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Message  Jubilation Lee le Jeu 3 Aoû 2017 - 22:14




01


Mouvant, rampant, grimpant ; les griffes plantées dans le bois grinçant :
Il avance.  
Calfeutré, affamé, assoiffé ; les yeux rivés sur son futur dîner :
Il attend.
Ne pouvant réprimer son instinct,
Le monstre dévorera et détruira
Tout ce qui lui tombera sous la main.
Mais à la cruauté, souvent, s’ajoute la fatalité,
Puisqu’aucune échappatoire n’est possible
Pour celles et ceux pris pour cible.


Il n’y a rien de plus tenace que l'opiniâtreté d’un monstre sauvage. Redoutable animal. Rien ne peut le faire flancher excepté la mort ou la peur. Ni raison ni mises en garde. Vous ne pouvez être que spectateur du désastre ou de votre propre fuite face à l’inévitable. Et aujourd’hui sera connu comme le jour où ce déferlement de cruauté a débuté.
Tapi dans l’ombre, les yeux rivés sur sa proie, le monstrueux animal tourne la tête de droite à gauche, observant les alentours. Il n’est pas repéré et prend garde à ne faire aucun bruit. L’effet de surprise sera garanti. Sa force est colossale. Sa vitesse est infiniment plus grande que sa cible. Enfin, ses sens sont cent fois plus développés que ceux de son adversaire - ou plutôt - sa victime. Mais le monstre est un chasseur, c’est dans son code, c’est dans ses gènes. Comme tout traqueur, il ne fait pas usage de force brute, mais plutôt d’intellect - supérieur dans son cas - dès qu’il s’agit de se nourrir. Il tue pour vivre, mais il y prend aussi du plaisir, un plaisir qui se lit sur sa face où de légers frémissements et des poils hérissés sont visibles.
Il est l’heure, l’heure de passer à l’attaque. Une poussée d’adrénaline traverse son corps à toute vitesse. Mais ce n’est pas tout : au total, c’est plus d’une douzaine de substances hormonales différentes qui sont sécrétées en grande quantité dans son organisme. Son sang achemine ce cocktail explosif à chaque partie, chaque membre de sa carcasse. Ses yeux s'écarquillent. Ses muscles se contractent. Ses crocs se dévoilent.  Il prend position, pour bondir.  

Parfaitement exécutée, l’attaque n’en reste pas moins aussi instinctive que le fruit d’une pratique répétée et d’une longue expérience meurtrière faites d’échecs et de réussites. Le temps semble s’arrêter alors. Comme pour peindre dans l’instant, le mouvement. Le mouvement d’un acte, d’une traque. Le mouvement d’un corps bondissant. Le mouvement d’une lame dans un courant d’air. La pièce plongée dans l’obscurité, il n’y a qu’un faible filet de lumière qui parvient, tant bien que mal, à se frayer un chemin parmi les épais rideaux. La poussière, stagnante, renforce le dessin du faisceau qui vient se heurter aux griffes acérées sorties et pointées droites devant. L’impact est proche et sera bref. Dans un fracas les deux corps se heurtent, déchiquetés au premier coup. L’emprise se referme et l’étreinte se serre. Un cri s’élève et rompt alors le religieux silence dans lequel tous étaient plongés…
« Koby ! » s’écria Jubilee alors que son animal de compagnie venait de jaillir de dessous le canapé contre lequel elle était adossée. Le panda roux, offert comme cadeau à la jeune femme par une tribu tibétaine lors d’un de ses voyages, en avait encore fait qu’à sa tête. Retourné sur le dos, la tête enfouie dans un sac de chips à moitié éventré ; il avait visiblement bien calculé son coup. Son maître était concentré sur l’écran de son ordinateur depuis un bon moment après avoir quasiment dévoré le fameux sac, posé ensuite à côté d’elle, à même le parquet.
« T’es chiant, t’en fous partout… Allez, arrête de bouffer ça, c’est trop salé pour toi ! Koby ! Arrête sinon je te remets dans ta cage ! » dit-elle tout en retirant les griffes de l’animal du sac une par une. Joueur, Koby observait avec amusement Jubilee ramasser les miettes au sol.

Jubilation Lee vivait dans un appartement de Jersey City, dans une résidence appelée “Bermudez”, au 45 de l’avenue Hopkins. Le loyer n’y était pas très cher, moins de mile dollars, et elle pouvait loger dans un 65 mètres carrés. Cela lui suffisait amplement. À vrai dire, Jubilee n’avait pas forcément de soucis d’argent, elle aurait même pu se payer un appartement à Manhattan assez facilement. Ses parents ont fait une carrière dans l’immobilier et la finance. À leurs morts, Jubilee a hérité de bien des richesses même si elle n’a pas préféré reprendre directement la direction des affaires familiales cotées à plusieurs milliards de dollars avant la crise des subprimes. Jersey City était une ville résidentielle et plutôt calme qui lui convenait bien. Non loin du centre de Manhattan, il fallait compter trois quarts d’heure de transport en commun pour s’y rendre en journée. Elle n’était donc pas très loin de son travail et pouvait sortir facilement avec quelques connaissances dans les bars du coin.
Elle appréciait le calme du quartier et la discrétion de ses habitants. Son propriétaire était une vieille personne retraitée qui profitait de l’acquisition de l’appartement par son fils - décédé depuis - dans les années 90 pour vivre une retraite paisible là où il a grandi. Jubilee, en tant que membre du BPRD, en tant que vampire, en tant qu’Ex X-woman, en tant qu’Ex Mutante et en tant que femme asiatique a plus d’une raison d’apprécier le calme et la quiétude contrairement au grouillement et à l’agressivité ambiante de Manhattan. Elle avait aussi l’impression d’être un peu plus éloignée des problèmes médiatiques. Finalement, ce quartier était l’endroit rêvé pour vivre une vie normale. Était-ce d’ailleurs ce qu’elle cherchait, finalement ? Vivre normalement ?

La vampire était donc sur son ordinateur, assise sur le sol, le dos contre le canapé du salon. Le chargeur traînant à ses côtés et son téléphone portable faisant tourner 24h/24 un jeu mobile auquel elle était addict. Plongée dans l'obscurité, ne laissant passer que très peu de lumière, elle se protégeait de ce qui pourrait l’affaiblir. En tant que vampire ayant suivi pendant des années un traitement à base de sang de Wolverine, elle avait la particularité de mieux résister aux faiblesses de son espèce et pouvait se balader en plein jour, du moment que le soleil était masqué derrière des nuages. Ce n’est pas le cas d’autres vampires, qui peuvent prendre feu ou se désintégrer en quelques minutes au simple contact de la lumière du jour. Elle était juste prudente, on ne pouvait pas réellement savoir ce que l’exposition à de faibles doses d’ultra violet pouvait faire sur son organisme. Son job lui demandait également d’être au top de sa forme en toute circonstance. Des interventions et missions peuvent apparaître n’importe quand.
Cependant, il y avait une autre raison à ce cloisonnement et elle était bien plus humaine que la première. Jubilee était quelqu’un de fainéant et ouvrir et fermer les volets tous les jours n’était pas quelque chose à laquelle elle pensait. Son rythme de sommeil était également perturbé et déréglé du fait des interventions et de sa nature de vampire. Elle se couchait très tard, se levait très tôt, ou dormait toute la journée. C’était quelque peu chaotique.
Du coup, sa facture d’électricité était bien plus élevée qu’un habitant lambda, mais ce n’était pas plus alarmant que cela. Certes, certains voisins se demandaient ce qui pouvait bien se tramer pour voir de la lumière artificielle passer aux travers les volets à toutes heures de la nuit. Mais les habitants de ce quartier sont de ceux qui ne veulent pas d’ennuis et ils préfèrent ignorer ce qui les inquiète ou ce qu’ils ne comprennent pas, plutôt que de risquer de mettre leur nez où cela ne les regarde pas.
Son appartement possédait une cuisine, une chambre, un salon et une salle de bain. C’était meublé très sommairement et la décoration était très classique sinon inexistante. Dans le salon, un amas de matériel informatique et technique était rassemblé sur le sol, çà et là. La formation d’X-men de Jubilee et ses facilités de manipulation des outils informatiques l’ont petit à petit placée comme une personne référente en termes d’infrastructure réseau et de développement informatique. Elle n’était pas très « matheuse », ni scientifique, mais possédait un certain don avec les nouvelles technologies (et les anciennes aussi d’ailleurs).
Quant à Koby, le petit panda roux, il était à cet appartement et à cette vie, la touche de naïveté et d'insouciance qui tenait tout cela en place et évitait à la propriétaire des lieux de tomber dans une sombre et noire dépression.

Le téléphone se mit à vibrer. Un de ses collègues de travail était en train de la joindre. Décrochant d’une main et continuant de tapoter sur son clavier, Jubilee répondit machinalement. « Ouais Neil… Ouais je termine l’install’ de l’OS… Nan… T’as acheté les plaques de cuivres ? … Okay… Je passerai pour installer la cage… J’ai peur pour les batteries en revanche, je sais pas si ça va tenir… je vais sûrement le démonter pour aller choper des Li-Ion de rechange au cas où. Tu m’as dit que c’était quel voltage ton antenne ? … Ah ouais, okay. ». Un silence se fait suivre, elle écoutait son interlocuteur parler plus longuement, ne faisant que des “hum” de circonstances. La personne au bout du fil était un agent du BPRD.
Neil O'Donnell était né à Dublin, dans les années 50. Il a fait ses études au Royaume-Uni et a fréquenté les plus grandes universités. Passionné de biologie depuis son plus jeune âge, il s’est aussi - avec le temps - spécialisé en physique des particules et astrophysique. La progression du surnaturel et l’arrivée de la mutation furent un carburant immense pour sa soif de curiosité. Il est entré dans la police scientifique en tant que consultant dans les années 80 pour aider sur des affaires impliquant des mutants, des mutés ou des êtres doués de dons. La formation du BPRD en Europe l’a très vite rattrapé et il fut engagé comme consultant des pôles de recherche très rapidement. Vieillissant, il est arrivé à New York dans les années 2010. Les branches européennes préférant des recrues plus polyvalentes aussi bien sur le plan physique qu’intellectuel, il fut contraint de partir là où les effectifs étaient suffisants pour développer de vrais pôles scientifiques nécessitant des consultants sur place. C’est là qu’il avait été amené à travailler avec Jubilee sur du renseignement et de l’investigation en amont. Les compétences technologiques de Jubilee étaient parfaites pour un rôle d’assistante scientifique. Également, les capacités physiques accrues de la jeune vampire permettaient de pouvoir effectuer de l’investigation agressive ou directement sur des lieux jugés dangereux. Jubilee était aussi une garantie que le matériel, coûteux et de pointe, utilisé dans les recherches du professeur O’Donnell, n’était pas menacé à chaque confrontation avec un monstre ou une apparition surnaturelle.
C’était d’ailleurs à propos de nouveaux matériels que le professeur avait appelé son acolyte. Ils étaient sur la traque et le renseignement d’apparitions fantomatiques à Brooklyn. Cependant, ces spectres émettaient de fortes radiations électromagnétiques sous forme d’impulsions. Exactement les mêmes impulsions bien connues des militaires sous le nom d’EMP et pouvant être générées de manière artificielle par plusieurs armes, bombes ou appareils spécifiques. Le résultat concernant ces spectres est que les outils de mesure, de capture ou de détection étaient rendus inutilisables lorsque la menace était proche. Des victimes et témoins disaient avoir été agressés la nuit et même le jour par ces apparitions. Tout portait à croire que les spectres attaquaient des personnes spécifiques sur le plan astral.
« Nan, mais le problème c’est pas la cage de Faraday… Les pulsions ont l’air assez faibles pour être encaissées par du matos artisanal. Le problème c’est de construire ce type de cage tout en étant capable d’utiliser le matos. On a pas le budget pour tout blinder de manière militaire… Nan, mais… Écoute-moi… Neil… Je pense que le mieux est de blinder le Van. Nan, mais… Attends que je finisse ! On se sert du Van comme centre de contrôle et on broadcast le flux d’info des outils, enfermés dans les caisses étanches, qu’on déplace sur les lieux… Oui, voilà… Pour que le broadcast passe au travers de la cage, il me faudra de la connectique Gold… Ouais… Minimum. Je vais chercher des antennes qui peuvent faire l’affaire… Il faudra les utiliser sur tes instruments, pour les garder au chaud… ». Une nouvelle pause, Jubilee leva les yeux au ciel avant de reprendre. « Mais… Mais oui ! Oui j’y ai pensé… Bah si je te le dis… Crois-moi un peu Neil, t’es chiant ! Je sais bien qu’ils peuvent perturber le flux de transmissions aussi. Mais c’est justement en mesurant ses interférences qu’on pourra établir leur position et cerner leur rayon et puissance de jamming. Pour balancer les infos cruciales au post de traitement dans le Van, je vais installer un émetteur à haute fréquence et programmer un algo d'émission et de réception double sans perte… Oui… Oui ça va être long… Bah, trois jours si je dors pas… On sait que leur EMP est pas si puissant que ça, mais si on blinde pas le Van et qu’ils se déplacent, on risque de tout griller ton matos soit disant de pointe… Ouais c’est ça… Je les ai vu tes merdes, pas la peine de te la péter… Bon, on tente comme ça ? Okay… Ouais… Ouais c’est ça… Ben Hanser ira se faire voir, on est obligé de tenter un truc dans la semaine sinon on pourrait perdre leur trace… Ah… Ouais… Je sais pas si je serais assez résistante… Faudra que je test au bureau… On a une consultante télépathe qui pourrait me tester ? Ouais ? Cool… Ouais c’est ça, salut Neil... ». Elle raccrocha en soupirant et jetant machinalement son téléphone sur le canapé. Jubilee laissa sa tête tomber en arrière, contre le cuir et se frotta les yeux avec ses mains en grommelant. Un message apparut sur son écran d’ordinateur. Un message d’une certaine Emily ‘Bitch’.

« Arrêtes de te toucher devant le calendrier de la Young Force. 22h au Barcade. Je te mets ta branlée à SFV. Pas d’excuses de sac cette fois-ci. Bitch. »


Jubilee avait besoin de se changer les idées et surtout de se défouler. Cela tombait très bien.

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Re: Mu-Conotoxin

Message  Jubilation Lee le Jeu 10 Aoû 2017 - 21:07




02


Nous sommes en novembre 2016, dans un appartement de Jersey City, proche du cimetière de la ville. La lueur d’une bougie posée à même un vieux bureau de bois éclaire à peine le visage fatigué et pâle d’un homme assis. Des piles de livres, des vieux parchemins, des notes et un amoncellement de feuilles recouvrent le dessus du bureau. Mais ce n’est pas tout, sur une seconde table longeant l’angle de la pièce se trouve également tout un assortiment d'ustensiles de chimie et une flamme bleue, sortante d’un bec benzène, illumine des fioles - plus ou moins remplies de liquides étranges - par le dessous. Dans la pièce, de longs rideaux couvrent toute ouverture quant au sol : davantage de livres et de cahiers annotés le jonchent. Près du bureau se trouve également une corbeille à papier rempli à ras bord et laissant déborder quelques papiers et post-it froissés. Assis sur un vieux tabouret grinçant, l’homme, quarantenaire et de toute évidence malade, se tient la tête à deux mains. De grands ongles dépassent de ses doigts de près de trois centimètres. Ses veines ressortent de ses avant-bras et son teint pâle est à peine réchauffé par la couleur jaune de l’éclairage à la bougie. Lentement, tremblant, il retire ses lunettes quelque peu tordues pour les poser sur un tas de feuilles. Il se frotte ses yeux cernés et rougis, sans doute par la fatigue. Derrière lui, deux lits superposés longent le mur opposé. Inquiet, l’homme jette un regard au lit du dessus dans lequel une frêle silhouette semble se dessiner sous les draps. Il se saisit alors d’un microscope, à côté de lui et le pose devant en faisant grossièrement de la place dans les notes et livres. Se saisissant d’un tube à essai, il se mit à déglutir plusieurs fois, mastiquant et serrant les dents. Puis, tout en approchant la bouche du dessus du tube, il se mit à cracher une bonne quantité de salive visqueuse au teint légèrement verdâtre. Il prit ensuite une petite pipette et préleva un échantillon pour le poser sur une plaquette de verre avant d’observer le tout de plus près au microscope. Enfin, une fois son observation terminée, il se mit à griffonner quelques notes sur le coin d’un livre. Mais ses petites expériences n’étaient pas terminées. Il se munit soudain d’un scalpel et approcha doucement la lame de son avant-bras en veillant à ce qu’elle soit bien parallèle à son artère. Il tranchant l’épiderme sur plusieurs centimètres. L’artère alors coupée libéra un liquide verdâtre en abondance. L’homme ferma le poing et récolta une bonne quantité de sang dans un flacon avant de bander la blessure et stopper l'hémorragie. Derrière lui, la petite silhouette allongée sur le lit se mit à grogner dans son sommeil, mais cela ne l'inquiéta pas davantage.
« Cela fait 5 jours que tu n’as pas dormi, tu devrais te reposer... » Dit la personne jusqu’alors endormie d’une voix fluette.
« Ne t’inquiète pas pour moi, rendors-toi, la nuit tombe bientôt. » Lui répondit l’homme tout en plaçant le flacon rempli de son sang sur la flamme du bec benzène.

Quelques heures plus tard, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau, la porte d’entrée de la résidence ‘Bermudez’ s’ouvre. Vêtue d’un blouson blanc et jaune, d’un jean slim bleu clair et de grosses baskets, Jubilee sort de son appartement pour rendre visite à sa copine Emily. Elle arbore une paire de lunettes sur le front à la monture foncée avec, çà et là, quelques reflets de rouge carmin. Les verres ont un dessus carré bien que la partie inférieure soit un peu plus arrondie afin de donner au modèle plus de légèreté et de féminité. Aucune marque n’est apparente ni sur la monture ni sur les verres si ce n’est un numéro de série n’étant autre que le numéro un, à l’intérieur de la branche gauche. Les mains dans les poches de son bloson, la tête légèrement enfoncée dans ses épaules, Jubilee possède néanmoins une silhouette fine et athlétique derrière cette démarche nonchalante. Une ceinture fine, faite de cuir, maintient la taille de son pantalon assez haute. Ce dernier se finit en ourlet au niveau des chevilles. Les couleurs, que ce soit de son blouson ou de ses baskets, sont criardes voir même de mauvais goût pour certains. Passant du jaune au bleu marine pour le haut jusqu’au rose et violet pour le bas. La nuit est tombée depuis plusieurs heures déjà en cette période de l’année et Jubilee aura besoin de quelques dizaines de minutes de marche pour rejoindre son rendez-vous de la soirée.
Koby est resté dans l’appartement, il n’a pas voulu sortir se promener comme à son habitude. Jubilee a deux théories en tête. Soit le petit panda est ballonné après tout ce qu’il a avalé. Entre chips, insectes dénichés sous les meubles, pousses de bambou livrées spécialement via Amazon pour lui faire plaisir, plantes du balcon, savon de la salle de bain et fruits de la cuisine ; il y a forcément quelque chose qu’il a dû mal digérer. L’autre option est qu’il soit vexé d’avoir été privé de la sorte de ses chips après s’être donné tant de mal à les débusquer et les traquer dans l’ombre. Koby est quoi qu’il en soit un goinfre très émotif et il se peut également que les deux théories soient la raison de son refus de sortir. Jubilee a pourtant tout essayé. Le porter ? Il ne faisait que de la griffer. Le pousser ? Il s’allongeait délibérément sur le ventre, toute patte écartée et griffes plantées dans le parquet. Le prendre par la peau du coup ? L’animal avait également une parade contre cela, il faisait des yeux attristés d’animal battu. L’effet était instantané, Jubilee ne pouvant résister à cette pression psychologique de la part de son compagnon d’infortune, elle cédait et lui offrait immédiatement des caresses et quelques petites pousses de bambou que Jubilee appelait affectueusement “des p’tits bouts de cartons”.
«  Nan, mais tu sais bien que ça marche pas ce regard là… Hein, crois pas que le fait que je te papouille et te donne des p’tits bouts de carton est une preuve, hein… Tu m’écoutes ? Koby ? » Lui disait-elle alors, tout en continuant son traitement de faveur.
Les rues étaient calmes, comme toujours, et la lune était dissimulée derrière quelques nuages qui reflétaient, sur le dessous, les lueurs jaunes de l’éclairage des villes de la région. Une légère brise fraîche s’engouffrait dans le col de la jeune femme. La température était supportable bien qu’un peu en deçà de la moyenne pour cette période de l’année.  

Jubilee descendit Baldwin avenue, traversant les voies rapides par un petit pont en travaux. Cela faisait plusieurs semaines qu’ils rénovaient les voies à cet emplacement ce qui rendait le passage des piétons plus délicat. Il fallait en effet contourner les barrières et marcher dans le sable lourd et sec qui s’enfonçait, à chaque pas, sous les interstices de la semelle. Elle passa devant quelques restaurants et tourna ensuite à gauche, sur Newark avenue, qu’elle descendit également pendant une vingtaine de minutes. Les bâtiments du quartier n’étaient pas très suffoquant contrairement à Manhattan. Les immeubles et bâtiments ne dépassent que rarement les quatre ou cinq étages et il semblait y avoir bien plus d’espace que de l’autre côté de l’Hudson. Beaucoup plus résidentiel, cela n'empêchera pas Jubilee de passer devant le Lycée William L. Dickinson, un club de boxe et la galerie d’Art Blackbird. C’était donc calme, gris et peu animé, mais en aucun cas vide et mort. Il fallait connaître quelque peu la ville pour trouver ces petits lieux de vies où pouvait s’émanciper la joie de vivre autour de quelques verres d’alcool.
Le bar où la jeune femme se dirigeait faisait partie de ces lieux un peu atypique et convivial. Caché derrière une façade en béton et quelques vitres couvertes de posters ou autres affiches. Le ‘Barcade’ était un bar branché ‘geek’ avec des bornes d’Arcades des années 90 et quelques récentes où tournaient des jeux divers et variés. Jubilee poussa la porte d’entrée accompagnée d’un petit ‘ding’ sonore et chercha son amie du regard. Elle ne la voyait pas malgré ses sens plus affutés de vampire. Elle fouilla dans la poche arrière de son Jean pour en sortir son téléphone portable. D’un geste presque instinctif, elle appuya sur le bouton central pour afficher l’heure : 21h57. C’est à ce moment qu’elle se sentit agrippée par l’arrière, des bras l’encerclant autour de la taille et un poids s’appuyant sur son dos. Surprise, Jubilee sursauta et tourna brusquement sa tête vers la droite pour observer son agresseur. En même temps, par reflex, son torse se pencha légèrement en avant comme pour fuir l’étreinte. Ses mains se posèrent sur celles l’agrippant. Mais il était déjà trop tard, elle perçut une étrange sensation sur sa joue.
«  Hé ben pour une fois t’es pas en retard Juby, c’est bien, j’suis fière de toi. » S’exclama Emily, après avoir bruyamment embrassé la vampire.
«  ‘Tain t’es conne ! Tu m’as fait peur… » lui répondit Jubilee, le sourire aux lèvres.
« T’avais qu’à pas baisser ta garde, aller viens, on va se bourrer la gueule ! » Dit Emily, lui passant le bras autour du cou et l’emmenant vers une table en bois, dans un coin du bar.

Vingt-trois ans, six semaines, dix-huit jours et cinq heures plus tôt, dans une maternité de Boston, Carolyn Jennings né Carolyn Hoffman accouchera d’une petite Emily devant les yeux à la fois ébahis et terrifiés de son mari : Samuel Jennings. Le nourrisson naîtra humain et le restera. Ses parents vont l’aimer puis le haïr avant de l’aimer à nouveau. Ils vont s’aimer également; entre eux, au début. Puis cela va s’apaiser. Ils ne le montreront pas forcément. Elle sera l’élément qui les maintiendra tous réunis. Comme une clé de voûte d’une arche sur le point de s'effondrer au moindre écart. Elle sera donc forcément un parfait défouloir où l’ensemble du stress accumulé par une vie éreintante se déversera de temps à autre. Elle pleurera. Elle rira, quelquefois. Elle grandira, tant bien que mal. Ses deux parents travailleront pour finir de payer leur maison, leur mobilier, leur voiture et bientôt son école. Les cheveux blancs de son père apparaîtront en même temps que les kilos en trop : trop tôt. Il détestera son travail bien après qu’il ne puisse faire quoi que ce soit pour changer de carrière. Il se mettra à fumer, lui qui avait arrêté en même temps que sa femme, pendant la grossesse. Quelques cigarettes la semaine, puis chaque jour, avant que plusieurs paquets doivent être achetés chaque jour et que la fumée soit imprégnée dans les murs au point qu’on ne la remarque plus. Sa mère se réfugiera dans des séries télévisées, des films et des livres. Elle ne lira plus d’oeuvres nominées, mais se contentera de polar ou de drame romantique. Sa cuisine perdra en saveur et chaleur lorsqu’Emily aura onze ans. Carolyn n’embrassera plus sa fille lorsqu’elle ira la coucher très peu de temps après, trop préoccupé par le travail qu’elle a ramené à la maison et qu’elle doit boucler pour le lendemain. Rentrant le soir et devant s’occuper de faire à manger, faire la vaisselle, repasser, s’occuper des devoirs d’Emily et s’occuper de la maison tant bien que mal ; elle n’aura le temps de travailler sur ses dossiers qu’à 22h et n’ira se coucher que trois heures plus tard juste avant que son mari ne revienne de soi-disant pot de départ ou réunions. Emily perdra ses quatre grands-parents à deux années d’écart et ne pourra assister qu’à la moitié des enterrements. L’autre moitié étant souvent fréquentée par une partie de la famille avec laquelle ses parents ne s’entendent pas ou plus. L’école ne sera pas un moment mémorable pour la jeune fille. Elle n’arrivera pas à se faire des amis et les sera considérée comme un faire valoir par ses prétendues copines. Elle ne connaîtra pas l’amour candide et naïf des enfants et se réfugiera dans les jeux vidéo et les comics récupérés de ses cousins ayant grandi. Une vieille Super Nintendo dans un premier temps, puis une PlayStation deux et une Gameboy Color. L’entrée au collège se fera naturellement. Emily aura des facilités à apprendre et comprendre. Mais le cadre familial et scolaire ne la poussera jamais à se surpasser. Au contraire, sans motivation ni soutiens, elle perdra peu à peu les facultés d’apprentissage et se laissera aller à la médiocrité. Tant que cela suffit à passer au niveau supérieur, elle ne cherchera pas la performance, contrairement aux jeux qu’elle laissera petit à petit tomber lors de son entrée au lycée.
Emily aura seize ans et sera de ces filles qui n’auraient jamais imaginé pouvoir plaire physiquement à d’autres. Il y aura progressivement en elle ces beautés cachées et insoupçonnées de leurs hôtes qui feront flancher plusieurs garçons. D’autres filles de son âge, se dissimulant derrière déjà trop de couches de maquillage pour leur jeune âge, seront jalouses et hypocrites envers elle.
Blonde, relativement grande et mince, elle aura un regard d’un bleu profond. Ses yeux légèrement plus écartés que la moyenne et élancés lui donneront un regard qui mêle nonchalance et naïveté. Au-delà de quelques poussées d’acné logique pour son âge, elle arborera un teint pâle, mais une peau douce. De petits cils trancheront avec des sourcils plus fournis qui seront à la mode quelques années plus tard. Son nez très discrètement retroussé aura un bout rond et charmant ce qui laissera sa lèvre supérieure plus longue et fine. Sa lèvre inférieure, plus généreuse laissera entrevoir très rarement un beau sourire où des dents imparfaites - fautes d’appareil - donneront un aspect mémorable à l’entièreté de son visage.
Elle apprendra l’intelligence sociale de la manière dure et n’aura ni confident ni confidente vers qui se tourner pour manifester tout ce qu’une jeune fille traversant les bords tranchants de l’adolescence aurait envie de hurler. Les seuls pouvant assumer ce rôle se sépareront quelques mois après. Un divorce attendu qui aurait même dû se produire bien plus tôt. Carolyn ne pourra supporter d’avantages l’adultère de plus de sept ans de Samuel et partira en estimant que l’éducation de sa fille était faite maintenant qu’elle ne revenait même plus le soir manger les plats préparés avec dégoûts. Elle développera un cancer du sein trois ans plus tard et succombera au bout de huit mois de chimiothérapie. Son ex-mari et le père de sa fille n’assisteront pas aux funérailles. Considérant cet acte comme une trahison, Emily ne pourra vivre plus longtemps sous le toit de son père et sa belle mère et partira vers New York avec toutes ses économies de job d’été accumulées. Elle trouvera un job minable dans un restaurant de Manhattan et se logera dans un dix mètres carrés. Économisant chaque centime pendant quatre ans, elle passera des nuits de moins de quatre heures pour avoir le temps de préparer son entrée à l’Université de droit de la région. Passant le concours en candidate libre, elle ira plusieurs heures par jour à la bibliothèque pour utiliser un vieil ordinateur mackintosh des années 2000. A vingt et un ans, elle réussira son concours de justesse et commencera des études de droit en s’endettant sur dix ans. Elle commencera à avoir des relations plus ou moins sérieuses, se soldant pour la plupart par une énorme désillusion et une cruelle perte de confiance envers le sexe opposé. A vingt-trois ans, elle décidera d’arrêter les études sans obtenir de diplôme et trouvera un travail précaire de secrétaire dans un cabinet d’avocats à Jersey City. Elle déménagera donc dans cette ville et rencontrera, au Barcade, une jeune asiatique de son âge, avec qui elle sympathisera. Les discussions qu’elle aura avec elles seront naïves et lui feront oublier la plupart de ses problèmes quotidiens. Elle s’accrochera à cette relation de manière irraisonnée, car au final, pour Emily, Jubilee sera sans aucun doute la seule personne depuis le début de son existence avec qui elle tissera enfin de sérieux liens d’amitié.

« - Comment vas ton daron ? » Demanda Jubilee, les coudes sur la table, sirotant une boisson avec une paille.
« - Je l’ai pas vu depuis un an. J’ai juste de ses nouvelles par mail. Il a l’air d’aller bien… J’men fou un peu.
- T’es sûre ?
- Comment ça ?
- Ben… Je devine que ça pas dû être facile entre vo…
- Nan, mais cherche pas, c’est compliqué et y’a des choses que je pourrai pas lui pardonner.
- …
- J’ai pas forcément envie d’en parler, okay ?
- ‘kay, scuz’
- T’as pas amené Koby ? Il va bien… Il me manque…
- Il va… bien… Il mange toujours autant… Je me demande si c’est un vrai panda roux.
- Comment ça ?
- Bah il a pas mal grandi par rapport à son âge je me suis renseignée.
- Fait gaffe il va finir aussi gros que Drogon, ça va être plus compliqué pour le cacher dans ton appartement.
- Roh le cauchemar, déjà qu’il est casse-couilles maintenant…
- Et ton taff alors, t’as pécho ?
- Arrête avec ça, y’a personne qui m’intéresse.
- Même pas cette meuf là… Heu… Comment tu m’as dit qu’elle s’appelait… Zara ?
- Nan, mais je suis pas bi, t’es relou…
- Ouais ouais c’est ça…
- Et c’est Zatanna son prénom.
- Ah voilà ! J’ai bien vu ton regard quand tu me parlais d’elle hein, elle est jolie.
- Oui, elle est jolie, mais c’est pas parce que je trouve une fille jolie que j’ai envie de sortir avec ! Regarde, je te trouve bien jolie et on est pas ensemble…
- Dommage…
- Quoi ? Ahah arrête de me troller t’es chiante bordel.
- Bon et alors, le taff ?
- Ben j’ai un dossier en cours, c’est un peu la galère et je dors pas beaucoup, mais ça va le faire…
- Un dossier sur quoi ?
- C’est classé, je peux rien te dire, tu le sais bien.
- Allez, tu veux que je le répète à qui ? Sur twitter ? Avec mes quinze followers ? Wow, je suis sûr que ça va buzzer de ouf !
- Même, question de principe… Y’a des trucs que je peux pas dire, c’est un coup à ce que je me fasse virer… On est pas les vengeurs, on a une conscience professionnelle okay ?
- Mouais, on en reparle quand tu auras fini le verre que je vais t’offrir… Mais tu peux bien me donner des indices non ? C’est quoi ? Un alligator mutant dans les égouts ? La poupée Anabelle ?
- Un fantôme…
- Ahahah, sérieux ? Trop la classe… Et vous pouvez le voir ?
- Oh ferme là, tu me crois même pas… » Lui rétorqua Jubilee alors qu’Emily explosait de rire en face d’elle.

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Jubilation Lee

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Re: Mu-Conotoxin

Message  Jubilation Lee le Jeu 11 Jan 2018 - 19:25




α


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« Bonjour à tous. Je vais revenir aujourd’hui sur quelques notions basiques. Mais je pense qu’il est important de préciser certains points. Cela me permettra aussi de répondre à vos interrogations et mettre en perspective tout cela avec des cas un peu plus pratiques. Je suis donc Neil O'Donnell, scientifique ici au BPRD. Je me concentre sur la théorisation de phénomènes surnaturels, magiques et étranges que nous sommes habitués à affronter et gérer. Ces mêmes phénomènes que vous - en tant qu’agent - avez sûrement eu à traiter plusieurs fois. N’hésitez pas à m’interrompre si vous avez des questions, je suis là pour vous répondre.

Bien, je pense qu’en préambule il peut être bon de rappeler l’intérêt de tout cela, l'intérêt, finalement de théoriser ces apparitions qui, comme leurs noms l’indiquent, sont surnaturelles et donc hors des notions scientifiques et des modèles mathématiques connus. Finalement, cette question est beaucoup plus philosophique qu’il n’y paraît. On revient aux réflexions de Kant et d’Aristote autour de la pensée et on formule bien la question suivante : En quoi est-il nécessaire de penser les questions qui n'ont pas de réponse scientifiques ? il faut donc distinguer les questions et problèmes simples, celles où l’on peut espérer trouver une réponse unique et vraie ; et les problèmes qui selon Aristote sont « les questions au sujet desquelles il existe des raisonnements contraires ». De fait, il existe des questions qui sont intrinsèquement problématiques, au sens où l’on ne peut espérer leur donner une réponse simple et surtout exclusive. Les objets métaphysiques et les apparitions surnaturelles sont de ceux-là. Mais si certitude scientifique n’existe, dit-il, il n'empêche qu'il est nécessaire de les penser, de les méditer. Et c’est ce que nous allons faire aujourd’hui. J’irai même plus loin. Bien que nos modèles ne peuvent tout expliquer, encore, il est important d’observer ce qui peut coller afin de pouvoir créer des analogies. Cela vous sera très utile dès que vous serez amenés à rencontrer des apparitions similaires. Finalement, j’aime à dire que le BPRD pratique une guerre ouverte, non pas contre des créatures mystérieuses, mais une guerre ouverte pour le gain de quelque chose d’encore plus précieux : l’information. Mon travail, ici, est d'amener une réflexion et une culture de la connaissance et de l’information, car c’est par cela que nous parviendrons à être plus efficaces, et cela systématiquement. Cet aspect systémique de nos interventions est notre plus grosse lacune, nous perdons du temps crucial de mise en place, de recherche, de compréhension sur chaque intervention là où l’information a déjà été réfléchie auparavant.

Bien, je vais donc commencer mon exposé. Je vais utiliser mon propre modèle à qui je n’ai pas vraiment donné de nom, mais qui fonctionne depuis plusieurs années assez redoutablement et nous permet, en interne, d’anticiper les évolutions d'apparitions assez simplement et avec très peu de puissance informatique. Bien sûr, j’ai conscience ne pas avoir à faire à des scientifiques, mais à des agents de terrain. Attention, je ne remets pas en cause votre intelligence qu’on soit clair. Je pense simplement que vous avez besoin et envie d’en apprendre plus sur le côté pratique et concret de ces théories et pas tout le processus mathématique ni les algorithmes derrière. Cependant, si cela vous intéresse, je serais ravi d’effectuer des masterclass plus poussées. Notamment pour ceux qui seraient intéressés par cet aspect du travail d’agent du BPRD.

Commençons donc par le début. Vous avez sûrement déjà utilisé l’échelle IPT. Pour que tout le monde parte avec la même base, je vais la passer en revue rapidement. Nous avons donc, ici au BPRD, une échelle, un peu comme celle de Richter pour les tremblements de terre. À ceci près que cette échelle est utilisée pour mesurer deux choses liées. La première chose est la menace d’une apparition mystique ou surnaturelle. Le terme apparition est ici employé génériquement. Il peut s’agir aussi bien d’un monstre, d’une malédiction, d’une anomalie… Tout ce qui rentre dans notre - et surtout votre - spectre d’interventions. Donc premièrement, la menace. Deuxièmement et en toute logique, la priorité d’intervention du BPRD. Cette échelle va de 0 à 8 et possède un grade spécial pour les éléments dépassant 8 qu’on note 8+. Le niveau est croissant tout comme l’indice de l’échelle. On commence donc naturellement avec les apparitions inoffensives, les simples hallucinations collectives pour montrer progressivement vers des menaces létales directe, puis massive. Le dernier niveau concerne les menaces pouvant perturber l’équilibre planétaire.Toutes ses informations nous les notons et classons les apparitions et autres phénomènes par classe et type. Je ne vais pas parler ici et maintenant de ce système de classement et de typologie, mais cela fera l’objet d’une prochaine intervention. Pour chaque événement et menace surnaturelle, nous mesurons la menace latente ainsi que la menace une fois l'événement éveillé. Ce qui nous donne finalement deux indices et une amplitude représentant la menace non éveillée et éveillée.

Une question, oui ?
Qu’est-ce que l’éveil ?

C’est une bonne question. Nous observons tous les jours des comportements évolutifs d’anomalie ou de menaces surnaturelles ou magiques. Le parallèle peut être fait avec des maladies. Vous pouvez être infectés, mais ne ressentir aucun symptôme dès lors que le virus, par exemple, ne s’est pas manifesté ou multiplié assez. L’éveil est donc le moment crucial et parfois non instantané durant lequel  le potentiel latent va se manifester et la menace réelle apparaître. Nous avons remarqué depuis plusieurs années que chaque typologie d'occurrences surnaturelles suivent des schémas d’évolutions similaires. L’analogie de la maladie peut être conservée ici, car finalement, de la même manière qu’une grippe suit le même schéma d’incubation et de développement ; des apparitions surnaturelles ne dérivent pas de ce modèle.Donc, une fois ces variables maîtrisées, on obtient un ratio d’éveil nous permettant directement de l’injecter dans une échelle liée à ces variables. Ce calcul se fait en fonction de la somme du nombre d'occurrences et des indices IPT pour chaque typologie d’individus. Par la suite, l’échelle d’éveil AWKS nous permet d’anticiper, pour cette typologie de menace, l’amplitude d’éveil auquel nous devons nous préparer. L’échelle est similaire à l’échelle IPT que nous venons de voir. Elle va crescendo de 1 à 8. On a une moyenne a 2 avec des menaces allant jusqu’au “Démon” et “Divinité”.

Des questions sur cette partie théorique ? Non. Bien. Pour terminer, je vais parler de trois choses. La première est ce que je nomme la vitesse d’éveil potentielle : PRS. On a vu précédemment que l’éveil d’une apparition pouvait prendre du temps et passer par plusieurs phases intermédiaires. Voilà le modèle nous permettant de nous représenter cette progression et savoir, à un instant T, à quoi nous attendre. Grâce à ces calculs on peut facilement dessiner une courbe exponentielle et placer ce fameux instant T qui nous importe et que j’appelle le temps d’explosion. Par expérience, on sait que ce temps d’explosions intervient juste avant que la courbe prenne son envol. Dernière chose, chaque apparition à une activité propre et est rarement stable. L’énergie magique ou bien l’activité sur le plan astral - par exemple - peuvent varier. Tout dépend de quelle apparition surnaturelle nous parlons. Quoi qu’il en soit, avant qu’une anomalie ou entité magique s’éveille, on remarque généralement une périodicité qui s’accélère au niveau du potentiel. En mesurant des pics dépassant généralement 80% du potentiel de menace initial on peut conclure à un éveil proche et donc à ce fameux instant T d’explosion du potentiel. Voilà pour les bases théoriques. Maintenant, je vais laisser la parole à l’agent spécial Lee pour nous mettre cela en perspective avec un dossier sur lequel nous travaillons actuellement. Jubilee, si tu veux bien te présenter...
»

Jubilee se leva de son siège au premier rang pour monter sur l’estrade, en face du tableau noir sur lequel on pouvait y voir les explications illustrées par le professeur O’Donnell à la craie. S'éclaircissant la voix, elle débuta son exposé avec une certaine assurance.

« Bonjour à tous, je suis donc Jubilation Lee, agent d’intervention spécialisée dans les opérations de reconnaissances face à des entités ou anomalies surnaturelles. Je suis une ancienne X-women et actuellement vampire. Je voudrais vous parler du dossier A5126 et mettre en perspective ce que Neil a expliqué. Depuis quelques mois nous observons une présence malfaisante dans une résidence de Jersey City. Les relevés étaient à première vue assez étranges et une fois sur place, certaines unités magiques ne parvenaient pas à déceler quoi que ce soit. Pourtant, les résidents développent des crises d'hallucinations collectives et une agressivité toute particulière. On a donc effectué des relevés sur le plan astral qui se sont trouvés plus probants.

Avec un peu de recherche, nous savons que nous avons affaire à une présence fantomatique se dissimulant sur le plan astral afin de se nourrir des rêves émis sur ce même plan par les résidants. On ne sait pas exactement comment cette entité est apparue, l’hypothèse la plus probable est qu’un évènement traumatisant dans la zone ait déclenché sa création. Le risque est grand cependant. Cette entité pourrait se nourrir de pensée, de souvenirs ou d’énergie psychiques de ses victimes les entraînant dans la démence ou au pire des cas, la mort.
Nous avons quelques cas similaires dans nos registres et nous avons débuté par l’utilisation de ces principes d’échelles. En définissant un potentiel initial à 2 sur l’IPT Scale et un potentiel une fois éveillé à 8, nous avons déduit une menace allant jusqu'à 4 sur l’échelle d’éveil. Oui, le nombre de ses apparitions qui se sont manifestées jusqu’à leurs pleins potentiels sont plus rares en proportion, ce qui diminue la notation. Grâce à cela, nous pouvons anticiper le pire scénario possible et dessiner graphiquement ce que cela peut donner en situation réelle. F(x) est donc égale à x exposants 10. Notre échelle de temps est le jour. En poursuivant mes calculs et en vérifiant graphiquement, on a un risque potentiel d’éveil assez rapide.

Cette menace dès le début de l’éveil, peut atteindre le temps d’explosion en 19 heures seulement et parvenir à son potentiel maximum en moins de 5 heures. Cela paraît assez dingue, mais en mesurant la périodicité et les pics d’activités, on découvre que cette typologie d'apparition est assez lente à s’éveiller. Cela témoigne sûrement de conditions très spécifiques à son éveil. Pas la peine de s’affoler donc, mais il est important de bien mesurer en temps réel son activité et mettre en place un processus d’intervention en moins de 15 heures pour neutraliser la menace.

Pardon, oui ? Une question ?
Ah… Pourquoi ne pas la neutraliser maintenant. C’est une bonne question. Et je vais paraphraser Neil O’Donnell. Le BPRD ne se bat pas contre des apparitions, il se bat pour l'obtention d’informations. Aujourd’hui cette menace est inoffensive si ce n’est quelques cauchemars, une légère irritabilité dans la résidence et quelques insomnies. Ce sont des symptômes que nous avons déjà réglés utilisant de la médecine ou de la télépathie mineure. La tuer aujourd’hui ne nous apprendrait rien et si une autre menace de ce genre bien plus délicate à tuer ou plus complexe arrive et menace de s’éveiller très rapidement. Nous n’aurons aucune arme et aucune connaissance supplémentaires. Il est certes important de limiter les risques, c’est pour cela que notre processus d’intervention prend en compte une exfiltration des résidents du quartier très rapidement. Les mesures que nous allons cependant réaliser d’ici pendant son potentiel éveil seront de précieuses informations sur lesquelles s’appuyer à l’avenir.
»



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