combien c’est frustrant de refouler ses pulsions. Cela étant, j’y réussis bien mieux qu’elle vraisemblablement. Ou plus exactement, elle y réussit beaucoup moins bien que ce que je croyais. Beaucoup s’enorgueillissent de leurs victoires contre les autres sans comprendre que les plus difficiles des combats sont contre soi-même puisque nous sommes le seul adversaire dont on ne peut pas se débarrasser.

Jubilee se maitrise et cherche à me maîtriser, me conduisant à sourire de nouveau avec beaucoup d’assurance et de mépris. Puisqu’elle souhaite parler à mon gros cul et moi, je vais un pas en avant pour placer de profil, tendant la partie suscité en une provocation.

Je te proposerai bien de me forcer mais, considérant ton score contre Hartman, il te faudra plusieurs essais. Voici donc le marché : tu retentes régulièrement jusqu’à ce que tu y arrives et, lorsque ce sera le cas, je me "casserai".

Tout en faisant de mon mieux pour que ça ne soit pas littéral, évidemment. La magie saurait me réparer à l’instar du facteur régénérateur de Jubilee mais je ne pratique pas cette magie-là et n’éprouve guère l’envie d’aller la réclamer à quelqu’un d’autre. Les vampires sont des adversaires que j’apprécie beaucoup, non seulement leur force est létale pour un humain mais en plus leur résistance leur permet d’endurer des blessures de mes armes-démons, leur endurance et leur vitesse sont supérieures aux miennes et enfin leurs réflexes peuvent être intéressant pour compenser le Temps des Sorcières. En somme, un vampire correctement entrainé est un adversaire à mon niveau.

D’avoir été à l’Institution Charles Xavier pour Jeunes Surdoués, on peut se dire que Jubilation Lee a été correctement entrainée mais elle semble avoir beaucoup perdu et ce n’est pas là ce qui m’intéresse le plus. Cela aurait pu l’être si elle allait bien mais, comme ce n’est pas le cas, j’ai d’autres priorités. Je ne mentais pas en considérant qu’Hanser avait les qualités pour être en équipe avec Chimp et moi ; contrairement à Hellboy, il est désagréable. Nous le sommes aussi. Mais cela nous permet de canaliser ce que les autres, Hellboy inclus, ne canaliseraient pas.

"C’est pas vraiment le bon moment" a dit mon interlocutrice et je la fixe avec un regard de défi, étant en désaccord. C’est le bon moment, au contraire. C’est le moment où elle a le choix de diriger son mal vers une cible qui est capable de lui survivre ou de continuer à le renfermer en elle. Si j’étais arrivée plus tôt, s’eut été instinctif et cela n’aurait aidé en rien, cela aurait été un échec. D’agir maintenant, maintenant que Jubilee a gagné face à elle-même, c’est lui offrir un moyen d’évacuer de façon contrôlée. Le rythme est quelque chose de très important en danse, je considère l’avoir parfaitement suivi comme être parfaitement capable de le tenir. Reste à savoir si la jeune femme souhaite rentrer dans la danse également.

Alors ? Botter mon "gros cul" n’est pas assez tentant ?


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Re: Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Jubilation Lee le Lun 1 Jan 2018 - 19:56


« Alors que Cereza l’invita à passer à l’action. Jubilee fut quelques instants surprise par cette réaction. Elle relâcha l’étreinte sur son poignet et laissa ballants ses bras le long de son corps. Que cherchait-elle ? Que voulait-elle ? Pourquoi venait-elle l’embêter ? Ces questions semblaient sans réponses aux premiers abords, justifiant le visage interloqué de la jeune femme. Mais il ne lui fallut pas plus qu’une longue expiration et un battement de cil pour se faire une idée des motivations de celle qui l’observait dans ce couloir.
En l’absence de retenue, les pulsations du coeur de Jubilee se firent plus amples. Ses veines devenant plus visibles et grosses, ses dents et griffes sortirent naturellement alors que la transformation s’intensifia un peu plus. Mais c’est paradoxalement calme, que Jubilee leva les yeux vers Cereza, remontant les quelques marches de la fin de ce couloir d’où elle venait. Elle était calme, malgré les signes physiques de transformation en vampire. Son visage était quasiment régénéré et un sourire honnête put s’y lire. Elle ne dit mot, marchant lentement vers Cereza qui la dominait de son impressionnante taille et ses ostentatoires talons.

Elle n’était pas agressive, elle n’allait pas lui bondir dessus, lui sauter à la gorge et cela devait se ressentir. Ce qui était moins clair était le pourquoi de cette soudaine poussée des symptômes vampiriques malgré le calme affiché. Ces griffes et ses dents étaient maintenant à leur taille maximum. L’ensemble de sa musculature se faisait plus visible derrière les veines rouges et la peau pâle. Jubilee arriva devant Cereza et leva les yeux pour combler la trentaine de centimètres séparant la hauteur de leurs yeux. Elle leva lentement sa main gauche vers sa joue droite. Effleurant à peine sa joue.

« Tu me fais rire. T’es si mignonne à me prendre de haut. Je suis sûre que tu es convaincue de me connaître parfaitement. Ou plutôt non... De connaître les vampires parfaitement. Tu t’es dit… »

Son bras redescendit le long de son corps alors qu’elle tourna autour de Cereza. Ses sens aiguisés malgré elle, Jubilee ne rata pas une miette du corps de Cereza. Ses formes, sa posture, son odeur. Le cerveau de la jeune vampire était submergé par les informations sensorielles qu’elle n’avait pas demandé. Elle continua malgré tout de parler en prenant un ton volontairement condescendant et nasillard.

« Il faut qu’elle maîtrise ses pulsions, qu’elle maîtrise son état. Il lui faut un mentor, quelqu’un de fort, de merveilleux et de bienveillant. Oh, tiens ! C’est bien sûr, il faut que je l’aide. Je suis tellement en manque de satisfaction personnelle et mon ego est tellement volumineux que j’ai besoin de lui prouver à quel point elle me sera redevable. »

Jubilee se mit à imaginer ce que l’on devait penser d’elle en tant que vampire. Les analyses de ses partenaires à l’Institut, comme du BPRD devaient se résumer à ces mêmes analogies entre le vampirisme, la mutation ou la possession. Tous ces soi-disant experts en surnaturels n’avaient en fait pas la moindre idée d’au combien les choses étaient différentes. Jubilee, en tant qu’ancienne mutante et professeur à l’Institut savait pertinemment que posséder un gène X - quel qu’il soit - et être vampirisé était deux choses bien distinctes d’un point de vue du changement qui s’opérait dans le cerveau du sujet, mais aussi d’un point de vue du contrôle. Apprendre à contrôler un pouvoir passe par apprendre à contrôler son corps, sa respiration. Apprendre à contrôler un gène X implique par maîtriser ses émotions, ne pas se laisser emporter. Apprendre à contrôler une mutation revenait souvent à apprendre un instrument de musique ou maîtriser une quelconque compétence kinesthésique telle qu’un sport : se concentrer, se calmer, respirer et répéter une tâche jusqu’à ce qu’elle devienne instinctive, naturelle et, de fait, contrôlée.
Jubilee ne savait pas comment exprimer cette différence avec le vampirisme par les simples mots. Devenir vampire ne se contrôlait pas dans le sens où il n’y avait pas besoin d’entraînement pour maîtriser ses mouvements. Tout était instinctif comme si “être” une vampire était transmis par le sang et immédiatement assimilé par le corps.
Comment expliquer alors à des scientifiques n’ayant comme repère que des mutations génétiques que les pulsions vampiriques ne sont pas des pulsions émotionnelles contre lesquelles le sujet est forcé d’agir ? Comment expliquer que les pulsions meurtrières ne sont pas des parasites possédant mystérieusement un hôte et le force à tuer contre son gré le rendant inconscient s’il le faut ?
Comment expliquer que les pulsions ne forcent pas Jubilation, les pulsions sont Jubilation. Elle est et devient ce qu’elle n’aurait aimé devenir pour rien au monde.
Comment expliquer que la peur ne vient pas de ce qu’elle est capable de faire
ni même de l'effroi de ce qu’elle a envie de faire, instinctivement, au plus profond de son être, de son âme, de son sang, mais du plaisir qu’elle a à se retenir de le faire.
Car c’est dans la retenue quasi masochiste de sa pulsion qu’elle peut en apprécier tous les aspects.
Comment l’expliquer, elle ne le savait pas où plutôt elle ne pensait pas que quelqu’un parviendrait à la comprendre sans la prendre soit pour une folle, soit un danger public ou encore une sadomasochiste primaire ce qu’elle est peut-être, tout simplement.

« Ahaha. Si tu as tant besoin de ça pour exister, je vais te faire une fleur. Voilà mon numéro, t’as qu’à me dire quand et où tu veux qu’on se voit et j’y serai. Je te laisse juste le mémoriser, ça ne devrait pas te poser de problème de le retenir j’ai l’impression, intelligente que t’es avec tes lunettes. »

»


[HRP : Je me suis peut-être permis trop de liberté sur ce post. N'hésite pas à me dire si ton personnage à des réactions pendant mon post que je modifie en fonction Wink]

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Re: Les sueurs se teinteront de rouge (Cereza de l'Umbra)

Message  Cereza de l'Umbra le Ven 12 Jan 2018 - 7:41


Jubilation en est encore au stade où les agacements s’entrecoupent de surprise, c’est mignon. Une constatation absolument pas péjorative, évidemment, même si un peu hautaine il est vrai. Disons qu’elle place ma vis-à-vis en adolescente mal dans sa peau et légèrement perdue, ce qui n’est peut-être pas si loin de la vérité. Après, mademoiselle se reprend rapidement et tout s’accélère chez elle. Mon instinct n’est pas suffisamment distant pour ne pas percevoir la menace qui accompagne la sortie des griffes et des crocs ainsi que, pour ne pas dire surtout, le retour du calme. Cela étant, ma raison me permet de réagir à cela avec mesure, une mesure qui ne me fait pas bouger avant que la jeune vampire n’en face de même. Son sourire trouve un écho plus confiant chez moi tandis que je fais face à son avancée de façon littérale, me replaçant dans une position plus convenable et croisant les bras sans cesser de la fixer.

Je suis détendue mais cela ne signifie pas que je ne sois pas en alerte, la violence et la danse m’ont toujours grandement détendue et mise à mon aise. De plus, ce n’est pas en se crispant qu’on apprécie le mieux un suspens à mon sens, bien au contraire. On sait que la chute arrive mais peut-on se préparer à l’imprévisible ? Non, on peut se préparer à être surpris. Après, c’est vrai que les jumpscares misent sur cette tension personnelle mais, dans les films d’horreur, je me sens toujours plus proche du monstre que de la victime. Cela étant, peu de gens sont sensibles à l’idée que monstre et victime puisse être une unique personne.

Pour ma part, c’est surtout le contact que je n’apprécie pas. Jubilee cherche pourtant à le faire sur ma joue et je prends la peine de la laisser m’effleurer, maintenant ma position. Reste à savoir si j’ai perdu mais pour l’instant c’est l’aspect comique de ma personne qui l’interpelle. Le mignon me revient dans le visage sans l’impacter plus qu’un amusement réciproque mais la suite gâche un peu le moment de connexion : il ne faut pas hésiter lorsque l’on met en avant une provocation, même pour renchérir ! Tout doit couler naturellement, fluidement, sinon on sent l’aspect factice de la chose. Si elle est factice, cela dit. Je pourrais bien développer sur ce point mais la continuation du contact est suffisamment déplaisante pour que je m’en abstienne, me tendant au fur et à mesure que la vampire le poursuit.

Maitriser ses pulsions, c’est préférable pour la survie de ce lieu en effet. Maitriser son état, c’est préférable pour la survie personnelle également. La nécessité d’un mentor est tout aussi pertinente quand à ses qualificatifs, ils sont parfaitement subjectifs. Et si je perçois sans peine ma force et ma merveille, je dois avouer éprouver un peu plus de difficulté avec l’aspect bienveillant. Inutile de souffler ou de lever les yeux au ciel à cette mention néanmoins, toute ma concentration est ailleurs : sur cette attitude prédatrice dont je puis moi-même jouer, moyennant une distance raisonnable. Chose que vampirette n’a pas. Oh oui, je suis tellement en manque de satisfaction personnelle que je crains qu’on ne prenne plus mon égo pour une statue de platine de ma personne, il faut que je me dépêche avant qu’elle ne soi plus qu’en or. Mieux, il faut que je trouve quelqu’un de redevable pour la dépoussiérer.

Chéri, j’adore t’entendre me dire ce que je sais déjà.

S’il fallait une personne pour connaitre les vampires parfaitement et chercher à comprendre tout aussi parfaitement Jubilation, je redirigerai cette dernière aux soins de Mina ; elle est bien plus calée que moi en la matière. C’est elle la plus qualifiée pour être une mentor à vampirette, personnellement je préfère caster pour l’antagoniste. C’est le genre de rôle qui me convient mieux, je trouve, il y a plus de classe et d’importance qu’un simple personnage secondaire destiné à passer l’arme à gauche afin de justifier qu’il ne réussisse pas les épreuves du héros à la place de celui-ci, puisque s’il lui apprend à les réussir c’est qu’il est compétent de son côté aussi. Bon, le petit bémol est que la plupart des antagonistes ont un plan et des ambitions, moi il m’en manque la moitié. Mais shut, il ne faut pas gâcher la magie.

J’ignore ce qui se passe dans la tête d’une jeune adulte de cette époque, même si j’ai la prétention de le savoir. J’ignore ce qui se passe dans la tête d’une nouvelle née vampire, même si j’ai la prétention de le savoir. J’ignore ce qui se passe dans la tête de Jubilation Lee, même si j’ai la prétention de le savoir. Heureusement, toute cette prétention est faite pour moi et je peux donc me concentrer sur ma propre expérience pour trouver des parallèles. J’ai passée mon enfance à m’entrainer plus durement que les autres pour essayer de rompre cette interdiction qu’il y avait à ma formation, pour que ma mère ait quelque chose à se raccroché dans son enfermement et pour que je sois digne d’elle comme de ce clan qui nous jugeait si durement. J’ai affuté mon corps et mon esprit pour en faire des armes et répliqué la concentration, le calme, la respiration et les mouvements jusqu’à ce qu’ils soient une partie de moi plus ancrée que ma mémoire même, que mon identité. J’ai vendue mon âme pour une guerre et perdue toutes les personnes qui m’étaient chères dans une autre. A partir de ce moment-là, à partir du moment où mon monde a brûlé sous la purge tandis que l’on se consumait dans la paranoïa et la suspicion d’une guerre d’assassins, tuer comme les miens ont été tué est devenu un besoin. Extérioriser la souffrance que j’avais vécue puis oubliée est devenu un besoin et les pulsions étaient d’autant plus fortes qu’on les retenait. Et on finissait toujours par faire une exception, parce que l’on en avait besoin ; besoin pour être entier, besoin pour être bien, besoin pour simplement être soi. La volonté n’était pas notre alliée pour nous retenir, c’était contre elle que nous nous battions afin de ne pas l’accomplir. Pour vaincre, il faut canaliser et sevrer, non lutter bêtement. Il faut compromiser, il faut réduire les doses, il faut berner sa volonté et son corps. Et, même une fois l’addiction passée, il peut rester une certaine dépendance. Une dépendance qui, elle, ne disparaitra jamais. J’ignore ce qui se passe dans la tête d’une jeune adulte de cette époque, même si j’ai la prétention de le savoir. J’ignore ce qui se passe dans la tête d’une nouvelle née vampire, même si j’ai la prétention de le savoir. J’ignore ce qui se passe dans la tête de Jubilation Lee, même si j’ai la prétention de le savoir. Heureusement, toute cette prétention est faite pour moi et je peux donc me concentrer sur ma propre expérience pour chercher à faciliter la tâche.

Il n’y a aucun écho au rire forcé de Jubilation, seulement mon regard lunaire pour la fixer avec plus de résolution que de malice, le temps que celle-ci revienne. Mes mains viennent sur mes hanches alors qu’il est question de me faire une fleur avec de combler mon besoin "d’aider pour exister", un slogan qui pourrait définir l’altruisme s’il n’était pas purement ridicule. Jubilation me laisse son numéro comme l’initiative du rendez-vous, moyennant que je sois capable de tout mémoriser avec ma grosse intelligence de binoclarde. Mon sourire me revient donc.

Ainsi donc mademoiselle est trop prude pour faire quoi que ce soit dès la première rencontre ?

Tapotant le dos de la main de Jubilee de l’index, je tente de conserver son attention alors que mon doigt s’agite latéralement pour signifier l’interdiction.

Dommage, je ne suis pas le genre patiente. Que diras-tu donc de maintenant et d’ailleurs ? Oh, c’est vrai : inutile de te demander, je te connais parfaitement. Envois-y nous.

Mes dernières paroles changent radicalement de ton, ne s’adressant plus à Vampirette mais à mon adjuvant du jour dont le sort de téléportation forme des anneaux verticaux qui s’en viennent se déployer autour de nous, nous faisant un instant passer je-ne-sais-trop-où dans le nord de l’état. La forêt montagneuse nous entoure et la route la plus proche doit être à une dizaine de kilomètres, seul un lac se trouve d’ores et déjà à notre portée.

Je dois avouer ne pas avoir l’intention de me laisser toucher de nouveau mais la première chose qui vient après cette constatation et une pointe de curiosité quand à la surprise de Jubilation. Et ce qui la suivra, également.

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